Partie XII
Chapitre 59
Stanley Krieger,
Anciennement Agent Keynes, SCT
« Est-ce que tu pourras t'en servir... ? »
« Est-ce que tu pourras t'en servir... ? »
« Est-ce que tu pourras t'en servir... ? »
Bien sur que je saurais m’en servir ! Et puis quoi encore ? Ma main droite cherchait frénétiquement la gâchette tandis que j’observais cette masse s’approcher dangereusement de son seul adversaire encore debout. Cette chose s’apprêtait à m’écraser. J’étais essoufflé et meurtri. J’avais peur et pourtant je me tenais la, prêt a faire feu. J’avais bien vécu et ne regrettais pas de mourir. J’ai fait des choses horribles. Je savais que jamais je ne profiterai de tout cet argent accumulé sur mon compte depuis toutes ces années. Mais ce dernier combat, ce pour quoi je vais mourir, ce sera pour quelque chose de bien, quelque chose qui vaut la peine de se battre. Pour tous ces jeunes gens derrière moi, qui représentaient l’humanité.
-K !! Tire !!
-OUAIS UN INSTANT TU PERMETS ?!
Après quelques secondes de recherche a tâtons, je constatais l’absence de gâchette. Mon sang ne fit qu’un tour. L’ombre de la bête me cachait la lumière de l’étoile qui nous éclairait depuis peu de temps. Je levai la tête, C’était fini.
La bête abattît sa bouche sur moi dans une longue course verticale. D’une seconde à l’autre, j’étais piégé. J’avais cru mourir l’espace d’un instant, je me trompais. En vérité, cet immondice comptait me tuer grâce a son système digestif aussi perfectionné qu’une décharge africaine sous le soleil. Très rapidement, ses dents se rapprochaient et j’eu ce réflexe stupide de planter l’arme en travers de sa bouche pour l’empêcher de me broyer. Mais je ne pouvais plus du tout l’utiliser. L’engin était solide et semblait ennuyer la bête au point de la faire hurler. Une légère brise remonta de sa gorge, fit vibrer ses cordes vocales et m’envoya des projectiles humides en pleine face.
-Si seulement je pouvais faire marcher ce truc…
La bête bougeait et me secouait dans tous les sens dans sa bouche. Je me cognais aux parois dégueulasses et pleines de morve putride. C’est dans ces moments la qu’on se dit que rien de pire pouvait arriver, jusqu'à ce que quelque chose de pire nous sorte de nos pensées. Une migraine atroce parcouru mon crâne de l’avant à l’arrière, puis de l’arrière à l’avant, sans s’arrêter. Mes mains se portèrent à mon visage et je hurlais en même temps que la bête qui continuait de m’envoyer ses glaires.
« Stanislas, écoute-moi »
-Quoi ?! Qui parle ?! Y’a quelqu’un ?
« Ne parle pas ! Pense ! »
Cette voix dans ma tête était la preuve formelle que j’étais devenu fou, j’étais sur le point de mourir, j’attendais la fin, regardant tout autour de moi, dans la douleur de ma migraine.
« Je sais comment utiliser l’arme. Attrape la et pense à l’attaque que tu veux porter »
-Ta gueule ! TA-GUEULE !
« Ne te débat pas ! Fais-le ! »
-Je…je ne suis pas dingue…je vais te faire sortir de ma tête saloperie !
Complètement ravagé par la douleur, je perdais peu à peu connaissance. Ma mais sa posa sur l’arme pour m’appuyer quelque part et éviter de tomber dans ce marais immonde dans lequel je pataugeais. J’étais étourdi, comme sous l’emprise d’une drogue. Tout devenait blanc. J’étais ailleurs. J’étais propre et je me sentais bien. Il n’y avait rien autour de moi, tout était d’un blanc impénétrable. Une personne s’approchait de moi. C’était moi-même. Après tout ce que j’avais vécu, tout ce que j’avais vu, j’éprouvais moins de peur que de curiosité.
« Je suis l’être qui a prit possession de ton corps à présent. N’ait crainte, je suis la pour t’aider, tu vas t’en sortir »
-De quoi ? Vous êtes qui au juste ? Qu’est ce qui se passe ?!
« Je ne suis qu’une représentation familière de ton monde. La personne en qui tu as le plus confiance. »
-Moi ?
« Exactement. Ceci, est ton esprit. Il est vide, comme tu le vois. Je le contrôle, et n’ai besoin que de peu de choses : que tu m’écoutes. Accepte-moi. »
-Vous êtes qui ?
« L’être d’un autre monde que vous avez croisé il y a peu. Je suis de votre cause »
-T’es mort. Rien a foutre. Dégage de la et laisse moi faire mon travail !
« Stan, comprend que ceci dépasse ton entendement… »
-STAN ? MON ENTENDEMENT ?! Écoute-moi bien espèce de petite merde sirupeuse qui s’immisce dans la tête des gens alors même qu’on vient de te buter ! J’ai connu des choses, j’ai vu des choses dingues mais la ! OUI ! Ca dépasse mon entendement ! Je suis en ce moment dans la gueule d’un mastodonte qui me dégueule au visage les restes d’immeubles de 80 étages qu’il vient d’ingurgiter, en train de tenter d’actionner une arme qui est ma seule éventuelle porte de sortie, et TOI ! TOI ! Tu débarques a l’improviste et tu…
« Calme-toi ! CALME-TOI ! »
-et…et…et tu OSES me dire que je ne comprends rien a ce qu’il se passe !! Tu oses m’appeler STAN espèce de merde arrogante ?! A cause de toi je vais me faire buter tout ça parce que tu penses que je ne suis pas capable d’utiliser un flingue a la con ?!
« Stanilas, je suis ta seule chance… »
Dans un monde que je ne connaissais pas, face a une chose qui m’énervait au plus haut point, je fis la seule chose qui pouvait effectivement me calmer. Cette effigie de moi-même était assez proche. Mes mains lui attrapèrent le visage et le tourna d’un coup sec. Le craquement fut net. Le corps s’étala sur la sol blanc immaculé. Je revenais à moi-même.
L’endroit était toujours immonde et un rien de temps s’était écoulé, les derniers évènements s’étaient déroulés le temps d’une pensée. J’étais toujours empli de rage et de désespoir, ma main posée sur l’arme.
« feu »
L’arme rougit et trembla dans un grondement de tonnerre. Un large laser se formait, faisant suite à une boule d’énergie qui émergeait du canon. Il perça la matière organique. J’attrapai l’arme fermement, tremblant pour ma vie, et ma baissa. Je devinai le laser surpuissant et perçant tout sur son passage. La bouche s’ouvrit, le sol se mit a trembler. Je mit peu de temps a m’apercevoir qu’une immense langue m’éjecta, me projetant sur le sol après une chute de plusieurs mètres. Mon épaule gauche heurta durement le béton, et je m’étalai de tout mon long. L’arme était toujours dans ma main droite. Je me retournai sur moi-même, observant mon adversaire gigoter de toute part, la tête percée. Elle hurlait à pleins poumons et j’exultai dans ma douleur. Des mains m’agrippèrent et me tirèrent de l’allée dans un endroit a couvert. C’était le terroriste.
-Chut ! Putain mec on te croyait mort, qu’est ce que tu fous en plein milieu ?!
-Je…je cherchais une épicerie connard…
-T’as le flingue ! Donne-moi ça !
-Ou…ou sont les autres ?
Il m’arracha l’arme des mains, j’étais complètement meurtri, à terre. Mon épaule était déboitée. Il regardait l’arme sous tous les angles avant de se retourner vers moi.
-Les autres sont morts, je les ai vus se réfugier dans un immeuble et se faire pulvériser par une des pattes de la bestiole. Elle est devenue complètement folle depuis qu’elle t’a bouffé ! J’essaye depuis tout à l’heure d’échapper à un genre de nécro liquide qui arrête pas de me poursuivre…je le maintiens a l’écart.
-Ils sont tous morts ?! T’es sur ?! Ah putain…
« Non Stan, ils vivent encore, ils vont la tuer. Ils ont le cœur pur, ils vont le faire »
-TA GUEULE !
-Ouais je suis sur qu’ils sont… ? A qui tu parles ?!
-A personne ! J’ai des voix dans ma tête putain…tu ne peux pas comprendre…
-Si.
Ces voies continuaient de me parler, elles m’expliquaient que je ne pouvais rien faire, que je devais m’écarter du chemin des vaillants et les suivre dans la voie de la bonté révélatrice…de mes couilles ! Un fatras de niaiseries sans nom se déroulait dans ma tête et je ne souhaitais qu’une chose, qu’elles dégagent ! Zeff paraissait préoccupé.
-Ecoute, je sais que t’es préoccupé avec tes voix, ton corps de vieux et tes blessures, mais comment on utilise ces flingues ? Tu sais le faire ou pas ?
-TA GUEULE ! Rend le moi ! Les autres sont encore en vie !
Je posai la main sur l’arme, et m’étais relevé d’un bond.
- Laisse-moi atomiser cette chose, qu’on en finisse.
-Mais…et ton épaule ?
Elle était complètement déboitée. D’un geste, je la remettais en place. Je laissais échapper un gémissement dans la douleur.
-Rétablie ou pas, je ne te laisserai pas utiliser ce truc, t’es plus en état.
-Laisse moi ce truc je te dis !
-Non…
Ses yeux rougeoyaient et étaient emplis de menace. Je le laissais partir dehors, dans la rue. Je me laissais aussi tomber de fatigue. Je me trouvais dans un bar. Des poutres de bois cassées parcouraient la pièce. Je fermais les yeux. J’étais fatigué. Tellement fatigué. Une main m’attrapa fermement la jambe.
-Tu voulais l’arme, garde-la. Mais compte pas sur moi pour te donner le mode d’emploi, ducon !
Je rouvris les yeux et vis une de ces saloperies de nécromorphe, à mes pieds, en train de se reformer a partir d’un liquide froid et visqueux qui s’entassait entre mes deux jambes.
-Ah putain…si tu veux me tuer toi aussi, prend un ticket et fais la queue…