leprodiss
Posté le 23 novembre 2009 à 21:17:15 Je trouve - mais ça n'est que mon avis of course - que la mise en scène a quelque chose d'irrespectueux par rapport au sujet. Mais j'ai vu le film y a 5 ans, je devrais le revoir bientôt pour pouvoir en dire plus.
Lettre à GVS ( variante de la Lettre à Elise, en moins émouvant je pense ).
" Cher monsieur Van Sant,
Je tiens à m'excuser pour mon comportement d'il y a quelques mois. Vous comprenez, j'ai découvert Elephant pour la première fois il y a 6 ans, je sortais tout juste de cet univers particulier que vous connaissez si bien, l'adolescence. Mais j'ai grandi depuis, j'ai eu le temps de prendre du recul sur les films auxquels je n'adhérais pas, en me disant que ce n'était pas parce qu'ils étaient chiants que leur qualité était exécrable.
Cet après-midi j'ai décidé de vous laisser une seconde chance ( je pense que vous n'attendiez que ça ). Surtout que bon, je vous aime bien en fait, vous êtes un type sympa et Gerry ou Last Days c'était super génial. Justement, ces films sont tous inspirés de faits divers. Et ce que je trouve formidable, c'est que vous vous emparez à chaque fois du fait, de la quotidienneté, de ce qu'il y a de plus banal, pour en extraire toute la poésie et révéler ou sublimer notre vision des choses. Bon parfois vous en faites un peu trop, franchement les deux ralentis dans Elephant on aurait pu s'en passer. Mais à part ça, tout fascine et stimule dans votre film. Si Elephant est si réussi, c'est que vous conjuguez brillamment deux extrêmités, soit la banalité et la poésie. La complexité de votre mise en scène contraste avec les gestes répétés, normaux, presque sans relief de vos personnages. Mais c'est parce que vous donnez un sens particulier à chaque déplacement ou acte de ces derniers que leur importance et leur beauté sont révélées. Les travellings se justifient pleinement parce qu'ils permettent de suivre un lycéen d'un point A à un point B. Pas de montage ici, aucun cut, ils ne nous laisseraient pas penser à quel point les personnages sont vivants. Car Elephant c'est ça, un discours éloquent sur l'importance de chacun, et en contrepartie à la tragédie, une réflexion sur la futilité de l'existence.
Je tiens à dire que j'ai été impressionné par l'intelligence de votre film. Vous n'expliquez rien, non pas parce que les choses ne s'expliquent pas, mais parce que leur complexité empêche d'identifier un facteur précis qui déclencherait tout. C'est la somme de plusieurs éléments et la manière inextricable dont ils s'entremêlent qui sont à l'origine de la tragédie. On peut y penser un peu et se dire que l'addition de tous ces éléments donne naissance au compagnon idéal de l'adolescence : le mal-être. Dans un autre film, de jeunes vierges se seraient suicidées. Ici, le mal-être ne garde que le mal et il est fait aux autres.
La construction narrative et formelle d'Elephant est un modèle. J'avais mal interprété certaines choses la première fois ( sur les jeux vidéo par exemple ), et peut-être vais-je réitérer mon erreur. Mais je pense bien que cette manière de jouer avec la temporalité, de revenir en arrière, est importante dans la mesure où il s'agit d'une sorte de refus de votre part : refus de la tragédie, comme si briser la linéarité du récit vous permettait de revenir sans cesse à des moments d'Eden, avant de sombrer dans le chaos de l'Enfer, auquel ressemble le lycée quand les flammes se propagent à la fin. Mais la construction de votre film est aussi une manière de placer vos personnages dans un même espace, de les rapprocher ou de les séparer, de montrer - grâce à l'effet de répétition - que l'humiliation que subissent certains de ces personnages ne s'évapore pas aussitôt, mais qu'elle s'inscrit profondément en chacun de ceux qui la ressentent pour creuser un peu plus le malaise.
Monsieur Gus Van Sant, je vous remercie pour porter l'art à son apogée et faire ainsi honneur au cinéma.
Bien à vous, votre leprodiss adoré "
5/5