Le weekend dernier j'ai reçu une lettre d'une personne très chère à mes yeux. Dedans elle m'informait qu'elle voulait me revoir dans notre "lieu à nous". Forcément je n'avais pas oublié ce lieu, comment ne pas se rappeler de tous ces sublimes moments passés en sa présence ? Mon coeur avait bondit à l'idée de revoir Aurélie. Je préparais déjà tout ce que je devais apporter ou lui dire, après un an sans se voir depuis notre rupture je ne devais pas faire de gaffe. La nuit suivant ce jour fût la meilleure de ma vie. J'étais tellement impatient que je dus prendre des somnifères pendant la semaine. Et puis le fameux rendez-vous est arrivé, j'avais préparé mon réveil pour être sur d'arriver à l'heure. Une sensation étrange m'étreignait, un mélange de joie et d'appréhension. Et si je n'étais plus comme avant ? Avais-je changé pour elle ? Et elle, aurait-elle changée ?
Je venais de prendre le train et je me retrouvais dans un petit village, nommé Thuault. Je parcouru lentement les lieux en étant envahie de nostalgie puis j'arrivai enfin dans un sous-bois. Je fis quelque pas et revis cette clairière ... Le soleil perçait le ciel d'une multitude de rayons, il faisait bon, l'air avait l'odeur de l'humus et de la mousse de la forêt. J'étais dans notre lieu à nous, une petite clairière entourée d'arbres chétifs, puis d'une forêt qui s'enfonçait vers le nord. Je fermai les yeux et j'entendis tous les bruits de cet endroit sauvage, puis en les ouvrant je vis une silhouette au milieu de l'herbe. Une silhouette élancée, les cheveux longs qui fouettaient l'air, aucun doute, c'était Elle. Cette créature de rêve était de dos, j'étais en train de réfléchir à l'éventualité de la surprendre en la prenant dans mes bras lorsque sa voix me sortit de mes pensées. Si douce, si mélodieuse, elle m'avait tant manquée. Elle me dit qu'elle était heureuse de me voir, je m'empressai de lui retourner le compliment.
Elle n'avait pas changée, du moins à première vue. Ses yeux profonds et obscurs me renvoyaient à l'intérieur de son coeur, si chaud et délicat. Ses longs cheveux noirs lui caressaient le visage, lui donnant toujours ce côté mystérieux et attirant. Elle se tenait droite et portait toujours un gilet sombre par dessus un T-shirt. Son pantalon large retombait sur ses baskets. Toujours la même, une émotion incontrôlable me fis s'effondrer dans ses bras. Son corps contre le mien, l'odeur de sa peau, un flot de souvenirs me remontait jusqu'à la tête et me creusait le cerveaux. J'étais tellement soulagé de la revoir.
Après ce calin, je lui posai plusieurs questions futiles pour faire un peu la conversation. Nous nous sommes assis pour mieux aprécier nos paroles pendant une petite heure. On était si bien comme cela, nous deux seul au monde. Elle se retourna vers moi, son regard était si intense, son visage calme et lisse me serrait le coeur, je carressai sa tête et l'embrassai. Je fûs projeté dans un autre monde, enfin j'avais une minute de pur bonheur dans mon existence, un pur rêve venant du nirvana. Mais toutes les choses ont une fin, surtout les bonnes parait-il. Aurélie se redressa et devint plus pâle. Elle me dit qu'elle devait m'avouer quelque chose, c'était en fait cette raison qui l'avait poussée à me revoir. Elle me regarda tristement et je vis une flamme s'éteindre dans son regard. Elle m'avoua qu'elle avait une maladie incurable et qu'elle devait disparaitre dans quelques jours. Je crus d'abord à une blague. Son regard dur ne semblait pas de cet avis. J'avais les mains moites et tremblantes, elle ne pouvait pas mentir.
C'était un cauchemars, il n'en était pas possible autrement. Pas ma Aurélie, pas elle, non pas elle ! Je lui dis qu'il y avait surement quelque chose à faire, un traitement, qu'elle devait voir plusieurs médecins, tout tenter pour trouver quelque chose, mais rien à faire, son sort semblait inévitable. Je m'effondrai à ses pieds, je ne pleurais pas, c'était un stade encore au dessus, je n'étais plus dans mon corps, plus rien n'avait d'importance, je ne souhaitais qu'une chose, qu'elle soit soignée. Je n'arrivais pas à y croire, moi qui passais un moment si magique, tout s'effondrait d'un coup, si brutalement, si sadiquement, j'étais totalement abattu. Aurélie ne pleurait pas non plus, elle me sourit timidement, me releva et me susurra à l'oreille qu'elle avait été content de me revoir pour la dernière fois. Je ripostai que ça ne serait pas la dernière fois et que je voulais rester avec elle, mais elle déclina ma proposition. Elle voulait rester seule, n'entraîner personne avec elle. Je la serrai si fort dans mes bras que je dû me forcer à arrêter pour ne pas lui faire mal. Elle ajouta qu'elle devait s'en aller maintenant et m'embrassa une dernière fois. Non, jamais de dernier baiser. La douleur me parcouru tout le corps et s'intensifia lorsque je vis Aurélie s'en aller de la clairière. Son corps semblait pourtant en harmonie parfaite, quelle maladie pouvait-elle avoir ? Je ne le saurai jamais. Je voulais la rattraper mais mes jambes refusèrent de bouger, et je savais que ça ne changerai absolument rien d'essayer de la suivre.
Je me suis donc retrouvé seul dans une clairière n'ayant plus rien de magique, mais totalement mortuaire. L'endroit où j'avais mes meilleurs souvenirs devint celui où j'avais également le pire de tous. Mes jambes me lâchèrent et je tombai par terre. Les larmes sortirent sans retenues. A quoi bon les empêcher de couler ? Je n'avais jamais été aussi triste. Pourquoi ? Pourquoi moi ? Pourquoi faut-il que tu m'infliges ça encore ? Pourquoi m'avoir enlevé la seule chose qui pouvait raviver une lueur d'espoir dans mon âme ? Pourquoi m'avoir déchiré, poignardé, tué à l'intérieur ? Je ne comprendrai jamais, jamais pourquoi le destin ou je ne sais quoi s'acharne comme ça sur moi. Rien ne pouvais me faire plus de mal, absolument rien. Les larmes coulèrent et coulèrent sans s'arrêter. JE devais me raccrocher à quelque chose, ne pas sombrer. Mais c'était chose impossible, j'avais l'impression d'être si vulnérable, je voulais disparaitre pour toujours, ne plus rien voir, ne plus rien ressentir. Si seulement quelqu'un aurait-pus me soutenir, juste pour avoir une présence. Mais non, j'étais aussi seul qu'un animal en cage, abandonné à son propre sort et tellement miséreux qu'aucun être ne voudrait m'approcher. J'étais si malheureux, il y a avait rien qui pouvait décrire une telle souffrance, non rien.
Je suis resté dans cette nature froide jusqu'à la tombée de la nuit. Je me suis relevé, les yeux secs et rouges, faisant tomber encore quelque larmes, et j'ai crié. J'ai crié de toutes mes forces mon désespoir, j'ai crié ma rage à la forêt, toute mon énergie est sortie. Je pleurai de rage, me cassant la voix, abîmant mes poings sur le sol, frappant ma tête contre la première pierre venue, cette situation était insupportable. Je me grattai nerveusement la main et elle se retrouva en sang. Je fus vidé. Vidé et las, las de tout ce qui m'arrivait.
Après avoir regardé une dernière fois la clairière, je partis de cet endroit maudit. En rentrant chez moi je me suis dis que j'avais peut être tout rêvé. Oui j'avais tout imaginé, on me disait tout le temps que j'avais l'esprit tordu ou que j'étais fou. Finalement ces personnes n'avaient peut être pas tord. Pourquoi n'aurais-je pas le droit de m'accrocher à cette idée ? Vaut-il mieux être fou ou le devenir par manque de lumière ? Vaut-il mieux voir en multicolore, plutôt que de ne rien voir ? La nuit que je passai ensuite fût la pire de ma vie, ainsi que la dernière, quand la douleur atteint un seuil critique et que votre tête ne répond plus au critère humain.
EPILOGUE
Deux semaines après cette rencontre, le journal local annonça la mort d'une jeune adolescente de quinze ans. Overdose de somnifères, elle ne s'est jamais réveillée. L'enquête n'a révélé aucun indice qui aurait pus conduire cette jeune fille à commettre cet acte. Les enquêteurs ont par contre, retrouvé des traces de doigts n'appartenant pas à la victime sur certains objets de sa chambre comme les draps ou un réveil. Ces traces ne correspondent à aucun membre de la famille ou ami proche. La procédure est en attente.