Chapitre 5 : Un air de paradis
Le soleil se lève enfin. Le malaise lié à mon cauchemar me colle à la peau. J'ai besoin de prendre une douche et un bon petit-déj' pour me débarrasser de ma nuit blanche. Je me lève sans faire de bruit et me rends dans la cuisine pour faire couler le café. Tandis que l'eau chaude infuse, je pars me laver. L'eau chaude qui coule sur mes épaules me fait un bien fou. J'allume l'écran intégré et consulte mes messages. J'ignore ma boîte professionnelle (on est dimanche après tout), et m'aperçois que mon frère cadet m'a envoyé un message. Je suis contente d'avoir de ses nouvelles, malgré qu'il soit embarqué sur une frégate de la Troisième Flotte. J'apprends qu'il s'est fiancé avec Kara, sa copine, qui sert sur le même bâtiment. La nouvelle me fait un choc. Mon chouchou, fiancé ? Merde alors. Un bip sonore m'apprend que la cafetière a terminé. J'envoie donc ma réponse, éteins le robinet et enfile une nuisette en soie.
L'odeur de café a envahi l'appartement, et je vois Laura faire semblant de dormir. Je souris en comprenant le message. Petit-déjeuner au lit. J'attrape un grand plateau, où je dispose ma tasse de café, son bol de thé vert (avec deux sucres, sans lait), un pot de confiture de figues avec des biscottes pour elle et deux tranches de brioche pour moi. Je me remets sous la couette avant de poser délicatement le plateau entre nous deux.
- Oh, le room-service ! s'exclame Laura avec un air faussement surpris. Fallait pas !
- Ok, je le ramène alors...
- Surtout pas ! T'as réussi à te rendormir ?
- Bien sûr.
- Julia...
- Bon, d'accord, non.
- Je m'inquiète pour toi. Ton boulot est en train de te bouffer, me dit-elle avec un air inquiet.
- Ca va... Ca fait trop longtemps que j'ai pas pris de vacances, c'est tout, la rassure-je.
- Un an et quatre mois. On avait été sur Thessia, tu te rappelles ?
- Je me rappelle surtout de cette plage, et du lit de l'hôtel, réponds-je en souriant.
- Ben voyons ! s'écrie-t'elle dans un éclat de rire. Non, sérieusement, reprend-elle, pourquoi on n'irait pas sur Palaven passer les fêtes de fin d'année ?
- Je verrai... Tu sais comment c'est cette semaine-ci.
- Bon, je vais dire ça autrement... On VA sur Palaven pour les fêtes de fin d'année. Et si ton boss n'est pas d'accord, j'irai le voir.
C'est aussi pour ça que je l'aime. Sa détermination farouche la rend resplendissante. Ses sourcils froncés mettent en valeur ses grands yeux verts, tandis que sa bouche pincée faire ressortir les délicates taches de rousseur qui constellent ses joues. J'acquiesce, même si je sais que ça sera presque impossible de me libérer pour ces deux semaines. Je finis mon café et l'embrasse. Alors qu'elle part elle aussi se laver, j'allume la télé. Rien de bien intéressant le dimanche matin à dix heures... Je zappe sur une chaîne musicale, et prépare nos affaires de piscine. Bikinis, serviettes, tongs... Tout y est. J'enfile un t-shirt imprimé et un jeans, et attends en regardant par la fenêtre. Il pleut toujours, mais le ciel semble s'éclaircir un peu.
- On y va ?
J'attrape le sac et file la rejoindre. J'attrape mes clés à la volée et ferme la porte. Elle m'attend déjà à la voiture. Je jette le sac dans le coffre avant, et nous voilà parties pour le centre-ville. Le trajet est incroyablement court jusqu'à la reproduction d'un opéra célèbre de la Terre. La chaleur tropicale qui règne me rappelle Palaven. Je l'aide à attacher son bikini, et vice-versa. Après avoir déposé nos affaires dans un casier, j'entre dans une eau à trente-trois degrés. Je lâche un soupir de satisfaction. Rien n'est meilleur que d'entendre la pluie cogner aux vitre en étant immergée dans une eau très chaude. L'heure matinale nous permet de jouir du bassin pour nous seules. Je commence donc mon entraînement hebdomadaire : quinze longueurs de crawl, quinze de brasse pour finir sur quinze de papillon. Je mets un peu moins d'une heure pour boucler le tout. Laura est partie au jacuzzi. Je pars donc la rejoindre, les bras et les jambes engourdis par l'effort que je viens de faire. Si l'eau du bassin était chaude, celle du jacuzzi est brûlante : quarante-quatre degrés Celsius. Le parfait moyen pour éviter les courbatures. J'embrasse Laura et ferme les yeux. Les glouglous des bulles me bercent. Je ne tarde pas à m'assoupir. Une élévation du niveau de l'eau me sort de ma torpeur. Cent-vingt kilos de graisse humaine viennent de nous rejoindre. Laura me fait signe, et nous quittons la chaleur humide du jacuzzi pour nous rendre au sauna. L'odeur d'épicéa a quelque chose de réconfortant, comme un vieux pull qui nous tient chaud pendant les nuits d'hiver. Je m'assois sur le banc, et Laura s'allonge, sa tête posée sur mes jambes. On reste là un bon moment sans parler, juste à se fixer droit dans les yeux. Ce n'est que lorsque mon estomac commença à gargouiller qu'on décida d'aller manger un morceau.
Notre restaurant fétiche se trouve à quelques rues à peine de la piscine. La pluie s'étant arrêtée un instant, on décide d'y aller à pied. Les vitrines lumineuses nous vantent la qualité des articles proposés en magasin, nous informent des divers spectacles joués dans les différents théâtres de la ville ou nous font part des principales informations de la journée. Si Laura adore flâner le long de cette rue marchande, je ne suis pas une grande amatrice de lèche-vitrines. On arrive devant la porte du restaurant italien pour nous apercevoir qu'il est fermé pour cause de congés annuels. Déception.
Mais une mauvaise nouvelle n'arrivant pas seule, mon Omnitech se met à sonner. C'est Patrick. Je soupire. Si il m'appelle un dimanche, ça ne peut vouloir dire qu'une chose.
- Allô ?
- Julia ? Pat. J'te dérange je suppose ?
- Ce n'est rien. Où ça ?
- Hôtel Majestic. Suite 2234.
- J'y suis dans vingt minutes. Je suis désolée mon coeur, mais je dois y aller, dis-je à Laura en raccrochant.
- Je vois, soupire-t'elle. Je te dépose ?
- S'il te plaît. Eh, regarde-moi, réponds-je. Tu ne m'en veux pas ?
- Que veux-tu que je te dise ? Bien sûr que je suis déçue, mais je sais que tu ne me laisserais pas si ce n'était pas important. T'inquiètes pas, je savais à quoi m'attendre en sortant avec une super-flic, me lance-t'elle en souriant.
Je l'embrasse, et nous retournons à la voiture. Ca me fait mal de devoir la laisser, elle qui comptait profiter de la journée en ma compagnie. Je soupire une nouvelle fois. Boulot de merde.