Stephen King 👑 est en plus de l'homme vivant le plus lu, peut-être le plus grand fan au monde des films d'horreur.
Car il a écrit Anatomie de l'horreur (Stephen King's Danse Macabre) qui recense à peu près tous les films d'horreur sortis au niveau planétaire 🌏🌍🌎 au moment de sa publication (décembre 1980).
Et ses livres sont des films écrits.
Les deux dernières pages sont une leçon pour tous les cinéphiles et simples spectateurs :
"Il est peut-être trop facile de s'enticher des mauvais films en revendiquant le droit au kitsch: le succès de The Rocky Horror Picture Show ne s'explique peut-être que par la dégénérescence de l'esprit critique du spectateur moyen. Il est grand temps de revenir aux valeurs fondamentales et de nous rappeler que la différence entre un mauvais film et un bon film (entre le mauvais art -le non-art- et le bon, le grand art), c'est le talent et l'utilisation originale de ce talent. Le pire des films délivre quand meme un message celui d'éviter les autres œuvres de son auteur; quand on a vu un film de Wes Craven, par exemple, peut se dispenser des autres sans courir de gros risques. L'horreur souffre déjà de la réprobation des critiques et du mépris d'une partie du public; il est inutile d'aggraver cette situation en applaudissant les films de porno-violence et ceux qui ne sont motivés que par le désir de faire du fric. C'est d'autant plus inutile que la qualité n'a pas de prix, même dans le domaine du cinéma -après tout, Brian De Palma a réussi à produire un excellent film de suspense intitulé Sœurs de sang (Sisters, 1973) pour la modique somme de huit cent mille dollars.
Si l'on va voir des mauvais films, je suppose, c'est uniquement parce qu'on doit les voir soi-même pour s'assurer qu'ils sont vraiment mauvais. Comme je l'ai fait remarquer plus haut, la plupart des critiques ne sont pas dignes de confiance. Pauline Kael a du style, et Gene Shalit fait preuve d'un esprit superficiel et à la longue lassant, mais quand ces deux-là- ainsi que nombre de leurs confrères -assistent à la projection d'un film d'horreur, ils n'ont aucune idée de ce qu'ils voient sur l'écran*1. L'authentique fan, lui, sait ce qu'il voit; il ou elle a eu de longues et douloureuses années pour se forger des critères de comparaison. Le véritable amateur de cinéma a un jugement aussi développé que l'amateur d'art, et ses critères de comparaison forment la pierre de touche qui détermine son point de vue. Pour le fan d'horreur, des films comme L'Exorciste II - L'Hérétique (John Boorman, 1977) ne sont que l'écrin où il pourra découvrir des joyaux à force de fréquenter les salles obscures : le Rituals cher à Kirby McCauley [un de ses agents littéraires] ou ma propre sélection, Le Piège.
On n'apprend à aimer la crème que lorsqu'on a bu beaucoup de lait, et peut-être qu'on n'apprend à aimer le lait que lorsqu'on a bu du lait tourné. Les mauvais films sont parfois amusants, voire intéressants, mais leur seule et unique utilité est de nous fournir des éléments de comparaison : de définir des valeurs positives grâce à leur charme négatif. Ils nous montrent la voie à suivre précisément parce qu'ils ne la suivent pas. Une fois que cette leçon a été bien assimilée, il devient à mon sens dangereux de s'accrocher à ses mauvais films.. et on doit y renoncer sans tarder*2.
- 1 L'exception qui confirme la règle s'appelle Judith Crist, une critique qu semble apprécier les films d'horreur et qui fait souvent abstraction de leu budget misérable pour louer leurs qualités - je me suis toujours demandé qu'elle avait pensé de La Nuit des morts-vivants, de Romero.
- 2 Si vous voulez savoir quels sont selon moi les meilleurs films d'horreur de ces trente dernières années [entre 1950 - il est né en 1947- et 1980], reportez-vous à l'Appendice de ce volume.