Désolé, l'a fallu que je dise ça pour que ma connexion me laisse en plan...
Chapitre 51: Mauvais présage.
Trois doigts imposants apparurent derrière la carcasse de la navette, avant de s’y enfoncer avec facilité dans un crissement de tôle. Une seconde main suivit, tandis que Daniel reculait de plus en plus vite, fixant délibérément un point situé un peu au-dessus de la créature. Mason tituba en arrière et sa jambe blessée heurta un morceau de ferraille, ce qui lui arracha un cri de douleur auquel personne ne prêta attention.
Les doigts puissants du nécromorph se serrèrent sur l’épave et, dans un grincement, la soulevèrent. Alors que le vaisseau s’élevait lentement au-dessus du sol, le monstre nous apparut petit à petit, dévoilé progressivement dans toute sa splendeur.
Quatre longue et fines pattes, semblables à celles d’une araignée, étaient plantées dans le sol, soutenant le corps imposant de la bestiole. Celui-ci était d’ailleurs entièrement constitué de plaques épaisses mais souples d’os, lui offrant une certaine liberté de mouvement. Un peu en-dessous de la carcasse métallique de la navette, au bout d’un long et épais cou, la gueule repoussante de la créature nous toisait. Sa mâchoire s’ouvrait dans le sens de la hauteur, garnie de dent dégoulinantes de sang et de salive, et surplombée de quatre yeux qui luisaient d’un jaune haineux.
Je sentis les autres reculer pas à pas dans mon dos, et je fis de même, gardant nos armes braquées vers l’atrocité. Une carapace translucide et sombre recouvrait une partie de ses épaules, et ont distinguait une lueur diffuse jaunâtre derrière celle-ci.
Pas la peine de compter sur un point faible.
Ses longs bras musculeux se plièrent légèrement, et une vague de terreur me traversa le corps, tandis que je me retournai à moitié, poussant mes coéquipiers vers la sortie. Nul doute qu’ils avaient eux aussi compris l’intention de la bête, mais je préférais ne pas prendre de risque.
Elle s’arqua légèrement en arrière, avant de se projeter en avant dans un rugissement de gloire. L’épave noircie et délabrée s’éleva dans les airs en semant des débris métalliques dans son sillage, avant d’entamer une courte mais meurtrière descente. Malgré la cicatrisation de sa blessure, Shepard n’était pas particulièrement rapide, et nous dûmes lui empoigner les bras pour le faire accélérer.
La carcasse s’écrasa brutalement deux mètres derrière nous. Le contact avec le sol fit trembler tout le spatioport, et nous manquâmes de perdre l’équilibre. Elle fit plusieurs tonneaux, envoyant des morceaux dans tous les sens, dont plusieurs nous heurtèrent de plein fouet, manquant de nous jeter au sol. Un reste de propulseur décida même d’aller faire un petit tour du côté de la porte d’entrée, histoire de nous asperger de carburant au passage.
La navette s’arrêta finalement, nous permettant de franchir en toute hâte les derniers mètres qui nous séparaient de la rue. La créature, elle, n’avait pas dit son dernier mot. Voyant qu’elle avait raté son coup, elle commença à courir, s’aidant à la fois de ses quatre jambes, mais aussi de ses bras pour se projeter dans une charge destructrice.
Elle heurta l’épave de plein fouet, puis, faisant un vague moulinet vers le haut, la fit décoller une nouvelle fois. La carcasse passa en trombe au-dessus de nous, avant de s’encastrer au-dessus des deux immenses portes.
Toute la façade du bâtiment vola en éclat.
N’ayant pas d’autre choix, nous bravâmes la pluie de débris divers et variés qui martela les environs. Un pan de mur s’écrasa sur moi, me jetant au sol dans un vol plané douloureux. Je roulai deux fois sur moi-même, avant de me relever en catastrophe, complètement désorienté. Clignant des yeux, je ne me rendis pas compte que je courrai en diagonale avant de me manger un poteau qui venait de se glisser sournoisement sur ma route.
Je m’accrochai à lui d’une main, secouant la tête et cherchant les autres du regard. Je les vis tous les trois, dispersés un peu partout sur la route, appuyés à la façade d’un bâtiment, le souffle court. Un grondement plaintif nous parvint depuis le spatioport, et je tournai la tête pour voir la créature en train de se dépêtrer des décombres. Visiblement, une partie du plafond avait suivi les portes et la navette, immobilisant momentanément la bestiole.
Titubant légèrement, je secouai mes manches trempées de carburant tout en rejoignant mes coéquipiers. Ils avaient eux aussi eut droit à leur dose du liquide odorant, surtout K, dont tout le dos dégoulinait de la substance.
« Le premier qu’allume une clope, il va m’entendre ! »
« Quelqu’un a un briquet ? »
Je croisai brièvement le regard de Daniel, qui décida de séparer les deux hommes avant qu’ils ne se mettent encore une fois sur la gueule. Le nécromorph se débattait énergiquement, envoyant des lambeaux de métal en tout sens. Nous n’avions que quelques secondes de répit avant qu’il ne soit totalement libéré. Secondes que nous décidâmes de mettre à profit pour nous tirer en douce dans une ruelle.
Désormais, nous n’avions plus d’autre but que de survivre en attendant l’arrivée des secours sous la forme des chefs d’Elsa. A condition qu’ils rappliquent bel et bien. Pas une seule fois depuis que nous avions quitté l’Ishimura les capacités de l’Ubermorph n’avait disparues de mes pensées. Et il était évident que la créature était également dans l’esprit du jeune écrivain.
Un rugissement proche nous avertit que le nécromorph s’était enfin libéré des décombres et s’était lancé à notre poursuite. Nous nous mîmes à courir de manière aléatoire, cherchant plus à nous éloigner du monstre qu’autre chose. Les immeubles tremblaient sous les chocs répétés que la créature leur faisait subir en essayant de se faufiler dans des rues probablement trop étroites pour elle.
Au bout de quelques minutes, à mon grand désespoir, je vis que le sommet des réacteurs du brise-surface se dessinait au-dessus des bâtiments. S’apercevant de notre destination, Daniel, qui avait pris les devant, choisit de rejoindre une route adjacente, désireux de s’en éloigner le plus vite possible. Les grondements lointains de la bestiole ne nous inquiétaient plus autant, mais autre chose me perturbait.
Aucun nécromorph ne se trouvait dans les environs. Comme s’ils avait tous fuis. Ou qu’il leur était arrivé quelque chose.
Finalement, bien malgré nous, nous arrivâmes dans une trouée, un large sillon où plus aucun bâtiment n’était debout, et qui offrait une magnifique vue sur le vaisseau gigantesque, crashé à plusieurs centaines de mètres. Cette vision ne m’aurait en principe pas attiré plus que ça, ayant beaucoup trop de mauvais souvenirs des entrailles du titan de ferrailles, mais un détail attira mon attention, un détail auquel personne ne prêta attention, déterminés qu’ils étaient à ne pas observer le mastodonte.
Ce même détail me fit attraper le bras de Daniel, afin de l’immobiliser de force. Il se retourna vivement, me lançant un regard interrogateur. Les deux autres s’était arrêtés quelque mètres plus loin, et eux aussi semblaient se demander ce qu’il se passait.
Je déglutis avec difficulté, avant de tourner la tête et de pointer le brise-surface du doigt.
« Il était pas comme ça quand on y est allé... Pas vrai… ? »
« De quoi tu... »
Sa phrase resta en suspens alors qu’il fixait l’shimura, les yeux soudain écarquillés. Le vaisseau était désormais en deux parties. Il était tout simplement brisé, arraché en un endroit que je reconnus bientôt comme proche de notre point de sortie. Les deux morceaux du vaisseau semblait même séparés l’un de l’autre d’une dizaine de mètre.
Nous restâmes tous deux figés devant cet événement, parvenant avec peine à assimiler ce que cela signifiait. Finalement, ce furent Mason et K qui nous arrachèrent à notre contemplation choquée de l’édifice.
« Bon, je sais pas ce que vous avez vu, mais on a un autre problème sur les bras là ! »
Je me détournai enfin du brise-surface, jetant un bref regard en arrière, là où les deux hommes fixaient un point avec inquiétude. Au loin, la silhouette massive du nécromorph du spatioport se dessinait. Une silhouette en mouvement, d’ailleurs. Comprenant le message, nous nous mîmes à courir, sachant bien que nous n’avions aucune chance d’aller plus que lui.
Néanmoins, aucun de nous ne se risqua à jeter un regard en arrière, plus par peur de voir la faible distance qui nous séparait que par peur de perdre l’équilibre en plein sprint. Même lorsqu’un hurlement surpuissant, bien plus fort que tout ceux que nous avions entendus retentit, personne ne se détourna de la route.
Il y eut un grondement de douleur, puis une ombre passa au-dessus de nous. La créature s’écrasa lourdement devant nous en gémissant, deux de ses quatre pattes brisées, et la carapace qui couvrait ses points sensibles fracturées. Elle creusa un sillon dans la route, semant des morceaux d’os un peu partout.
Nous nous arrêtâmes en catastrophe, regardant brutalement derrière nous. Mais il n’y avait strictement rien, ou en tout cas rien qui puisse expliquer le vol plané soudain d’un être de cette taille. Et de toute façon, nous n’avions plus le temps de nous en occuper.
Le nécromorph se dressa tant bien que mal de toute sa hauteur, un liquide épais coulant sur ses pattes éclatées, pliées selon un angle assez répugnant. Elle planta ses deux bras dans le sol et pencha la tête en avant, claquant des mâchoires.
Je jetai un regard circulaire autour de moi.
Les trois autres s’étaient campés sur leurs jambes, fusils braqués vers la créature à moitié immobilisée et blessée. Je levai ma propre arme à mon tour, soutenant le regard luisant du nécromorph.