Episode 4 :
Si Benjamin avait voulu revoir Raphaël, c’était avant tout pour lui faire partager cette nouvelle, loin de lui l’idée de pavoiser, mais il avait toujours eu une affection pour cet ancien pote de biture, et il savait combien le vélo comptait pour lui. Il avait espéré que leurs retrouvailles se passent mieux, mais Raphaël était parti comme un voleur, et depuis plus rien. Benjamin fit le premier pas et se décida de le rappeler avant de partir à l’entrainement.
Forcément, d’aussi bonne heure, il sortit Raphaël de son sommeil.
« Mais c’est qui le con qui vient me faire chier a huit heures du mat’ ?
-Oui, ALLO, gueula t-il, visiblement mal réveillé.
-Oui Rapha, c’est Ben tu vas … »
Il ne lui laissa même pas le temps de finir sa question.
« Qu’est ce que tu veux encore, t’es pas en train de t’entrainer avec tes potes Coppel et Lemoine, lui adressa t-il, non sans un certain sarcasme dans sa voix.
-Non, pour tout te dire, je m’y dirigeais, mais l’autre jour, tu m’as paru froid et …
-L’autre jour, c’est l’autre jour, là tu m’excuseras, j’ai des trucs à faire. Allez salut ! »
Raphaël resta longuement près du téléphone pensif, comme s’il éprouvait des remords à avoir envoyer balader son ancien pote de la sorte. Puis la vue de son lit le sortit de ses pensées, il ferma le volet et se rendormit, paisiblement.
Benjamin, au fil des jours, accumulait les sorties, et le moins que l’on puisse dire, c’est que ça ne se passait pas bien. Le minot n’arrivait pas à suivre, n’était pas intégré au groupe, les directeurs sportifs commençaient à douter.
Mais Daniel Laverie, qui l’a repéré sur le tour du doubs, avait confiance en son poulain.
« Regarde Cavendish, les trois premiers mois, il ne finissait aucune course et regarde aujourd’hui ! »
Pourtant, il était indéniable qu’il y avait un problème dans le comportement du jeune homme, il paraissait triste, presque gêné de faire partie de l’équipe.
Raphaël avait reçu des coups de fil toute la journée, des potes de bar lui ont proposé de le rejoindre, puis d’autres connaissances du centre-ville, mais Rapha, si enclin à faire la fête et à bouger en temps normal, n’en avait aucune envie ce soir là.
Il allait rester dans sa chambre et repasser cette fameuse cassette. Elle était abimée, mais toujours placé au même endroit, sur la première étagère de sa bibliothèque, entre American Beauty et Usual Suspects. Il s’en saisit, ses mains étaient moites, il avait comme ce stress, cette panique qui montait en lui comme à chaque fois.
« Ne pas pleurer, pas cette fois-ci ! »
Le film dure 30 minutes, l’image est floue, le tout est mal filmé, un cadrage digne de Ed Wood, on reconnait aisément le Ventoux, la verdure qui fonds à vue d’œil, l’oxygène de plus en plus rare, la magie du mont chauve.
On y voit un anglais, maillot tricoté, arc-bouté sur sa machine, semblant souffrir le martyr. Puis une voix se fait entendre, grésillante, mal sonorisée :
« Simmons tient le coup devant, mais Herrada n’est plus très loin, voilà le français porte son démarrage »
Puis un ange passe, Raphaël ne pleure pas, il est immobile, son regard semble suspendu éternellement.