Boom Boom Pow. Non, je ne parle pas de cette chanson médiocre des Black Eyed Peas, mais de l'effet que m'a fait Pulp Fiction dès les premiers instants. Il y a des films où les premières scènes ne veulent pas dire grand chose, d'autres où elles définissent tout ce qui va suivre. Ici, avec l'œuvre de Tarantino, nous sommes évidemment dans le deuxième cas. Personnages déjantés, drôles, impulsifs et vulgaires, qui font surgir la violence d'on ne sait où après s'être dis je t'aime. Esthétisme barbare qui se joint à une bande-son rock'n'roll, rendant chaque pulsion explosive. Un concentré de drogues pures, faites à base de poudre à canon : À consommer sans modération.
D'un casting de maîtres du charisme nous tirons tout ce qu'il y a à tirer : Virilité, sensualité et humour, ce qui donne naissance à des répliques magistrales et à des scènes inoubliables. Une affaire de morale ? Non. Une affaire de choix ? Oui. La question est simple : Que dois-je faire du temps qui m'est imparti ?
Ce panel de personnages, liés de manière plus ou moins évidente, se juxtaposent les uns aux autres dans une jungle impitoyable qui laisse sa cacophonie les dévorer un à un, sous fond de musique Urge Overkill. Le vice les consument, les paroles les plus douces pouvant cacher les désirs les plus féroces. On essaie de respecter le patron, on essaie de faire du pognon, mais dans le fond on est tous pareil : on ne tient qu'à sauver sa peau et à décharner celle des autres. Le film est divisé de telle façon qu'on a l'impression qu'il n'y a pas d'avant ou d'après, juste ce vaste bordel enragé, qui laisse se côtoyer tant de sentiments contraires. Et c'est donc l'ensemble du film qui résonne comme une course contre la montre, toujours plus explosive, toujours plus jouissive.
On retrouve ce désir de fuite chez chacun des personnages, ce désir d'autre chose, cet autre chose semblant inatteignable. Un peu de poudre dans le nez, une musique sympa en fond, oral sex ici, hamburger là, et coups de feu intempestifs. On ne doit de comptes à personne et pourtant on a tout le temps quelque chose à faire pour quelqu'un d'autre. Et ces choses il faut les faire bien, parce qu'à partir du moment où un détail ne marche pas comme prévu, c'est toute la machine qui est enrayée. Le film en lui-même est une machine, qui, à notre plus grand plaisir, s'enraye brutalement pour nous offrir un spectacle grandiose : visuel et musical, charmant et dégueulasse, drôle et triste.
Il n'y a pas de temps, comme si le monde était devenu une immense fête où chacun vogue de manière incertaine vers son destin. Tout est-il déjà écrit ? Tout se trace-t-il suite à des coups de mains rageurs ? Aucune idée, mais la réalité est là : rien n'est censé, rien n'est vrai, tout est permis.
Il n'y a pas de bien ou de mal, uniquement des bergers, des moutons et des loups. La question n'est plus de savoir qui on est, mais qui on a en face de soi. Ces duels constants, les yeux dans les yeux, en disent long sur l'incertitude de la vie. Elle est une question de choix, et quand vient le moment d'abattre ses cartes, on n'a plus le droit à l'erreur.
Quentin Tarantino et Roger Avary proposent cet entremêlement de duels, d'erreurs, de choix et de pulsions, pour livrer un film qui se révèle comme un coup de poing dans la gueule, qui nous amoche mais qui nous fait sourire. J'en reprendrais bien encore pour cent ans...
Et puis pour le plaisir : http://www.youtube.com/watch?v=VXi3mCfv15k