Chapitre 4 : Cauchemar
Je regarde la pluie tomber par la fenêtre. Laura est en train de faire la cuisine. Elle sait vraiment me réconforter : d'abord au lit, tout à l'heure, puis le chocolat chaud, et maintenant, des nouilles sautées (dextro, évidemment). Je l'entends chantonner le dernier morceau d'Expel Ten. Pas vraiment mon genre de musique. J'ai appris à apprécier le jazz humain des années 1940 grâce à un petit disquaire situé à quelques pas du bureau. Ca change des musiques très pompeuses que les Turiens savent faire...
Les lampadaires viennent de s'allumer, reflétant leur lumière blafarde sur les trottoirs détrempés. Ca me fait penser à la morgue, et par conséquent, à Helena. Je me recroqueville encore plus dans le vieux fauteuil en cuir, serrant contre moi la tasse brûlante. Ses parents sont quelque part dans l'immensité de l'espace, seuls avec leur chagrin dans un transport bondé. Je revois son visage. Elle était jolie, malgré le coup terrible qu'elle avait pris. Ses tatouages claniques n'étaient pas encore complets. Elle ne connaîtra jamais ce rituel, et la fête qui s'en suit, perpétué le jour de ses dix-huit ans. Chaque Turien et chaque Turienne l'attend avec impatience. C'est à ce moment qu'il quitte l'enfance pour devenir un citoyen à part entière de l'Empire Turien. Il est pressé de recevoir l'argent et les cadeaux qui lui permettront de s'installer sous son propre toit. Heureux de pouvoir conduire, de pouvoir rejoindre l'armée ou de suivre des études universitaires. Mais cela sera interdit à Helena Galatus.
Je serre une nouvelle fois les poings en pensant à l'homme qui l'avait attirée dans ce piège mortel. Aiden. Au nom, ce peut être un Turien comme un Humain. Une main posée sur mon épaule me sort de mes pensées. Je tourne la tête et voit Laura uniquement vêtue d'un pull en grosse laine typique d'Elysium lui tombant juste au-dessous des fesses.
- Hey. Tu penses à ton affaire, me demande Laura avec un sourire inquiet.
- Oui. Comme toujours.
- Et comme toujours, tu finiras par l'attraper, car tu es la meilleure. Tu viens manger ? Je t'ai fait des nouilles.
- J'arrive.
Elle repart vers la cuisine, tandis que je finis ma tasse. Je sens le chocolat brûlant descendre le long de mon oesophage, irradiant sa chaleur dans tout mon être. J'enfile moi aussi un pull, et pars la rejoindre. La télé est allumée sur la chaîne d'informations.
- Cela fait désormais deux semaines et demi que la pluie ne cesse de tomber, et aucune amélioration n'est à prévoir avant...
- Super, gromelle-je. Comme si j'avais besoin de ça...
- Palaven te manque tant que ça ?
- Sa météo, oui. Mais je ne regrette pas d'être venue ici. Ca veut dire que je suis près de toi. Et c'est tout ce qui compte.
- Merci ! Allez mange, ça va être froid, ordonne-t'elle.
Le dîner se passe en silence, les cliquetis des couverts ponctuant les reportages du journal télévisé. Le conseiller Turien et l'ambassadeur humain se sont encore accrochés. Ne peuvent-ils donc pas prendre exemple sur nous ? Je souris, et je vois que Laura également. Elle doit penser la même chose.
- Julia, ça te dirait d'aller à la piscine du centre-ville demain ? Ca te ferait oublier le temps pourri.
- Ok. Ciné après ? Le nouveau Blasto a l'air pas mal.
- Ca marche. Et pour ce soir ? me demande-t'elle.
Je lui caresse la cuisse en guise de réponse. Je lui prends la main et l'entraîne dans la chambre. Je l'embrasse passionnément, tout en la caressant tendrement. Je la sens frissonner de plaisir sous mes mains. Ses tétons sont déjà durs quand j'en prends un dans ma bouche. Sa respiration accélère tandis que je joue avec ses seins ronds. Je continue à descendre, embrassant son ventre. Sa respiration s'arrête lorsque j'atteins son entrejambe. Mes doigts n'ont aucun mal à entrer, vu comme elle était humide. Je commence le va-et-vient, et elle gémit de plaisir. L'orgasme arrive rapidement, fort, puissant. Ses gémissements ont laissé place à des cris de plaisir. Je remonte l'embrasser, et la serre contre moi. On reste là un long moment sans rien dire, la chambre uniquement éclairée par la lumière des lampadaires. La pluie qui tape à la fenêtre m'apaise. Il ne faut pas longtemps avant que Laura ne s'endorme. J'observe son ventre monter et descendre lentement, au rythme de sa respiration apaisée. Je ne pense à rien, à part à mon envie de fumer. Mais je ne peux pas attraper le paquet sans la réveiller. Alors j'attends dans le noir, l'être que j'aime le plus au monde collée contre moi.
Je suis à présent dans un bureau miteux. Un homme, le visage masqué dans l'ombre, braque un flingue sur moi. Par la petite fenêtre, je peux voir des voitures passer.
- A poil. Et grouille-toi, j'ai pas que ça à foutre.
- Quoi ?
- Dépêche toi. J'ai pas envie d'abîmer ta jolie gueule, alors magne.
- Mais... mais... Non !
La baffe est cuisante. Mon oreille siffle, alors que ma joue me brûle. Les larmes me montent aux yeux.
- Qui... qui êtes-vous ?
- Tu le sais. Maintenant, à poil !
Je commence à avoir peur. Alors j'obéis. J'essaie de me cacher avec mes bras du mieux que je peux, mais c'est inutile. L'homme s'avance pour mieux profiter du spectacle. Un Humain. Petit, le crâne dégarni, lunettes rectangulaires et chaîne en or sur une chemise rayée démodée. Instinctivement, j'ai un mouvement de recul.
- Je te fais peur ? C'est bien. Maintenant, écoute-moi. Si tu me mens, je te bute. C'est clair ?
- Ou... oui...
- Pour qui tu bosses ?
- Hein ?
La deuxième baffe est encore plus violente. Je tombe à quatre pattes, les larmes coulent sur le tapis en imitation tigre.
- POUR QUI TU BOSSES ? DERNIERE CHANCE ! crie-t'il.
- POUR PERSONNE ! dis-je en sanglotant.
Le bruit est assourdissant... Et je me réveille en sursaut. Laura allume la lumière tandis que je me recroqueville contre elle.
- Là, là... Doucement... T'as fait un mauvais rêve, c'est tout, me susurre-t'elle à l'oreille.
- Laura... Je... Je t'aime.
- Je le sais. Et tu sais que moi aussi, je t'aime. Allez, rendors-toi, je suis près de toi.
Elle éteint la lumière et me prend dans ses bras. Je regarde les gouttes s'écraser contre la fenêtre. Mais je sais que je ne dormirai plus de la nuit. Ploc. Ploc. Ploc.