Chapitre 1
2 heures 11.
- Akula, à dix heures
- Vu, Sokol.
Vladimir Orlianov, alias Akula, s’arrêta net et jeta un œil dans la direction désignée : il avisa un tas de caisses Bâchées près duquel un des soldats vus au drone tentait d’allumer sa clope. Maintenant que sa cible était clairement identifiée, Vladimir savait ce qu’il lui restait à faire.
En tant que chef de l’escouade Zéro des Bodarks (littéralement, hommes ayant choisi de devenir des loups ), il devait guider sa meute : en décidant de faire un contournement pour que chacun s’occupe d’un garde, il avait envoyé Chaika, le grenadier, suivi de Mirazh, l’ingénieur, vers l’entrée pour s’occuper de deux gardes. Sokol, le tireur d’élite, et lui-même, s’occupaient de l’arrière, Sokol étant en retrait.
« Retour au turf »
Akula dégaina son AK-200, fusil d’assaut automatique à 750 tirs/minute de la fabrique Priket- Kalashnikov. Il avait ajouté un canon long, un grip bipied, une crosse fixe, un pointeur laser et un compensateur, préférant une meilleure portée sans sacrifier le contrôle ou la maniabilité.
Du point de vue optique, il avait pris une nouveauté, une lunette à rétrodiffusion : la projection de rayons X par la simple pression d’un poussoir lui permettait de voir à travers des murs fins sur une courte distance. Gadget, mais à la fois tellement utile.
Une fois assez près, Akula se jeta sur lui et lui décocha un coup de crosse sur la nuque : la mélodie de ses cervicales retentissant à ses oreilles signifiait pour lui un travail bien fait.
« Un conseil, mon pote, fumer tue. » En conclu-t-il intérieurement. Il fit ensuite son rapport grâce à son comlink :
- Dormeur, propre
En un instant, il se chargea de trainer le cadavre sous la bâche des caisses à coté de lui. « Comme au bon vieux temps »… Le temps de Voron…
Un temps ancien de onze ans. Voron est une initiative suite à un accord commun entre les deux agences de sécurité nationale russes, le SVR et le FSB en 2008. Ce programme, à l’instar d’Echelon 3 de la NSA, programme de cinq ans son ainé, a recours à des agents de terrains entrainés et hautement équipés assistés par une équipe technique à distance.
Après Voron, il fut contacté par Bodark pour assister à la création d’une équipe supérieure à leur infanterie, qui était déjà utilisée en dernier recours, pour faire de l’antiterrorisme encore plus agressif que Voron. La réponse fut sans appel. Il devait son surnom, Akula, requin en russe, aux nombreuses misions en eaux troubles qu’il a accomplies… Et à la combinaison qu’il portait autrefois http://images.wikia.com/splintercell/images/3/3e/SCC_VR_SV1_Akula.png
« Retour au turf »
Akula s’apprêtait à partir vers l’autre angle arrière du bâtiment quand un son se fit entendre :
- Andriy ? Où est-tu, je ne te vois plus. Andriy ?
« Merde ! », jura Akula en silence. Il n’avait pas le temps de traverser, la zone étant en pleine lumière. Il ne lui restait qu’une option : se cacher. Sans perdre un instant, il plongea sous la bâche où l’attendait le cadavre déjà refroidi du précédent garde.
Le garde alerté alluma sa radio et parla : Akula l’entendait grâce à celle de son ami qui était encore en état :
SOLDAT 2 : Nikolai ! Andriy a disparu !
SOLDAT 3 : J’arrive !
Vladimir pressa le comlink de son casque et parla :
- Sokol ? Problème.
- Je vois ça, cibles en vue.
- Merci de nous faciliter la tâche, fit remarquer Chaika.
- La ferme !
- Non, vous deux, la ferme ! tonna Sokol. Je dois me concentrer…
Anton Yorasenko plaça son KSV-K sur son bipied, avec le compensateur, c’est la seule chose qu’il a ajouté, il préfère largement apprendre à maitriser les défauts de l’arme, elle est puissante et porte loin, mais le maniement est exécrable. Il cala sa mire de la lunette 12x sur le haut de la tête d’un des deux mercenaires et commençait à le suivre du regard depuis son promontoire.
Akula, malgré son habitude à ce genre de situations, se demandais toutefois ce que son sniper attendait :
- Qu’est ce que tu fous mudak ? Ils viennent vers moi !!!
- Attends un peu.
- Quoi ?
- Attends !
Sokol redevint silencieux. Il se concentrait sur son rythme cardiaque, cherchant à le faire baisser. Lorsqu’il arriva à un niveau jugé satisfaisant, il se concentra sur ces cibles. Et tira.
…
…
- Dormeurs. Deux. Un tir, deux morts.
L’ex-Spetsnaz ne se faisait pas surnommer Sokol pour rien. Terme voulant dire faucon, il disposait d’une précision aussi élevé que l’animal, et ce qu’il venait d’accomplir n’en était qu’une preuve de plus. La balle chemisée avait explosé la tête du premier avant de traverser la gorge de l’autre, lui laissant coincé à jamais son dernier soupir.
- C’était juste… Pourquoi avoir mis autant de temps ?
- Pour que tu aies moins de fatigue à trainer les corps de moins loin… Et pour économiser une balle… Ca ne pousse pas sur les arbres, ces choses-là.
- C’est bien ce que je disais, t’es vraiment qu’un crétin.
- Quel concert de louanges ! Bien, Mirazh, situation ?
- Chaika s’est occupé du dernier garde et a caché le corps. Moi, j’ai placé mon drone au dessus du bâtiment. J’arrive pas encore à croire qu’il y ait une verrière sur le toit.
- Rapport, lança Akula.
- Oui, chef. C’est la fête, là-dedans… J’ai relevé quinze signatures thermiques, toutes armées de ce qui pourrait être des AK-47.
- Compris, laisse ton drone en position. Rassemblement à l’entrée, c’est maintenant l’heure de s’inviter. N’oubliez pas d’amener un cadeau à nos hôtes…
2 heures 15, entrée de l’entrepôt.
Après avoir vérifié qu’il n’y avait aucune autre ouverture dans la structure, l’équipe Zéro se rassembla à l’entrée du bâtiment et commença a vérifier leur matériel avant d’établir un plan d’action : c’étaient eux les loups après tout, ils peuvent prendre leur temps ; les proies ne leur échapperaient pas.
Chacun regardait ses petits détails : Akula rehaussait la mire de son arme, qui s’était faussé en frappant mortellement le garde de tout à l’heure. Sokol rengainait son KSV-K pour prendre un VSS : malgré son design de fusil de précision, son silencieux intégré et sa lunette 4x d’origine, c’est une arme automatique à 840 coups/ minute. Sokol avait rajouté plusieurs choses sur cette arme là : une poignée verticale, un pointeur laser, un grand chargeur de 30 balles et avait sous gazé l’entrée de gaz, pour réduire la cadence un poil trop élevée pour lui et gagner du contrôle. Chaika faisait un check-up de son Ultimax Mk.5 et des explosifs qui ont fait sa renommée.
Mirazh, lui, venait de terminer la révision de son SR3-M, un fusil d’autodéfense aux performances honorables. Il avait rajouté à l’arme une poignée verticale, une hausse laser, une crosse fixe et une lunette tactique 3x. Il regardait à présent les images qu’envoyait son UCAV d’au dessus la verrière sur l’écran tactile emprunté à Akula. D’un geste du doigt, il marquait chacun des ennemis dans le champ de vision d drone, faisant apparaitre en surbrillance des silhouettes rouge sur son HUD et celui de ses camarades.
Kiril Raisev est le plus jeune membre de l’équipe Zéro. De nationalité Franco-russe tenue par sa mère, il a passé l’essentiel de sa vie dans l’Hexagone, apprenant le russe avec son père. Il a étudié dans les écoles françaises les plus prestigieuses, telle que l’ENSIETA, école d’ingénieur en armement à Brest. Il aurait pu être ingénieur en armement opérationnel pour le gouvernement français, mais le destin, se manifestant comme le SVR frappant à sa porte en décida autrement.
En même temps, quand son père est un ancien de KGB et que tu as 19,7 de moyenne depuis le primaire, il ne fallait pas s’étonner…
Dans l’escouade Zéro, on le nomme Mirazh, mirage, car les seules traces qu’il laisse derrière lui après un piratage, c’est du vent.
Quand il eu terminé le marquage, il redit la tablette à Akula, qui fit apparaitre un plan en vue du dessus de l’entrepôt :
- Okay, dernier briefing. Selon les plans, il y a, en plus de la verrière, deux points sensibles sur les murs latéraux. Ici, et ici ( il marque deux points sur la carte qui apparaissent dans les HUD comme des objectifs ) Chaika, go, après, tu attendra à l’entrée. Mirazh…
L’intérieur de l’entrepôt baignait dans une lumière blême et blafarde due à la hauteur de l’éclairage dans les structures. Ce qui favorisait l’orientation à la paresse : les hommes devant surveiller la cargaison ne prêtant aucune attention à leur manière de faire leur travail, passant leur temps à se plaindre du froid dans leur langue, tombant de fatigue ou jouant aux cartes sur une table de fortune faites avec une des caisses à transporter. Jugeant que l’endroit était tellement paumé que si une visite venait à arriver, les quatre mercenaires locaux chargés de les surveiller feraient l’affaire. Grave erreur dont les conséquences allaient leur en couter…
Le temps sembla filer au ralenti pour eux quand la verrière explosa et que les IEM de l’UCAV de Mirazh tombèrent au sol et se déclenchèrent, explosant toute les ampoules de la pièce. Dans le chaos qui s’ensuivit, submergés par l’adrénaline, les gardes s’hurlaient des ordres pour essayer de reprendre la situation en main. En vain.
Car à ce moment là, deux vagues de chaleur suivies de métal déchiré emplissaient la pièce depuis les murs latéraux, blessant les pauvres hommes trop près. Par les brèches nouvellement crées par les explosifs de Chaika, Akula et Sokol sortaient chacun de leur côté, courant au fond pour rabattre les forces ennemies vers l’entrée, où Chaika était posté pour une suppression de sa Mk.5 telle la gueule d’un loup se fermant sur sa proie.
Serguei Erikilin, alis Chaika,utilisait cette arme avec un bipied, un compensateur et une crosse fixe pour gagner en précision et en contrôle lors du tir en rafale de 540 coups/minute.
Mais s’il était bon en suppression, il s’avérait encore plus doué en explosifs. Faisant partie de l’équipe Vympel des Spetsnaz avant de rejoindre Bodark, il a eu a désamorcer un grand nombre d’engins explosifs durant sa carrière. Tant et si bien qu’il connaissait toutes les matières, charges, et missiles existant au monde. Sil il ne savait pas, c’est que ça n’existait pas. Ou n’explosait pas.
La suppression de Serguei captait toute l’attention, permettant à Mirazh d’avancer à croupetons jusqu’à la porte de l’arrière- salle de la pièce. Selon le briefing fait à Arkhangelsk, la raison de leur opération devait se trouver derrière.
Le HUD indiquait la présence d’une personne affairée à la maintenance du matériel. « Il est de dos, pensa Mirazh… Pas besoin de ça. »
Il rengaina son SR3-M, et sans perdre une seconde, il enfonça la porte et cogna là tête de l’inconnu contre un conteneur pour l’assommer. Il avait entendu à travers le balaclava de l’inconnu son nez se casser, mais il jugea que ça n’allait pas le tuer.
- A tous, Assoupi, propre. J’emballe et sécurise l’objectif, déclara-t-il dans le comlink en passant les menottes souples au chargé de maintenance.
- Reçu, répondit Sokol. On finit le ménage et on arrive. Terminé.
- Reçu, terminé.
-
Mirazh s’assit sur une chaise qui trainait et souffla une minute : le colis était sécurisé, et l’équipe Zéro avait connu un franc succès pour son premier baroud, après tout. Mais une chose lui revint : la conversation interceptée par son drone avant l’assaut. Les mercenaires avaient dit que les personnes à l’intérieur ne parlaient pas russe.
« Si ils ne parlent pas la langue, qui sont-ils ? Et que veulent-ils ? Je dois au moins me faire une idée de la première question… »
Kiril approcha sa main du visage de « l’employé de maintenance » et tira sur le balaclava. Et même au travers de ses lunettes et de son cache-col frappé de la gueule d’un loup, la surprise pouvait se lire sur le visage du jeune homme.
Le technicien était Asiatique.