! Attention risque de spoil !
Vu hier soir, et je rejoins parfaitement l'avis de bouboul. La réalisation est nerveuse et colle parfaitement au film : les cadrages sur les lèvres, les plans ultras-rapides des coyotes et charognes, toutes ces images défilant avec vitesse sont là pour raviver la tension et nous rappeler l'univers impitoyable des bleds paumés d'Amérique, avec pour seul décor un désert et une route longiligne. Quant aux personnages, ils ne sont pas en reste : c'est bien simple, à la seconde où Sean Penn mets les pieds dans Superior, on comprend tout de suite à quoi on va avoir affaire. Et là où c'est trop fort, c'est que le spectateur compatis très rapidement et s'identifie très rapidement au personnage de Penn. C'est bien simple, quand le jeune abruti à déchiré son billet pour le Mexique ou quand le garagiste a rayé sa caisse et l'a poussé à bout concernant le prix, j'étais tout comme le personnage, à bout de nerfs, et j'avais qu'une seule envie, que Penn les démonte gracieusement sous mes yeux. Diablement efficace donc. L'atmosphère du film est donc très pesante, mais en même temps agréablement savoureuse: que ce soit le garagiste, le shrériff, l'aveugle, tous les habitants de Superior (nom d'ailleurs bien ironique) ont une âme et un comportement propre, qui les rend sinon agréables, réalistes. Bourrés de tares, affreux, sales et méchants, ces gens de peu de foi (la seule église de la ville est d'ailleurs condamnée) sonnent parfaitement bien. Évidemment, tout cela est le fruit d’interprétations très bonnes, voir excellentes. Sean Penn est parfait en truand minable dépassé par les évènements, et Nick Nolte (qui a un air de Ron Perlman je trouve) est à glacer le sang. Plus étonnant, la prestation de Jennifer Lopez, que je contemplais au départ avec curiosités et scepticisme se révèle pourtant juste, agréable et crédible.
Enfin, la bande-son colle parfaitement à l'ambiance du film. Au départ Rock'n Roll pour une folle virée en Mustang, elle devient plus Country une fois dans Superior, et nous propose des morceaux de première qualité (Johnny Cash <3 <3 <3 ) . Ah j'ai failli oublié, les bruitages sont aussi très efficaces. Un exemple: les aboiements de chien (de coyote?) entre deux scènes pleines de tensions ou le hennissement du cheval comme cri de douleur de la Mustang. ^^
Si vous m'avez lu jusqu’ici, vous aurez donc compris que j'ai plus qu'apprécie ce film. Les nerfs du spectateur sont mis à rude épreuve, entre rire jaune (la fin, cruelle et pourtant drôle) consternation et dégout. L'ambiance de la ville de Superior est délectable, et à l'image d'une réplique du film, on entretient rapidement une relation "d'amour-haine" avec elle. Petit bémol toutefois pour l'intrigue, qui s’essouffle assez rapidement. J'ai trouvé que Penn met trop de temps à choisir entre Nolte ou J-lo, et que l'histoire de remboursement de dette est mal exploitée et trop vite expédiée. Mais ça ne gâche en rien le spectacle. Je vous invite donc à plonger dans l'univers malsain de ce petit bled paumé qu'est Superior.
8.5/10
PS: Le début du film, avec la Mustang et la voiture de police m'a rappelé le premier chapitre d'un livre de Stephen King, intitulé Desperation (Désolation en français). Même si le pitch est globalement différent, il a quelque similitude dans la mesure où il se passe également dans un bled paumé, bordé par le désert, avec cette longue route. Le livre met d'ailleurs en scène un Shériff fou (entre autre), et l'adaptation cinématographique du roman commence également par une vue aérienne d'une voiture (celle du Shériff) roulant sur l'unique route au milieu du désert, comme c'est le cas dans U-Turn. Voilà, c'est trois fois rien, mais je tenais à partager ces similitudes sans doute involontaires.