Si l’idée de départ est bonne (renvoyer les auteurs dans leur propre œuvre), la réalisation vient tout gâcher.
Film très nettement à deux plans distincts qui ne peuvent être fusionnés que difficilement pour faire une critique globale : on trouve tout d’abord l’univers des contes, les actions obligatoires qui les accompagnent pour ne pas dénaturer leurs histoires ; et il y a la création de Terry Gilliam.
Malheureusement, et cela me navre, aucun de ces deux point ne me comble. L’amère impression que la convenance des scénarios, rendue inévitable par l’univers merveilleux des contes, se décline sous toutes ses formes et vient contaminer tout le reste du film, y compris les idées de Terry Gilliam… Convenance formelle des effets spéciaux, des cadrages, des décors, des costumes… Convenance scénaristique venant doubler sans intérêt réel celle des contes ; car si l’idée de départ est originale, cette originalité n’est pas conservée dans les détails de ce qui ressemble trop à un blockbuster.
On n’évite aucun cliché et tandis que le film aurait gagné en intérêt en jouant la carte du contraste et de l’Absurde (tel que défini par Camus : sentiment qui consiste en le schisme de l’Homme avec le monde qui l’entoure.), nous n’avons droit à rien qui vienne piquer une curiosité cinéphilique ou, tout simplement, curiosité de celui qui recherche le plaisir par l’innovation.
Dommage que ce réalisateur se cache, volontairement ou pas (et je préfère croire que c’est involontaire pour ne pas ternir son aura), derrière la convenance dont il ne peut se séparer pour sacrifier toute originalité.
Là était le premier point de ma critique…
Et voici le second : l’univers des Grimm. Et c’est pour savoir si mon impression était fondée que je les ai relu : le film est extrêmement sombre. Après relecture des contes, il est indéniable qu’ils sont par moments froids, durs et sombres (par définition, un conte est ainsi), cependant, ces passages nimbés de peur et de dureté sont de courte durée et jamais développés. Or, le film est contruit sur ces sentiments… Dommage car cela dénature en partie l’œuvre originelle. Pourquoi avoir forcé ce trait ?
Mais tout de même, je me suis quelque peu acharné sur les mauvais aspects du film sans pour l’heure, parler des bons. A mon grand dam, j’en trouve peu. Je dis à mon grand dam, car je suis un peu triste de ne pas en trouver plus. Quelques pointes d’humour rappelant celui des Monty Pythons.
Et surtout, une chose que j’ai apprécié dès le premier plan du film : le respect de l’Histoire. Celle qui veut que l’Allemagne, occupée par la France est frappée d’un renouveau du sentiment national. Car il est vrai que les frères Grimm ont fait œuvre de nationalisme. Ce n’est pas pour rien ni pour la gloire qu’ils ont parcouru la Prusse et les provinces germaniques afin d’y recueillir le maximum de légendes orales. Car l’une des manifestations première du nationalisme est la réappropriation par un peuple de ses légendes et de son folklore.
En guise de conclusion, je ne dirai que « dommage » : car après tout ce que j’ai entendu et lu sur le réalisateur, je m’attendais à savourer un « Terry Gilliam ». Je n’ai eu droit qu’à un « film », presque mauvais qui plus est !