Bon je vais reprendre ça dans une critique un peu plus développée.
Considéré par beaucoup comme le chef d'oeuvre absolu de Hayao Miyazaki et récompensé par de nombreux prix, Le Voyage de Chihiro a été soumis hier soir et pour la énième fois à mon impitoyable jugement.
Bizarrement c'est peut-être un des Ghibli que j'ai vu le moins de fois (les autres se comptant par dizaines, tout est relatif), et désireux de mettre à l'épreuve la domination absolue de Princesse Mononoké, j'ai voulu laisser une chance à celui-ci. Et puis aussi parce que j'adore regarder des Ghibli, j'avoue. Bref.
Il est étonnant de constater que Sen to Chihiro no Kamikakushi est peut-être le film le plus japonais de Miyazaki alors que celui-ci était conscient qu'il allait connaître une diffusion mondiale. On y trouve en effet une multitude de références shintoïstes que même Totoro et Mononoke combinés ils l'égalent pas, et la farandole de créatures que va croiser le personnage principale lors de son "voyage" n'est pas sans rappeler la grande parade de Pompoko (d'Isao Takahata, autre Ghibli à découvrir d'urgence si ce n'est pas encore fait). Mais Hayao n'est pas élitiste pour un sou et son film reste très facile d'accès même si certains symboles risquent forcément de nous échapper à nous autres européens.
Le très grand nombre de personnages et d'intrigues secondaires préfigure d'ailleurs la structure centrée autour du "groupe des maudits" du Château Ambulant. Ils seront l'occasion de grosses réflexions encore sujettes à débat aujourd'hui, en particulier le Sans-Visage. Dans mes souvenirs l'histoire était d'ailleurs centrée autour de lui alors qu'en fait pas du tout, c'est juste un des maillons de la chaîne si difficile à démêler qu'il est presque impossible de définir l'intrigue prédominante. Chihiro passe d'un objectif à un autre et tout n'est accompli que lorsque chaque personnage a trouvé son aboutissement idéal.
En parlant de Chihiro, son passage de l'enfance à l'âge adulte, car c'est bien de cela qu'il s'agit, avec le travail, l'émancipation par rapport aux parents et j'en passe, fait d'elle une sorte de synthèse des héroïnes miyazakiennes, au niveau psychologique ou à travers certaines scènes : enthousiaste et volontaire comme Kiki, débrouillarde comme Sheeta, elle n'est pas sans rappeler Mei et Satsuki lors de la découverte des boules de suie (quasi-noiraudes), et va comme Nausicaä s'engager à porter sur le monde un regard sans haine.
Les dessins sont bien entendu magnifiques, avec un palais des bains qui regorge de merveilleuses trouvailles visuelles et vient rejoindre le cercle privé des "lieux Ghibli". Assortis comme toujours à la musique de Joe Hisaishi qui signe encore une fois une performance historique. Le Voyage de Chihiro brille d'une poésie à nulle autre pareille et réserve des séquences à couper le souffle. Le voyage en train est peut-être pour moi la plus belle scène de la carrière de Miyazaki.
Chef d'oeuvre du dessin animé international, Le Voyage de Chihiro se classe sans peine dans les meilleures réalisations du maître, et même si je lui préfère personnellement moi-même complètement subjectivement son précédent film, ça ne veut pas dire grand-chose tant Miyazaki et son oeuvre semblent s'élever au-dessus du commun des simples mortels. A vénérer.
9/10
