Bon, j'ai trouvé le temps d'écrire ça, je viens juste de le terminer:
Matt Seber.
Chapitre 10: Solitude.
Je faisais glisser la lame finement ouvragée entre mes doigts. Elle avait été délicatement taillée pour ressembler au maximum à l'une des structures de l'église. J'avais déjà vu une statue du monolithe, et cette arme lui ressemblait vaguement, exceptée qu'elle n'était pas en double hélice, comme le monolithe, mais juste torsadée, et affutée en une seule pointe à son extrémité.
Je levais les yeux.
J'étais dans les vestiaires. Seul. Cela faisait vraiment très longtemps qu'un garde n'avait pas été tué par un criminel, et le fait que ce soit mon coéquipier, qui plus est sous mes yeux ne m'aidait pas à laisser filer cet événement. Entre l'explosion de la Méduse, le crash de l'Ishimura, et maintenant ça, mon esprit avait de plus en plus de mal à assimiler, et surtout à digérer toutes ces pensées qui m'envahissaient. Et rien ne s'améliorait.
Depuis peu, des appels arrivaient sans cesse. Bruits étranges dans des zones censées être désertes, disparitions, meurtres. C'était l'une des principales raisons pour lesquelles je m'étais... réfugié ici. Fuir le bruit, le monde, le travail, tout. Les rares personnes que j'avais croisé, dont ce Mason Shepard, n'avaient réussi à m'arracher que quelques brèves réponses avant de laisser tomber.
La porte s'ouvrit, et l'un de mes collègues entra.
« Ah, salut Matt, ça va? »
« Ça va... »
« Je te dérange? »
« Non, t'inquiètes... »
Il se détourna, ouvrit l'une des portes en tapant un code et saisit une arme à l'intérieur, avant de ressortir aussi brusquement qu'il était entré. Finalement, rester ici n'était peut-être pas le meilleur moyen d'avoir la paix. Peut-être qu'accepter une patrouille dans un endroit peinard, du genre de la zone de l'Ishimura, m'épargnerait au moins les va-et-viens incessants des agents envoyés sur une quelconque scène de crime. Je passai le couteau à ma ceinture, vérifiai que mon arme de service était bien à sa place, et sortis.
Alors que je traversai les couloirs pour rejoindre mon bureau, un ascenseur sur le côté s'ouvrit. Un homme en blouse, tenant encore des gants maculés de sang, en sortit d'un pas rapide pour entrer dans une salle annexe. Je n'osai même pas imaginer l'état de la morgue. Elle devait être bondée. Il avait suffit de quelques heures pour la remplir, et tous ceux qui savaient manier un scalpel laser étaient embauchés. J'entrai dans la salle où se trouvait mon bureau.
Je tapotai l'hologramme, cherchant un quelconque lieu où je pourrais patrouiller tranquillement. La zone morte qui entourait le lieu du crash était peu prisée depuis que de nombreuses disparitions avaient été signalées dans le coin. A vrai dire, ce manque d'entrain datait peut-être même de ma découverte du bras d'un des meurtriers. Peu osaient s'approcher tant qu'il n'y étaient pas forcés, craignant de tomber sur le ou les psychopathes qui massacraient les gens.
Ouais, cet endroit serait parfait.
Je délaissai le siège pour m'approcher de la porte d'entrée. Elle s'ouvrit brutalement, et deux hommes entrèrent, portant une housse noire. Du sang s'en écoulait doucement, laissant une sinistre trace sur le sol. Un troisième homme entra, abattu. Un quatrième s'approcha, essayant de comprendre la cause de cette expression.
« C'est l'un de nos hommes. Il a été... j'arrive même pas à décrire ça. Déchiqueté, pour un peu on croirait qu'il a été à moitié dévoré... »
« Merde... A quel endroit? »
« Toujours pareil, près de l'Ishimura. Il s'est éloigné de son groupe après avoir entendu un bruit et... voilà. »
« Cet endroit devient vraiment dangereux. Il faudrait davantage de gardes en patrouille là-bas. Et des groupes, il vaut mieux éviter que certains se mettent en tête d'y aller seuls, pas avec ce qui à l'air de rôder dans le coin. »
C'est ça... D'ici qu'ils s'aperçoivent qu'un garde y avait été seul, je serais déjà sur place, et ils risquaient pas de me trouver au milieu des décombres. Pas que j'étais suicidaire, je voulais juste la paix. Peu importe ce qu'il y avait là-bas. Je me dirigeai vers l'aire où se trouvaient les vaisseaux de patrouille, trouvai le mien et y montai. Le décollage ne pris pas beaucoup de temps, et le trajet jusqu'à ma destination non plus.
Je posai le véhicule en douceur dans une allée, en descendis et commençai à marcher. Au moins, ici, j'étais sûr de ne croiser personne, excepté les quelques rares gardes dans les parages. On sentait bien que la zone avait été dévastée et désertée. Des débris en tout genre recouvraient la moindre parcelle de rue, et le silence était si pesant que seuls mes pas et les battements de mon cœur me parvenaient. Je passai devant la ruelle où nous avions poursuivi le meurtrier assez rapidement, préférant ne pas m'attarder dans cet endroit hanté par mes souvenirs.
Il se passa facilement plus d'une heure durant laquelle je ne fis rien d'autre que marcher en jetant des coups d'oeil un peu partout, sans croiser âme qui vive. Un hurlement terrifiant me sortit de ma torpeur, un son qui s'étrangla rapidement. Je sortis mon arme de son étui avant de me précipiter dans la ruelle d'où il provenait. Deux silhouettes s'agitaient, l'une tenant fermement l'autre. Je tirai quelques lasers sur celle qui semblait agressive, et elle lâcha prise.
La victime s'écrasa sur le sol, tandis que son agresseur disparaissait un peu plus loin dans la pénombre. Je m'approchai du malheureux, et hâtai le pas lorsque la faible luminosité me permit de reconnaître un uniforme de garde. Tout en restant vigilant, je m'agenouillai à ses côtés, guettant le moindre son suspect. J'entendis seulement un crissement atroce, comme si deux objets tranchants étaient frottés l'un contre l'autre, avant que tout ne s'arrête.
« C'était.... c'était pas... Je... »
« Du calme mon vieux, je vais t'appeler l'hosto le plus proche, tiens le coup. »
« Ça... Ça ressemblait pas à... »
« Arrêtes, d'accord? »
Une large entaille courrait sur tout son abdomen, le vidant lentement de son sang. Néanmoins, si les secours arrivaient vite, il aurait une chance de s'en sortir. Son agresseur avait totalement disparut, nous laissant seuls. Je réglai ma fréquence sur celle de l'hôpital le plus proche afin de demander un transport d'urgence. Ils ne mirent que quelques minutes à arriver, et transportèrent le garde à l'intérieur, me laissant sur place.
Je jetai un dernier coup d'œil dans la ruelle, et il me sembla apercevoir une ombre furtive qui traversait en toute hâte. Me lancer à sa poursuite n'était pas la solution la plus sure. Quelques instants plus tard, je reçu un appel, émanant cette fois-ci du poste.
« Matt, c'est quoi ce bordel? On a vérifié les RIGs de tout le monde vu ce qu'il vient de se passer. L'hôpital nous a prévenu directement. Et apparemment, t'es tout seul dans la zone morte, c'est vrai? »
« Ouais, mais j'avais pas l'intention de rester, y a vraiment un truc pas net qui traine. »
« Je veux plus que qui que ce soit traine dans le coin tout seul, alors soit tu te trouve des compagnons, soit tu rapplique illico. »
« Compris... »
Alors que je raccrochai, je me remis en route. A force, je finirais par tomber sur d'autres agents. La solitude et la tranquillité n'étaient plus dans mes priorités, sachant que ma vie était en jeu. Un grognement me stoppa net, et un frisson me parcourut le dos. Je pivotai, juste à temps pour voir une ombre, au milieu de laquelle luisaient deux lueurs jaunâtres, qui se mettait hors de vue. Je déglutis, avant de me remettre en route, d'un pas beaucoup plus hâtif qu'avant.
Je devais absolument trouver quelqu'un d'autre dans le secteur. Quelle que soit cette chose, elle était dangereuse. Il ne fallait pas rester dans les parages. Il fallait aussi qu'on en sache plus sur l'être qui massacrait la population dans l'ombre. De toutes les victimes récentes, une seule était en vie à ma connaissance. Je réglai à nouveau ma fréquence sur celle de l'hôpital, désireux d'avoir des nouvelles du garde.
« Excusez-moi, je crois qu'un garde a été accepté il y a quelques minutes. »
« Oui, nous l'avons placé dans une salle spéciale, à l'écart des autres. Il a perdu énormément de sang. »
« Est-ce que je pourrais lui parler? J'ai besoin d'avoir des informations. »
« Désolé, actuellement nos services et notre matériel sont insuffisant vu le nombre de blessé et de mourants, que ce soit suite au crash ou aux attaques. Il a besoin de calme. »
« Pour guérir? »
« Non. Pour mourir. »