Vu ce soir, je ne ferai pas de critique détaillée, faut me comprendre je sors tout juste de la saison 2 de Six Feet Under (
).
Bon déjà une pensée pour les parents hispanophones, ils doivent avoir du mal à montrer ce film à leurs gosses avec un tel titre. Ah bravo Hayao !
J'ai beaucoup aimé, et par ailleurs si je développe pas véritablement c'est qu'on retrouve tout ce qui fait le charme de Miyazaki, donc j'aurais l'impression de me répéter. Le charme donc, mais aussi un défaut : l'impression qu'au fur et à mesure de sa progression le film perd de son intérêt. Mais évidemment ce qu'offre Laputa par ailleurs écrase très largement ce défaut subjectif, soit un univers fabuleux, peuplé de personnages qu'on sent très travaillés, vivants, et surtout un humanisme de tous les instants.
La beauté plastique des films de Miyazaki se double en permanence d'une beauté morale qui ne peut que toucher le spectateur. Chez le cinéaste japonais, les personnages principaux semblent dénués de tout ego. Ils placent l'intérêt collectif devant des considérations individuelles dont ils savent pertinemment qu'elles leur seraient inutiles. Le personnage miyazakien est dans l'oubli total du " je ", et c'est cette posture ouverte sur le monde et empreinte d'une totale solidarité qui touche en plein coeur. Le revers de la médaille, quelque part, c'est la tristesse qui peut naître aussi, pour le spectateur constatant l'écart entre la beauté utopique des personnages du film et une réalité plus proche de nous. Mais, le revers du revers (
), c'est que les personnages dessinés par le cinéaste semblent tellement humains, réalistes, qu'ils n'apparaissent pas totalement non plus comme des êtres idéalisés à l'extrême. Leur profonde psychologie ne les sépare pas complèment de nous, et fait ainsi naître un sentiment d'espoir quant à l'amélioration d'une société qui fonde ses valeurs sur l'égocentrisme. La subtilité des personnages et du propos de Miyazaki évitent à Laputa de tomber dans une niaiserie qui lui ferait gagner quelques degrés dans l'échelle de la puérilité, faisant sombrer le film dans le divertissement seul. Mais Miyazaki vise plus haut, et c'est sa simplicité qui fait son génie. C'est en assumant un espoir quasiment aveugle en l'être humain, en croyant dur comme fer que l'homme est naturellement bon - et que donc il peut revenir à cet état, malgré les perversions subies par la cupidité et autres valeures morales délétères - que le japonais émeut. Miyazaki est donc naïf. Mais il y a une telle générosité chez lui que ça n'apparaît jamais comme un défaut.
Cet élan généreux est aussi la particularité d'une intrigue toujours en mouvement. De la première et somptueuse attaque du début du film à la fin, c'est un véritable souffle épique qui traverse Laputa. Miyazaki maintient constamment l'intérêt du spectateur en éveil parce qu'il évite l'immobilisme. Les changements sont incessants dans Laputa, qu'il s'agisse de relations entre les personnages qui évoluent - les deux héros font alliance avec les pirates, encore une fois une nouvelle étape dans l'humanisme - ou de la multiplicité des décors qui renforce l'aspect aventure de l'oeuvre. Les personnages passent d'un décor à un autre, et Miyazaki saisit une géographie entière, captant à la fois l'immensité de l'espace céleste comme la banalité d'un village.
Grand et époustouflant film d'aventures, épique et drôle, triste aussi, sublimé par la musique d'un des plus grands compositeurs qui soient, Laputa est une petite merveille dont l'essoufflement est bien la preuve que tout ça est fait avec le coeur, et que Miyazaki ne modère pas sa générosité.
5/5