Après un Eraserhead qui m'a étonné, un Elephant Man qui m'a gêné et un Dune qui m'a sacrément ennuyé, je continue la filmographie de Lynchounet. Offrant un film où se mélange thriller et absurdité lynchéenne, le cocktail est plus ou moins fade, mais sent surtout la praline. Et j'espère, surtout, le sarcasme. Je ne sais trop quoi penser de Lynch (de toute manière je ne sais jamais trop quoi penser). Je suis convaincu qu'il a des idées, une vraie proposition de cinéma, mais lorsqu'il est totalement libéré. Eraserhead est un poème où Lynch est totalement libre, là où les deux films suivants sont des films de commande, avec sûrement un cahier des charges à remplir. Blue Velvet, c'est Lynch qui l'a imaginé, tout seul.
Il revient donc avec son acteur fétiche de l'époque, Kyle McLachan, accompagné d'acteur plus ou moins bons. Dennis Hopper est assez bon, bien qu'assez peu crédible, Isabella Rossellini est parfaite, tandis que la blonde, Laura Dern, est parfaitement insupportable. Représentente de la lycéenne américaine moyenne, qui rêve de rouge-gorge par millier et de l'amour parfait avec un footballeur américain, et qui a une une fascination morbide, perverse, pour tout ce qui est glauque et sort de sa petite vie habituelle. Comme tout le monde quoi.
Une banlieue américaine, une actrice blonde que je peux pas encadrer dès son apparition, ça part mal. Mais évidemment, dans la banlieue parfaite, tout n'est pas si rose : y'a du flic corrompu, de la chanteuse de cabaret un peu sale, un gangster avec un méchant complexe d'Oedipe, de la drogue, et des névroses partout. On vire dans le cliché, mais pas trop non plus. C'est mitigé, comme tout le temps dans ce film.
D'un côté, Lynch se moque de Sandy, la scène du rouge-gorge étant complètement culcul, et Jeffrey (et surement Lynch, et puis moi aussi) préfère largement Dorothy, qui a son côté malsain, crapuleux, sale, obscur, qui aurait sûrement aussi besoin d'une bonne thérapie. La scène où Sandy se met en PLS lorsque Jeffrey et Dorothy se font un câlin, c'est tellement jouissif. Ce que beaucoup de gens veulent voir, c'est la déconstruction de l'idylle amoureuse naïve de Sandy. On veut que Jeffrey soit un salaud, que ce ne soit pas ce couple naïf qui réussisse. On veut pas de morale. Je n'arrive pas à voir la sincérité de l'histoire entre le protagoniste et sa blonde, elle ne me fait rien ressentir. Pourtant j'adore les belles histoires d'amour dans l'art. De toute façon, l'amour et l'adultère sont sûrement la base de tout. C'est vraiment dommage que David Lynch ne s'approprie pas tout cela. J'aimerai voir du cynisme à la fin, j'aimerai voir Lynch qui se moque de sa propre conclusion. Peut-être est-ce moi qui veut voir un cinéma que ne propose pas cet aueur.
Sinon, les scènes de l'appartement sont d'une intensité folle. Toutes sans exception. Que ce soit la tension de Jeffrey dans la penderie, le sexe cru et sale, tout est parfait dans cet endroit. J'accède au film que je veux voir, ce sont de précieuses minutes dans un film qui hésite un peu, qui alterne trop. Le mélange n'est pas parfait, les trois aspects du film (l'histoire policière, le triangle amoureux et la touche de Lynch) ne s'embriquent pas parfaitement. Malgré tout, j'ai bien aimé, et je suis surement passé à côté.