● Note : 10/10
J'ai redécouvert ce film monumental dans une version restaurée absolument sublime, le tout en version longue, avec quelques séquences encore à l'état originel, sans étalonnage ni aucun travail colorimétrique. Comptez 4h11 pour venir à bout de ce chef d'œuvre testamentaire de l'immense Sergio Leone.
Si on oublie " Le Colosse de Rhodes ", qu'il avait signé du pseudonyme Bob Robertson tant il voulait s'en détacher, Sergio Leone est l'auteur de six films, séparés en deux trilogies. Et c'est en deux trilogies " seulement " que le cinéaste italien est devenu l'un des plus grands de tous les temps, un modèle, une référence, un monstre du cinéma. Sans doute mon réalisateur préféré, même si j'ai toujours du mal à clore cette question. " Il était une fois en Amérique ", c'est son rêve, son fantasme, le projet de sa vie. A l'époque où il réalisait " Et pour quelques dollars de plus ", Sergio Leone avait déjà en tête son film fleuve sur l'Amérique du XXème siècle... Mais, étouffé par les producteurs, il a sans cesse repoussé ce projet, pour finalement se mettre à tourner plus de quinze ans après que l'idée ait germé dans sa tête. J'ai même appris que Leone avait entamé la réalisation de " Le Bon, la Brute et le Truand " un peu contre son gré. Et même " Il était une fois dans l'Ouest " n'était pas son souhait premier au moment où il s'est mis à l'écrire et le tourner. Finalement, Leone parviendra à réaliser son Once Upon a Time in America avec quinze ans de " retard ", et il s'éteindra 5 ans après seulement, sans avoir pu mettre en œuvre un autre immense projet qu'il avait en tête. Ce film sera donc son dernier film, son testament, l'accomplissement de sa vie et de ses rêves, son septième film en tant que réalisateur principal, ce qui est somme toute assez peu. Mais Leone comptait derrière lui plus de 55 films en tant qu'assistant-réalisateur, et beaucoup s'accordent à dire qu'un film comme " Mon Nom est Personne " a été en très grande partie réalisé par Leone et non Valerii.
Il Etait une fois en Amérique, c'est une fresque. Une fresque qui s'intéresse à trois époques de la vie de Noodles, joué par Robert de Niro. On alterne donc entre 1922, 1933 et 1968. Adolescence, âge adulte, vieillesse. Ce qui est drôle, c'est que les parties avec De Niro ne sont pas les meilleures. Les parties enfance/adolescence sont clairement les joyaux purs de ce film, ce sont même des joyaux dans l'histoire du cinéma. J'ai rarement vu un film s'intéresser à l'enfance et l'adolescence avec autant de poésie, de beauté, d'intelligence, de réalisme, de profondeur, de cohérence, d'émotion, de sensibilité. C'est tout simplement magistral. Les séquences d'anthologie sont nombreuses, et il est donc impossible de toutes les citer ici. Mais s'il faut en retenir, comment ne pas parler de la scène du gâteau dans les escaliers, criante de beauté, de naïveté, de pureté, illustration majestueuse et poignante du symptôme de ces gosses, le " Vouloir grandir trop vite "... Dans cette scène, l'un des gamins de la bande devait coucher avec la fille facile du quartier en lui offrant un gâteau à la crème. Une fois devant sa porte, sur les escaliers, il observe le gâteau, le goûte et finit par oublier la fille pour le dévorer entièrement avec toute l'innocence du monde ; le tout accompagné par la parfaite composition d'Ennio Morricone. Une scène à pleurer à chaudes larmes.
L'autre séquence, évidemment, c'est ce ralenti, ce dramatique et somptueux ralenti, peut-être le plus beau de tous les temps ; sur l'air de " Cockeye's song ", la bande d'enfants fuit le méchant Bugsy, mais les choses se passent mal... Et alors se déploie l'une des séquences les plus marquantes de l'histoire du cinéma, un chef d'œuvre à elle seule.
Comment parler du travail d'Ennio Morricone sur ce film en restant bref ? Perfection. Tout simplement.
Sergio Leone nous a légué avec ce film l'une des plus belles œuvres cinématographiques qui existent, à nous d'en profiter, encore et encore. Quel génie !
Pour le plaisir des oreilles : https://www.youtube.com/watch?v=Kq-1QrvOIeo