Aujourd'hui j'ai regardé un film de 2H20, puis un film de 3H15. Le film de 3H15 m'a paru trois fois moins long que le film de 2H20. Le film de 3H15 s'appelle Les Sept Samouraïs, et c'est un chef d'oeuvre du cinéma.
( spoilers in da critique )
Voir un tel film ne peut qu'alimenter le désir de cinéma de tout cinéphile qui se respecte. C'est beau, très moderne dans la forme comme sur le fond, universel. Forcément, ça parle, et ça parle à tout le monde. Le scénario est plutôt classique, découpé en grandes parties très simples ( le recrutement-l'arrivée au village-les combats ), mais se révèle plus riche que prévu grâce au travail précis et efficace sur la psychologie des personnages. Ce qui surprend dans les 7 Samouraïs, c'est que ces derniers sont à égalité ou presque dans le traitement qui leur est réservé ; on a l'impression qu'aucun d'eux n'est écarté au profit d'un autre, chacun a sa raison d'être et sa personnalité propre. Evidemment, difficile d'approfondir sept portraits, même en 3H15, mais le film est néanmoins une réussite à ce niveau parce qu'il parvient à faire ressortir les différences entre les personnages tout en les unifiant par le biais d'un objectif commun, soit la protection du village. Mais un des intérêts du film est de créer des dissensions entre les personnages, et ainsi, d'éviter une sorte de consensus psychologique. Pour autant rien de spectaculaire là-dedans, Les Sept Samouraïs est un film assez subtil dans sa manière de dire les choses. Il opère avec une discrétion remarquable qui renforce la crédibilité de ses personnages, qui n'ont rien de superhéros ou de surhommes. La fin en est d'ailleurs un bel exemple, et ajoute comme une touche de désenchantement à l'ensemble du film. Ce sont les paysans qui triomphent, les samouraïs eux, n'auront été que des protecteurs passagers, et redeviendront à la fin les fantômes qu'ils étaient au début quand le village leur avait réservé un accueil glacial. L'indifférence des villageois réapparaît une fois le danger écarté. Cruelle désillusion pour les samouraïs toujours en vie, qui auront perdu une part d'eux-mêmes, à la fois avec la mort des quatre autres ( puisque l'union fait la force ), et à la fois parce qu'à présent il ne leur restera plus qu'à errer jusqu'à un prochain village pour connaître sûrement le même sort.
Les Sept Samouraïs est aussi très réussi quand il aborde la question sociale, la misère humaine, et par-delà tout ça l'incapacité constante de la politique à venir en aide aux plus défavorisés. Le film montre que l'égoïsme ne sert que le repli sur soi-même et donc la mort progressive. La réponse que propose Kurosawa c'est l'ouverture aux autres et la solidarité, premiers pas vers l'humanisme.
Niveau mise en scène, du grand art. Que tous ceux qui s'apprêtent à voir le film fassent attention : Les Sept Samouraïs est tellement rempli de plans à tomber par terre que le port d'un casque est à conseiller. Kurosawa compose des cadres somptueux, donne constamment l'impression que le choix de mise en scène qu'il opère est celui qui correspondait à la situation. Sa manière de jouer avec les outils du cinéma est sidérante, et fascine donc le spectateur de par son acuité. Les Sept Samouraïs est un chef d'oeuvre formel parce que Kurosawa sait imprimer un rythme à son oeuvre et que sa science du découpage est à son zénith.
Excellent film.
5/5