Chapitre 2.
Etats-Unis d’Amérique, Arizona, Ajo, 100 kilomètres de Tucson, 30 Septembre 2019, 8 heures 45.
- Bonjour chéri, murmura Mercedes.
- Mmm… ‘jour.
James Buchanan Barnes enleva la buée de ses yeux avant d’embrasser sa femme. Ils descendirent ensemble à la cuisine où l’attendaient ses enfants, Ike, 8 ans, et Katelyn, 17 ans, en prenant le petit-déjeuner.
- Bonjour papa !
- Salut, ‘pa.
- Bonjour tout le monde, grommela-t-il avant d’avaler une gorgée de café fumant.
- Les enfants, on se dépêche, il va y avoir église dans une heure, annonça la mère de famille.
- Je peux savoir en quoi chanter et prier un dieu sourd va améliorer nos vies ? questionna ironiquement Katelyn.
- A rien peut- être… Ou à avoir ta place de cinéma cet après-midi… Sans compter le rendez-vous avez Stacy.
- Il n’y a pas de justice chez les athées, ici ! Oppresseurs !
- Moi aussi, je t’aime, ma puce.
- Stacy, Ike, allez vous préparer.
- Oui papa.
Les enfants se levèrent et partirent vers la salle de bains. Mercedes alla s’asseoir sur les genoux de son mari avant de l’embrasser à nouveau. Elle attendait que James lui dise quelque chose, mais il demeurait silencieux. Elle se décida donc d’engager la conversation.
- Quelque chose ne va pas.
- Pourquoi tu me demandes ça.
- Ce n’est pas une question…
- Et c’est reparti…Je ne comprends pas pourquoi tu dis ça.
- A cause de cet après-midi ! Tu vas les emmener voir un film sur le conflit de la guerre de Géorgie. Après ce qu’ils t’ont fait là bas… Pourquoi tu te fais autant de mal ?
- Car si j’avais résisté, ces salauds n’auraient pas exécuté une équipe militaire complète !
Il se leva et s’apprêta à sortir de la cuisine.
- Combien de fois faudra-t-il que je te dise que tu n’es pas responsable ?
- Encore une fois au moins…
9 heures 35
La famille s’était rassemblée dans le Chevrolet Voyager. James s’occupa de fermer la porte avant de monter à l’avant.
Les vingt kilomètres entre l’habitation et l’église furent vite parcourus, mais dans le silence le plus total. Pas un mot, ni un bruit, ni rien.
A l’arrivée, James s’arrêta devant le parvis, les enfants descendirent et se hâtèrent vers l’entrée. Seule Mercedes était restée près de lui. Elle essayait de le convaincre de les suivre.
- Viens avec nous, James.
- Hors de question. Je n’y vais plus et je n’irais plus jamais.
- Pourquoi ? u as une chance de te faire pardonner, pourquoi tu ne la saisis pas ?
- Car ce genre de choses ne se pardonne pas !
Mercedes recula, étonnée et effrayée de la réaction de son mari : elle souffrait de voir James s’infliger autant de haine envers lui- même. Elle ne le reconnaissait plus.
Quand sa gorge commença à se desserrer, elle s’adressa à lui d’une voix tremblante :
- Nous prierons pour toi.
- Pas la peine.
James s’engagea sur la route en trombe, regardant dans le rétroviseur sa femme rejoignant les enfants.
« A quoi cela servirait ? » pensa-t-il.
James gara la Chevrolet au Red Lion Club, un des rares pubs Irlandais de la région. Une fois passé la porte en verre, une série de clochettes suspendues au plafond s’actionnèrent, ce qui permit au barman de lever la tête. Ayant reconnu le nouveau venu, il le salua chaleureusement.
- James ! Ca fait une paie ! Je te sers quoi ?
- Juste une semaine, Gabe. Et comme d’habitude
- Ca marche.
Gabe se retourna vers les alcools avant de servir à James un double whisky que James commença à siroter. Il s’arrêta en chemin pour chipoter des olives disposées dans une coupelle et finit son verre avant d’allumer une cigarette.
- Un autre, lança-t-il.
- N’en abuse pas, c’est toi qui conduit, objecta Gabe, je vais te faire un café, cadeau de la maison.
- Merci. Très serré, sans sucre.
- Je sais. Tu fais quoi cet après- midi ?
- J’emmène ma famille voir un film.
- Lequel ?
- 2008 : les conflits Caucasiens.
- Merde, James ! Ne t’inflige pas ça. Sois heureux qu’on s’en soit tirés, en un seul morceau.
- Mmm-mm.
Il saisit la tasse et avala le café d’une traite tout en faisant un bref résumé de sa vie : ex-commando des SEALS, renvoyé après le conflit Russo-géorgien pour incapacité à continuer le combat, il s’était reconverti en journaliste militaire à Tucson, devant avaler 100 km aller- retour chaque jour. Il en avait marre, mais il voulait faire son temps , histoire de toucher sa retraite à taux plein.
- Bon, je vais y aller.
- Eh, James.
- Ouais ?
- N’oublie pas ta canne.
- Ca ne risque pas.
Il se pencha pour récupérer une canne noire en ébène sertie d’une tête de mort en argent et sortit du bar pour rejoindre sa Chevrolet. Une fois à sa place, il chercha une boite dans sa veste, l’ouvrit, pris deux cachets de morphine et les avala d’une traite.
- T’infliges pas ça… J’ai qu’à me voir pour ça…