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Six heures. Comme chaque matin, Benjamin Olg Bock fini son repas matinal, toujours la même chose, une galette salée avec un verre d'eau, plutôt frugal, mais c'est son mode de vie depuis des années. Il se retire douloureusement de sa chaise en bois trop basse pour un homme de sa carrure et se rend devant la glace. Ou plutôt le morceau de glace, cassé depuis longtemps, il contemple alors la balafre incrustée dans ses traits, depuis quand est-il défiguré ? La mémoire lui manque, il ne saurait répondre à cette question. Il sort, marche d'un pas mal-assuré sur les pavés noircis et crasseux de son allée, enjambe les quelques planches entrelacées et délabrées qui lui servent de portail, sois-disant, et se dirige vers le village.
Huit heures. Bob aperçoit son ami Benjamin au croisement d'une rue, comme chaque jour celui-ci clopine, Bob ? Benjamin ? Bob, ils clopinent tous les deux. Pourquoi ? Question sans réponse. Il abandonne vite l'espoir que son ancien coéquipier daigne venir vers lui et sans-va d'un pas bancal vers sa maison en poussière. Huit heures et demi, Benjamin arrive vers la guilde, ou se qu'il en reste. Il monte les quelques marches qui sont pour lui une épreuve de force et ouvre la seule porte, qui grince sinistrement sur ses gonds. Neuf heures. Ob vient de voir s'envoler son premier et unique client, toujours le même, toujours la même heure, toujours la même chasse. Le pauvre ne fait rien de ses journées. Avachis continuellement derrière son comptoir, il laisse filer sa vie au rythme de ses pages de journaux, journal, il lit toujours le même, les nouvelles sont fraiches. Il le finit, le range d'en un des nombreux tiroirs vides, dans le tiroir vide, les habitudes reste. Il sort et tourne la tête en passant devant la vitre de son établissement, foutu explosion. Aujourd'hui, comme chaque jour, il rentre plus tôt chez lui, sa femme est peut-être rentrée ? Non bien sur que non voyons ! Quelle bonne blague ! Elle est morte.
Midi pile, toujours. Benjamin arrive à son lieu de chasse, et s'arrête. Sa jambe le lance, encore, il s'accorde une pause exceptionnelle. Si l'on considère que l'habituel est exceptionnel. Il observe le paysage tout en mangeant quelques galettes. Arrivera t-il à la tuée cette fois ? La trouver serait déjà bien. Mais si il la trouvé ? La tuerait-il ? Comment le saurait-il ? Au moment fatidique, il saura. Quatorze heures. Le soleil est à son zénith Il fait chaud, trop chaud d'après le visage rouge du chasseur. Mais il connait l'environnement qui l'entoure, hostile ? Non, bien sur que non. Pour quelqu'un qui le parcours depuis vingt ans. Le sol rocailleux ne fait aucun effet sur la corne des pieds brulées de Benjamin, mais il le transforme en proie facile à attaquer, du plat à perte de vue, une offrande digne d'une reine, un tel héros.
Après une heure de marche sur le sol fracturé et inhospitalier pour un novice, le seul habitant s'assoit et attend. Attend l'arriver de sa chasse, cette bête verte pourrait être sa femme, partir et ne jamais revenir, voilà le geste qui a brisé cet homme. Depuis à présent six heures, il est là. Il attend. Encore et encore. Le cercle vicieux de sa vie ne s'arrêta seulement après l'avoir tué. Mais elle ne se montre pas, elle se cache, elle le fait souffrir, elle veut le faire souffrir, elle aime le faire souffrir. Benjamin rumine ses sombres pensées en taillant son couteau de chasse, pourquoi s'encombrer ? Une lame reste une lame, et cette lame ne le décevra pas, il le sait.
Tout d'un coup, le soleil se couche, déjà dix heures. le chasseur observe religieusement cette beauté de la nature, la dernière dans son sombre présent, la dernière dans son sombre monde. Il écarte les bras et se met à genoux, signe de respect et de soumission envers Mère nature, pourtant elle lui a tout pris, sauf sa vie, mais ça, elle ne l'aura pas.
Dix heures et quart, le soleil est couché, Benjamin se relève et se remémore comme toujours l'histoire, son histoire, la sienne, elle lui appartient, c'est lui qui l'écrit. Sa plume levée vers le ciel, il la contemple, elle est magnifique, taillée depuis des années. D'un geste rapide il l'abaisse pour écrire son destin, cette mascarade a assez durée, aujourd'hui, sa plume et enfin pleine d'encre.
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