Bon alors avant toute chose je tiens à exprimer ma (très) grande joie pour ce changement de développeur. Maintenant, coupe de gueule et explications.
Etant un "vieux" de 23 ans, j'ai eu le grand plaisir de grandir dans ce que je peux appeler l'âge d'or des RPG pc, c'est à dire l'époque bénie où les jeux duraient plus de 50 heures, proposaient un scénario béton, nous pondaient des univers géniaux, osaient prendre des risques et surtout faisaient des jeux de passionnés pour des passionnés. Il n'était même pas question de multi-plateformes, et on n'hésitait pas à sortir un jeu sur plus de six cédéraumes, histoire de ne pas bêtement sucrer du contenu faute de place. En gros un temps où on avait encore l'impression de jouer à un jeu et non une pompe à pèze, et de vivre une vraie aventure et non une historiette édulcorée.
Fallout était de ceux-ci: un univers unique, cruel, sanglant contrebalancé par un humour noir tordant; un scénario profond et tout en nuances ne sombrant nullement dans le manichéisme bébète, ici on tue mais on se retrouve avec les mains sales, et l'ennemi n'est pas forcément celui auquel on croit (le Maître en est le meilleur exemple, probablement la meilleure nemesis du RPG); l'ambiance musicale était géniale, reflétant le côté abandonné, désespéré et du wasteland, un cri du désert en somme et non un chant épique, car fallout était tout sauf une ballade épique les cheveux dans le vent. Il s'agit juste d'une lutte pour la survie et pour rester encore un tant soit peu humain. En bref, un jeu qui avait les tripes de montrer une humanité ternie, où même les "bons" peuvent agir comme de vrais salauds quand ils sont acculés (redding prète à tuer pour sa survie, l'autoritaire République de Nouvelle Californie...)
Il faut bien l'avouer, les deux premiers fallout n'étaient pas de toute beauté, étaient lourds à manier et buggués. Je suis le premier à le dire, mais curieusement on savait encore en passer outre et profiter à fond de ces jeux car oui, à cette époque on savait encore faire la part des choses et faire la priorité entre scénarion béton et graphismes de rêve...
De nos jour qu'en est-il? Eh bien ce n'est pas la joie, les consoles de salon ont rattrappé les ordinateurs et une nouvelle espèce de joueurs est apparue: les casuals gamers. De nos jours le jeu n'est plus une question de loisir, mais bel et bien un business. Il n'est plus question de faire des jeux "by gamers for gamers" mais bien de satisfaire la demande de clients (et de tirer un max de blé en passant) Bethesda l'a bien compris, et surtout la bien fait!
Oblivion reste à ce jour pour moi une arnaque de première, un hack'n slash à la première personne se faisant passer pour un jeu de rôle. Et ce n'est pas les quelques choix que vous pourrez faire qui changera la donne, l'impression finale restera la même: oblivion est un MMORPG offline, certes très gros et très beau, mais sans originalité, sans âme et surtout très peu cohérent (le jour ou une ville de moins de 200 péquins sera considérée comme capitale d'un empire, qu'on me fasse signe!) Un anti-fallout en somme, alors quand j'ai appris que bethesda avec ses gros sabots avait acquis la propriété intellectuelle de fallout, moi comme plein d'autres en ont pleuré des larmes des larmes très amères...
Donc que dire de ce fallout 3? Disons qu'il reprend ce que veut le public consoleux: des beaux graphismes, un gros souffle épique, des quêtes et lieux à foison, un scénario accessible avec des gentils très gentils et des méchants très méchants. En gros, un produit grand public, présenté à grands coups de marketing, politiquement correct avec un poil de violence pour justifier son appellation "mature". Alors oui, vu que la plupart des organismes de presse suivent à présent le point de vue d'un gamer actuel, ce jeu répond à ces critères et peut être considéré comme "bon".... Mais l'est-il vraiment?
En fait, si on prend du recul on ne peut que constater les ravages apportés par le "casual gaming": le scénario est assez pauvre et n'offre que peu de ramifications, seules les quêtes secondaires apportent un vent de fraicheur à tout cela, mais encore fait il les découvrir. Car le plus gros tort de fallout 3a été de suivre l'organisation d'oblivion, un grosse carte bourrée de lieux, de "donjons", mais n'offrant que très peu de cohérence et surtout manquant cruellement de vie et de personnalité, même si des efforts on été faits depuis oblivion. De plus l'univers falloutien s'est vu amputé de son humour noir, de cette spontanéité, de son anti-manichéisme qui faisait son charme, comme si bethesda n'avait fait que suivre bêtement une "check list" sans aucune conviction. Tout le scénario est basé sur une remope des trois précédents épisodes, le politiquement incorrect en moins (et c'est pas "déconnecter" un président des USA qui va nous le faire croire!) Encore pire reste la finition: on a affaire à un mauvais fps lent et peu jouable, les personnages sont animés comme ayant un balai là ou je pense, la bande son pimpante ruine l'impression de wasteland, les textures sont moches, washington n'est qu'un vulgaire parcours balisé et répétitif (mais ou sont les grattes ciel?) on voit des maisons encore murées 200 ans après leur abandon, et surtout c'est désespérément vide!
Non, fallout 3 n'est pas un grand jeu, non il n'est pas mauvais, oui il est terriblement formaté, comme on aurait pu attendre d'un jeu bethesda.
Alors oui, quand j'apprends qu'obsidian reprend le développement de fallout je respire. Oui quand je vois qu'un des pères de fallout 2 dirigera le tout je respire. Et arrêtez de beugler comme des kevins quand on égratigne bethesda, repirez un bon coup, prenez du recul et posez vous cette question: voulez vous un VRAI jeu de rôle ou un simple erzatz...