"Lorsque tu te réveilles, un vent frais et léger secoue tes cheveux. Tu étires tes membres, engourdis par le soleil resplendissant, et tu te relèves enfin.
Elle s´éveille alors, puis te regarde longuement avant de se lever avec nonchalance.
Tu restes silencieux, songeant aux instants vécus dans ces lieux d´enchantements, aux paysages édeniques et aux décors idylliques. La mélancolie innonde tes pensées avec violence. Tu revois ces moments de liesse et de bonheur. Le doux souvenir de son sourire ravive tes sentiments endormis.
Tes paupières sont closes et tu sens sa main fine qui vient caresser ta joue et embraser ton coeur.
Puis elle te dit de te presser. Ses paroles résonnent avec brutalité à tes tympans et t´arrachent de tes tristes songes.
Tu rouvres les yeux que le soleil vient griffer d´une lumière nouvelle et intense. La valée, autrefois belle et joyeuse, te semble devenue curieusement sombre et teintée de grises couleurs.
Tu embrasses le paysage une dernière fois et lui emboîtes le pas. L´atmosphère s´est rafraîchie et tu t´étonnes à frissonner. elle semble également partager cette sensation.
Ton éxistence est liée à la vengeance et entachée d´une haine intarissable qui t´éffraie. Ton départ est la conséquence de cette tragédie qui te poursuit et t´assaille sans relâche. Tu es prisonnier de ta solitude et enchainée à ta destinée. Tu ne peux que goûter au bonheur, le palper furtivement, sans jamais en jouir pleinement. Tu le sais à présent et tes yeux se gorgent de larmes à cette pensée, que tu essuies avec colère.
Tu avais attendu secretement, espéré même, que dans ces instants de bonheur intense, de compréhension mutuelle, elle te dissuaderais de poursuivre cette vengeance froide et âpre qui te consumme, elle t´aurais supplié de rester à ses côtés, de demeurer dans la chaleur de son étreinte, tendre et souple.
Tu aurais sans nul doute accepté.
Mais elle n´est pas si cruelle et égoïste, elle a compris qu´elle est ta voie et qu´elle ne peut t´arracher à la fatalité.
Alors elle s´est tu.
Et dans cet instant tu ne sais que faire, tu ne peux retrouver la solitude qui t´opresse et te dévore. Tu ne peux délaisser la douceur de son corps et le parfum fruité qui embaume ses lèvres pour rejoindre ce vide qui envahit ton esprit et accroît ta haine.
Il le faut pourtant.
Tu continues à marcher. Elle te précède.
Pas une fois elle ne s´est retournée, craignant de faiblir, par peur de soutenir ton regard, de s´abandonner à ses sentiments. Désespérée, elle avance, toujours.
Chacun de ses pas l´éloigne du bonheur, alimente son chagrin et abreuve sa tristesse. Elle ne peut se soustraire à ses simples désirs, et elle le sait. Cette pensée lui fait mal et la douleur qu´elle éprouve lui déchire le coeur.
Autour de toi, les arbres bruissent dans un calme déconcertant comme pour accompagner chacune de tes pensées. Le mugissement de la rivière se meurt au loin et le chant des cascades s´éteint dans une lente et triste agonie.
Tu parviens finalement au village où tu avais accosté la première fois, où tes yeux plissaient devant la resplendissance du paysage. Rien ne semble avoir réellement changé et tu surprends les mêmes visages lors de ton arrivée. L´atmosphère est melée au rire des enfants, du chant des femmes près de la rivière qui lavent leurs linges. Le bateau est présent lui aussi, comme pour t´arracher à ce rêve. Le départ est proche, et le soupir qui t´échappes traduit le désarroi et le désespoir qui emplit ton âme.
Tu te retournes enfin et tu vois ses joues accueillir les larmes qui abondent sur son visage.
Dans une dernière étreinte, tu la saisis dans tes bras et l´embrasse tendrement. Ses paroles, secouées de sanglots et de pleurs, deviennent inaudibles. Ta raison et ta vision se brouillent alors. Ses caresses et ses baisers affluent de toute part et tu fermes les yeux comme pour te souvenir et inscrire définitivement dans ta mémoire ce dernier instant, pouvoir te remémorer la sensation ultime et profonde de ses mains douces et de ses lèvres sur ta peau...
...pour toujours."
Luv´ !!!
"Le Lotus Blanc"