Chapitre 9 : Convalescence
Ma vision se trouble. J'aperçois une silhouette s'effondrer au sol, et une autre se penche sur moi. Il me semble qu'elle me dit quelque chose... Mais la voix me paraît si lointaine, comme si j'étais au fond d'un puits très profond. Soudain, la douleur explose. Des taches grises traversent mon champ de vision. Je ne peux me retenir de vomir. Cependant, j'entends bien mieux la voix.
- Julia ! Reste avec moi ! PUTAIN, ELLE ARRIVE CETTE AMBULANCE ?!?
J'essaie d'acquiescer, mais ma tête pèse une tonne. J'ai chaud, et froid en même temps. J'entends une sirène qui s'approche. L'ambulance. Des infirmiers prennent la relève, et me mettent sur un brancard. Quand celui-ci heurte le rail de l'ambulance, la douleur est si forte que je sombre dans l'inconscience.
Ma bouche est pâteuse. Quelque chose bipe régulièrement. J'ouvre les yeux, et observe le plafond. Blanc, en fibre de verre. Je tourne la tête à droite. Une table de chevet, couverte de fleurs. Une baie vitrée, cachée par d'épais rideaux. Un lino vert pâle.
- Tu es réveillée ?
La voix provient de ma gauche. Laura. Je souris difficilement.
- ... Soif...
Elle se lève, et me verse de l'eau dans un grand verre avec une paille. Lentement, j'avale presque un demi-litre d'eau. Je souris, et lui caresse la joue. Je ne l'avais jamais vue pleurer et sourire en même temps.
- Tu m'as tellement fait peur !
- Les risques du métier... Ca fait combien de temps que je suis là ?
- Trois jours, me répond-elle. Tu as perdu beaucoup de sang. L'hôpital avait très peu de sang compatible avec le tien. Ils ont dû faire appel à l'Alliance.
- Tu sais bien que je suis chiante, dis-je en souriant.
- Oui. Mes parents sont passés, ainsi que Patrick et ton capitaine. Ton frère a envoyé un message.
- Et... mes parents ? demande-je, tout en connaissant la réponse.
- Rien...
La porte s'ouvre brusquement. Une infirmière entre, suivie par un médecin. Le docteur Henry Landfield, exochirurgien en chef d'après son badge.
- Vous êtes enfin réveillée ! Bien, bien ! Je dois vous poser quelques questions et vous examiner.
- Bien sûr docteur, allez-y.
Après quelques examens rapides et questions évaluant de possibles séquelles psychologiques, le médecin m'explique que j'avais perdu près de deux litres et demi de sang, après que la balle ait traversé mon abdomen de part en part, causant des dommages au foie, au pancréas et brisant trois côtes au passage. Il m'apprend que j'avais eu beaucoup de chance, la balle étant conçue pour exploser à l'impact, mais qu'un défaut dans mon armure avait permis à la balle de pénétrer directement. Je frissonne à cette explication. C'est une chance que l'armure n'ait pas arrêté la balle ?
Il me demande ensuite de me reposer. Laura, comprenant le message, m'embrasse longuement avant de partir, me promettant de revenir demain matin. Je lui souris, et, l'anesthésiant aidant, je m'endors rapidement.
Je suis réveillée le lendemain matin par mon coéquipier, le capitaine Myers et un Turien en costume noir que je ne connais pas. Patrick m'a apporté des fleurs. Des tulipes bleues de Thessia.
- Bonjour messieurs.
- Putain Julia... Tu m'as fait une de ces frayeurs ! me lance mon coéquipier.
- Tu comprends maintenant ce que je ressens quand je te laisse conduire, réplique-je en souriant.
Après ces quelques familiarités, il est temps de passer aux choses sérieuses. Je me doute bien qu'ils ne sont pas là uniquement pour prendre de mes nouvelles. Le capitaine se charge de mon débriefing, tandis que ce Turien, qui ne s'est toujours pas présenté, prend des notes. Patrick m'apprend ensuite qu'il a réussi à descendre le Butarien juste avant qu'il me tire une balle dans la tête. Celui-ci est toujours dans le coma, avec peu de chances de se réveiller. Je rage intérieurement. Tout ça pour rien ? Et merde.
Ca fait deux heures que je réponds aux questions, et je commence à fatiguer. Le capitaine s'en rend compte, et décide de prendre congé. Mais je suis toujours intriguée par mon compatriote.
- Excusez-moi... Mais qui êtes-vous ? demande-je.
- Karyan Demios, service anti-gang du SSC. Vous nous aviez contacté la veille de votre... "accident", et nous reprenons l'enquête.
- Quoi ?!? rugis-je.
- Vous avez bien entendu, me répond-il avec un petit sourire en coin. Soyez sûre que le SSC vous remercie de vos recherches et de votre compétence à appréhender un criminel recherché depuis plusieurs années. Sur ce, ma navette s'envole dans trois heures. Bonne journée, dit-il en quittant ma chambre, suivi de près par le capitaine Myers.
- Mais... mais... Quel fils de pute ! gronde-je.
- Tu sais comment ils sont au SSC, rétorque Pat.
- Ouais... Que des connards prétentieux, dis-je d'un ton dédaigneux.
- Ah, revoilà le capitaine...
- Navré de ce... désagrément, Terraga.
- Désagrément, mon cul oui ! C'était mon enquête...
- Ca ne l'est plus. Mais vous avez fait un bon travail. D'ailleurs, vous allez recevoir la Police Field Star, qui récompense les policiers blessés en service. Vous allez aussi disposer de trois mois de congés, et d'une prime de trois salaires mensuels.
- Hmpf... Merci capitaine, réponds-je d'un ton sinistre.
- Profitez-en bien, dit-il en sortant.
Pat reste encore un peu, mais ma mauvaise humeur le fait rapidement partir. Je reste quelques heures à ruminer le fait que j'ai été destituée de l'enquête, quand soudain, une idée germe dans mon esprit. Je passe encore une bonne heure à peser le pour et le contre, quand l'arrivé Laura m'interrompt.
Je lui annonce les nouvelles, la mauvaise et les bonnes. Elle sait à quel point je suis furieuse, mais je vois aussi qu'elle se réjouit de mes vacances forcées. Au moins, je n'aurai pas d'excuse pour louper le réveillon... On reste un long moment sans parler, avant de m'endormir.
C'est aujourd'hui que je quitte l'hôpital. Trois semaines qui m'ont paru une éternité. J'ai encore du mal à marcher sans béquille, mais les médecins disent qu'ils ont rarement vu un patient récupérer aussi vite. Ils feraient mieux de lire un livre de médecine turienne... Je range mes affaires dans un sac de sport, et me dirige vers l'ascenseur. Laura m'attend dans la voiture.
C'est un choc quand les portes vitrées s'ouvrent. Après plusieurs semaines passées dans une pièce chauffée, j'avais oublié à quel point le climat d'Elysium pouvait être rude. Le froid est mordant, et me fait mal aux poumons. Il doit faire au moins moins quinze. Mais le soleil est éclatant, et le ciel d'un bleu azur magnifique. Une splendide journée de décembre sur Elysium. J'aperçois ma Porsche, et me dirige vers elle. Laura est à l'intérieur, visiblement au téléphone. Elle m'aperçoit et raccroche. Après avoir déposé mon sac dans le coffre avant, je la rejoins à l'intérieur (côté passager, malheureusement). Je l'embrasse, et nous voilà parties chez nous.
Ce n'est qu'en ouvrant la porte que je me rends compte à quel point tout ça m'avait manqué. La cuisine vieillotte et son odeur de café, mon fauteuil de cuir près de la fenêtre, notre lit... Et surtout Laura. Elle a à peine le temps de fermer la porte que je lui saute dessus. Je l'embrasse de toutes mes forces, caresse la moindre partie de son corps. Son parfum de femme emplit mes narines, mes mains se rappellent de la douceur de soie de sa peau. Nous faisons l'amour rapidement, comblant un vide que je ressentais depuis plusieurs jours. Laura me caresse doucement le ventre, s'arrêtant souvent sur ma cicatrice. Elle trouve ça "sexy". Je souris, et je m'endors rapidement.
L'odeur provenant de la cuisine me réveille. Saint-Jacques au curry. Mon plat préféré. J'enfile un pull de laine et une culotte, et je vais prendre un café.
- J'ai dormi longtemps ? demande-je.
- Tout l'après-midi. Le médecin m'a dit de te laisser te reposer, me répond-elle.
- Hmm. Dis... J'ai pensé qu'on pourrait aller sur Palaven pour les fêtes.
- Je savais que tu dirais ça. J'ai réservé un vol pour dans deux jours. Ton frère arrivera en même temps que nous.
- Cool. Ca nous évitera l'hôtel ou mes...
- Je sais. Ah non, tu mets pas la table ! me lance-t'elle alors que je m'apprêtais à prendre des assiettes dans le placard.
Le repas est délicieux. Elle cuisine merveilleusement bien. J'ai vraiment beaucoup de chance de l'avoir. Elle m'apprend que le docteur Bernstein lui a accordé trois mois de plus pour sa thèse, alors qu'elle était dans les temps. Ca lui permettra de faire quelques recherches supplémentaires sur Palaven. Nous rejoignons ensuite la chaleur du lit, où je mène quelques recherches sur elle avant de dormir.