Le 06 avril 2015 à 21:23:37 -Assurance- a écrit :
Et lire des trucs du genre "puisqu' on nous spoile dès le début de la seconde partie qu'on va nous raconter les malheurs de Barry"... Non mais franchement? Ça veut dire quoi ça? L'Impasse c'est nul car on voit la fin du film au début? Citizen Kane c'est nul car on sait qu'il meurt au début?
Le fait de voir la fatalité et de s'attendre à la fatalité n'est en rien du spoil. Il faudrait abandonner cette idée qu'un bon film soit fait de rebondissements et de twists un de ces jours...
Dans Citizen kane, t'as quand même envie de savoir le pourquoi du rosebud.
Un bon film n'a pas forcément besoin de rebondissement, je conçois, mais on peut trouver un film bon sans en devenir fan, comme on peut aimer un film qu'on sait mauvais. ![]()
Le 07 avril 2015 à 01:44:24 Jonapoire a écrit :
Merci pour l'explication détaillé, c'est intéressant.
Au niveau de l'émotion, je ne suis pas d'accord, le seul moment où j'ai peut-être ressenti de l'empathie, c'est au début quand il se prend un vent de sa "cousine" après que celle-ci lui ai donné de faux espoir.
Ensuite, il devient un voleur, un déserteur, un menteur, un trompeur, un salaud, donne des coups de lattes etc. Et puis surtout, toute cette froideur qui se dégage dans la seconde partie, de ce monde, de cette ambiance aristocrate, c'est tellement froid (ils ont l'air de bien s'emmerder même s'ils doivent s'en satisfaire, j'aurai vraiment pas aimé vivre aux côtés d'eux
) que je suis aussi resté de marbre face aux malheurs qui étaient en train de lui arriver (+ l'évolution du personnage comme je l'ai dit), voilà pourquoi j'ai sentit peu d'émotion.
Le 07 avril 2015 à 01:44:24 Jonapoire a écrit :
"puisqu' on nous spoile dès le début de la seconde partie qu'on va nous raconter les malheurs de Barry"
C'est le principe même de la tragédie, de sa définition et de sa réalisation depuis le théâtre antique grec : la fatalité qui s'abat sur le héros. Et comment créer le sentiment de fatalité chez le spectateur ? En lui disant dès le début que ça va mal finir, et en lui laissant contempler l'impossibilité d'échapper, pour le héros, à la chute. C'est pour ça que le narrateur "ferme" l'issue de l'histoire de Barry dès la seconde partie du film, tout en laissant germer quelques infimes lueurs d'espoir chez le spectateur avant de les briser successivement: Barry va-t-il obtenir un titre de noblesse ? Non désolé, tu étais prévenu. Le fils de Barry va-t-il survivre ? Barry va-t-il gagner le duel final ? Idem.
On te rajoute des faux suspens pour amplifier l'effet de fatalité, pour te faire croire une seconde que Barry peut échapper aux malheurs qui l'attendent, avant de briser tes espoirs et de te ramener à la "prophétie" énoncée par le narrateur.
L'intérêt est donc bien plus grand que de simplement vouloir nous surprendre par l'orientation que prend à tel moment du film l'histoire. Le drame de la vie de Barry Lyndon est puissant justement car il est annoncé, car le spectateur sait qu'il n'y a pas d'échappatoire.
L'émotion vient de là, car on regarde tous Barry espérer, se débattre, tenter d'échapper à sa tragédie, en sachant qu'il n'y arrivera pas, alors que lui même l'ignore. L'émotion vient de ce savoir que possède le spectateur et qu'ignore Barry. On est donc toujours en distance avec lui, car on connait l'issue qu'il ignore, et pourtant c'est aussi ça qui fait qu'on a de l'empathie pour lui, car à chaque moment (rare) de bonheur ou d'espoir dans ses tentatives pour s'en sortir, on se dit: le pauvre, s'il savait.
D'ailleurs je trouve qu'on a un peu la même chose dans Shining et dans 2001 de Kubrick. Dans Shining on voit bien venir le fait que l'histoire va se répéter et que Jack va se mettre à vouloir tuer sa famille, et dans 2001 la façon dont on insiste sur le fait que jamais un Hal 9000 n'a fait d'erreur met la puce à l'oreille.
quel navet ce film ![]()
Ne trouvez vous pas que la VF est géniale ?, pour le coup je trouve qu'elle égale presque la VO.
Le 07 avril 2015 à 10:07:49 angelopoulos a écrit :
quel navet ce film
tout nez queue trompe riz
Je n'ai jamais entendue la VF. Mais s'il y a un film que j'aime autant en VF qu'en VO, c'est Reservoir Dogs (et c'est le seul je crois, avec peut-être Orange Mécanique). ![]()
Revu, au cinéma en plus, et c'est dingue comme je le hausse encore plus dans mon esprit. C'est déjà un film que j'aimais beaucoup mais qui m'avait, mine de rien, un peu ennuyé sur la longueur, j'avais trouvé ça vraiment long, le regarder sur mon pc n'a évidemment pas aidé.
A contrario au cinéma, c'est passé comme une lettre à la poste, bon ça m'a un peu agacé car ils ont fait une entracte entre les 2 parties, c'est pas un truc fait à l'arrache non plus mais la fin de la première partie était tellement puissante que s'arrêter sur ça, ça m'a presque sorti de la tension justement.
En fait ce qui m'a un peu lassé cette fois c'est tout le début avant qu'il ne rencontre Le chevalier de Balibari finalement, car j'en ai avais d'excellents souvenirs très frais, du coup j'attendais que ça passe à autre chose. Heureusement la réalisation impeccable de Kubrick aide beaucoup, notamment les scènes de batailles, épiques et grandiose.
Mais je trouve que le film prend réellement son envol dans les scènes plus intimiste, la rencontre avec Lady Lyndon m'a totalement saisi (merci Schubert aussi), j'en avais des frissons, limite je tremblais devant ça, c'était d'une beauté, ces regards qui transpercaient l'écran.. Mon dieu, une des scènes romantiques les plus marquantes de l'histoire du cinéma, à mes yeux.
Et derrière, tout l'acte 2 qui ne m'avait pas si marqué que ça, je l'ai grandement revu à la hausse, cette tragédie se mettant en place, d'un Barry Lyndon tentant de s'en sortir tout en sachant qu'il n'y arrivera pas, la détresse, le désespoir il sème sur son entourage (lady Lyndon m'a tellement rendu triste..), à ce titre, le passage avec son fils m'a énormément ému aussi, les humiliations qu'il fait à Bullington, ou évidemment cette fin, assez incroyable (ce regard sur le chèque... Olala)
Un grand film d'un grand auteur, le voir au cinéma permet d'encore mieux cerner l'incroyable maîtrise de mise en scène de Kubrick. Un de ses plus grands films, et un de mes préférés avec Eyes Wide Shut et 2001
Je n'aurais pas dit mieux qu'Evil_man qui décrit parfaitement le long-métrage. J'ai juste été soufflé comme je l'avais été par Eyes Wide Shut et 2001. Une réalisation parfaite, une musique magistralement utilisée, une photographie indescriptible, l'une des meilleures que j'ai pu voir... La fin est incroyable également. Lady Lyndon semble accablée par la tristesse, un peu de nostalgie, la mélancolie... Et son fils semble honteux et avec quelques regrets. Ryan O'Neal est parfait. Je ne l'avais jamais vu jusque là (mais j'ai encore The Driver à voir), mais il m'a vraiment impressionné. Lorsqu'il rencontre le Chevalier de Balibari, l'émotion qu'il retranscrit à l'écran est saisissante. C'est une incroyable fresque de Kubrick, à se demander comment il est arrivé à pondre autant de chefs-d’œuvre.
Méga concentré de tout ce que je déteste habituellement dans un film, à savoir voix off, reconstitution au poil de cul qui fleure bon la naphtaline et froideur qui souvent me rebute chez Kubrick. Et pourtant là ça marche sans que j'ai trop saisi pourquoi, peut-être parce que Kubrick prend le parti de faire un film absolument radical, quelque chose que je n'ai jamais vu ailleurs que dans Barry Lyndon et qui du coup "sauve" le film à mes yeux. Il faut voir ces tableaux défiler sous nos yeux, remarquer les rares moments où la caméra s'affole lorsque que Barry perd son contrôle et attendre bien deux jours pour comprendre tout le génie du film. Avec le recul je lui reprocherais juste de cueillir un peu le spectateur à froid lorsqu'il se rend compte de la véritable nature de Barry, ce qui n'était alors qu'une mise en image rappelant la Chartreuse de Parme de Stendhal (pour le côté très picaresque du récit) versant alors dans la tragédie la plus complète sans qu'on nous ait préparé de sas de décompression adéquat.
De ce que je me souvienne Fabrice dans la Chartreuse de Parme se comporte comme un sale à la toute fin du livre (pour d'autres raisons), une bascule de personnage un peu comme dans Barry Lyndon.
Je me souviens encore à quel point j'avais détesté ce film la première fois. Mais bon force est de constater que Kubrick se fout de son héros qui n'est pas spécialement immunisé contre la corruption de la société, du coup son comportement de grosse raclure passe. Même si c'est violent comme "révélation". (Pile quand il crache sa fumée au visage de la femme qu'il vient d'épouser)
Le personnage principal de "Bel ami" de Maupassant est du même acabit. Relativement innocent au début du récit pour devenir assez méprisable, tout à fait comme Barry.
Salut les gars, je l'ai vu hier, je serai bref car tout a déjà dû être dit sur ce film.
Bluffé par la photographie, les mouvements de caméra, les décors, les déguisements, bref l'immersion dans cette époque est parfaite et superbement réalisé.
J'ai été absorbé par l'histoire et même si le film dure 3h il est passé bcp plus vite que certains films d'1h30 que j'ai pu voir.
Toutefois un point me dérange, car malgré la superbe photo,malgré le fait que j'ai été pris par l'histoire, j'ai n'ai pas ressenti d'empathie grandissante concernant le personnage de Barry, ce qui est assez étrange. J'en ai ressenti durant la première demi-heure du film et après elle s'est estompée. Comme si le fait que le personnage soit naïf au début du film donnait une accroche entre moi et le personnage et qu'au fur et à mesure de son machiavélisme grandissant je perdais cette empathie pour le personnage. Je prenais plaisir à suivre la suite de son histoire mais je n'étais pas réellement touché parce qui lui arrivait, et même quand tout son monde s'écroule dans la deuxième partie, je n'étais pas triste pour lui, la scène de la mort de son fils ne m'a pas ému par exemple , c'est comme si une distance s'était créée entre le personnage et moi malgré que je sois encore bien dans le film, et je crois que ça doit être une des premières fois que j'ai expérimenté ce décalage étrange ![]()
Et ce n'est sûrement pas la dimension de fatalité qui a pu créer cette distance car je suis habituellement très ému par ce type d'histoire.
Cette distance émotionnelle vis-à-vis des personnages est caractéristique du cinéma de Kubrick. Il me semble qu'à part peut-être dans Les Sentiers de la gloire, je l'ai toujours ressentie dans le reste de sa filmo.
Le 25 mai 2017 à 15:28:54 Jonapoire a écrit :
Cette distance émotionnelle vis-à-vis des personnages est caractéristique du cinéma de Kubrick. Il me semble qu'à part peut-être dans Les Sentiers de la gloire, je l'ai toujours ressentie dans le reste de sa filmo.
Oui c'est vrai que maintenant que tu le dis et en y pensant ce n'est pas faux, même si pour le coup j'avais beaucoup d'empathie pour le protagoniste d'Orange Mécanique ainsi que le protagoniste Des sentiers de la gloire.
Mais j'aimerais savoir à quoi cette distance est due, est-ce que c'est dans la mise en scène, dans l'écriture des personnages, est-ce que c'est un tout indissociable qui résulte d'un film de Kubrick ? Car c'est presque comme s'il y avait une certaine froideur dans Barry Lyndon, comme s'il n'y avait que de l'exposition maîtrisée et calculée, comme si Kubrick était un chirurgien qui disséquait chaque plan pour le composer d'une main de maître mais qu'il "délaissait" l'envie de vouloir atteindre le spectateur émotionnellement, un peu comme le chirurgien qui ne doit pas éprouver d'empathie pour son patient
p-t que je pars trop loin ou que je dis n'importe quoi, mais si tu as lue une analyse de ce phénomène quelque part je serais très intéressé de la lire.
"déguisements" ?
Le 25 mai 2017 à 16:10:01 Jaina_Hot a écrit :
Le 25 mai 2017 à 15:28:54 Jonapoire a écrit :
Cette distance émotionnelle vis-à-vis des personnages est caractéristique du cinéma de Kubrick. Il me semble qu'à part peut-être dans Les Sentiers de la gloire, je l'ai toujours ressentie dans le reste de sa filmo.Oui c'est vrai que maintenant que tu le dis et en y pensant ce n'est pas faux, même si pour le coup j'avais beaucoup d'empathie pour le protagoniste d'Orange Mécanique ainsi que le protagoniste Des sentiers de la gloire.
Mais j'aimerais savoir à quoi cette distance est due, est-ce que c'est dans la mise en scène, dans l'écriture des personnages, est-ce que c'est un tout indissociable qui résulte d'un film de Kubrick ? Car c'est presque comme s'il y avait une certaine froideur dans Barry Lyndon, comme s'il n'y avait que de l'exposition maîtrisée et calculée, comme si Kubrick était un chirurgien qui disséquait chaque plan pour le composer d'une main de maître mais qu'il "délaissait" l'envie de vouloir atteindre le spectateur émotionnellement, un peu comme le chirurgien qui ne doit pas éprouver d'empathie pour son patientp-t que je pars trop loin ou que je dis n'importe quoi, mais si tu as lue une analyse de ce phénomène quelque part je serais très intéressé de la lire.
J'en connais beaucoup qui critique le fait que Kubrick ne provoquait pas beaucoup d'émotion et que son cinéma n'était pas "humain", alors que personnellement, c'est tout le contraire. C'est une question de ressenti pour l'un, mais pour l'autre dans toutes les thématiques qu'a abordé Kubrick tout le long de sa filmo était très humain justement, même quand l'antagoniste ne l'est pas (Hal). Je trouve même le fait d'être très en retrait rajoute un côté vrai dans ses personnages.
Il y a deux trucs qui m'avaient dérangé il y a des années lors de mon premier visionnage et qui me dérangent toujours autant aujourd'hui sans bien savoir si cela est partagé :
- La première ce ne sont pas tant les visages des protagonistes qui ne semblent pas tellement vieillir mais plutôt le visage et la gueule de Barry au début du film lorsqu'il doit avoir tout au plus 18 ans, il a déjà la carrure et la gueule d'un gars de 30 piges et c'est cela qui dérange le plus, je trouve son visage tellement irritant du coup que je ressens ça comme une aiguille dans mon matelas qui m'empêcherait de me délecter de mon sommeil.
Mais ça encore, ça a trait à l'esthétique que je ne considère pas comme primordial.
Par contre, lorsque je vois ce Lord Bullingdon, si charmant, si petit et déjà si plein d'intelligence et de caractère, j'ai peine à croire que la chiffe molle geignarde et stupide qu'on nous montre ensuite soit bien le meme personnage, car oui, je suis désolé mais il faut être bien stupide pour provoquer un duel sans savoir se servir d'une arme, le stress n'étant pas une excuse valable à une telle erreur.
Franchement je n'ai jamais compris un tel revirement de caractère. Pour moi c'est juste.... n'importe quoi, comme s'ils s'étaient servis de ce personnage pour le récit sans vraiment se soucier de sa cohérence. Il est inconcevable pour moi de décrire ça comme une chose bien faite. Non, c'est raté.
A part ça j'aime toujours le film évidemment, mais j'observe que mon second visionnage n'a rien changé à ce que j'avais alors pensé du film.
Le film est le UGC Culte de ce jeudi, pour ceux que ça intéresse !
Je pense que je vais aller le découvrir au ciné, tiens ![]()
Salut,
Je vais regarder ce film pour la première fois. Est-il tout public ? Pour savoir si je peux le regarder en présence de mon fils de tout juste 7 ans ?
Il y a un bout de sein au début du film il me semble et une scène de violence en milieu de film.
Le film est tous publics, oui.