Chapitre 17 : Repos bien mérité
Le Normandy arriva rapidement. Nous plaçâmes le corps de l'amiral dans la baie d'observation tribord, afin qu'il puisse profiter une dernière fois de la vue de la planète qu'il avait aidé à sauver. Tandis que Shepard partait se reposer dans sa cabine, Julie s'approcha du hublot.
- Voilà... C'est fini.
- Oui.
- Qu'est-ce qu'on va devenir ?
- Je ne sais pas... Shepard va devenir une légende vivante, je serai sûrement promu et on sera décorés...
- Je parlais de nous Jorah.
Je rougis. De nous ? Qu'est-ce que ça voulait dire ?
- De... De nous ?
- Oui, de nous.
Elle se retourna vers moi. Elle pleurait. Des larmes argentées traçaient des sillons dans la poussière grise et le sang séché incrustés sur son visage. Mais elle souriait aussi. Elle s'approcha de moi. Je la pris dans mes bras, avant de l'embrasser. Elle me prit par la main, et m'emmena dans la cabine du second. Celle-ci était tapissée d'écrans et d'ordinateurs, mais mon attention était focalisée sur une seule chose : la jeune et jolie rousse qui m'accompagnait depuis maintenant six mois. Elle m'embrassa de nouveau, plus fort cette fois. Elle appuya sur un bouton, et mon armure se désolidarisa. Je fis de même, et je pus enfin la caresser. Je la fis s'allonger sur le lit. Nous fîmes l'amour trois fois d'affilée. Epuisés, nous nous endormîmes rapidement.
Je me réveillai trois heures plus tard. Je tournai la tête vers Julie. Ses cheveux flamboyants contrastaient avec la blancheur laiteuse de sa peau. Je passai dix minutes à observer le lent va-et-vient de sa respiration avant de me décider à me lever. Je pris une serviette, et allai prendre une douche, brûlante pour me débarrasser du sang, de la poussière et de la sueur des combats et de mes ébats. Je pris le temps de penser aux six mois qui venaient de passer. New York, Washington, Londres... Des yeux verts me fixaient. Aayla. Mes cauchemars. Ma femme et ma fille faisant leurs valises pour Londres, ne supportant plus ceux-ci. Puis d'autres yeux verts apparurent. Julie. Depuis mon divorce, c'était la première fois que j'arrivais à me défaire de mes cauchemars.
L'IV du Normandy me sortit de ma méditation, en m'annonçant que nous allions arriver à Londres d'ici une petite heure. J'arrêtai l'eau, me séchai et pris du linge de corps mis à disposition dans le placard. Je retournai dans la cabine afin de réveiller Julie. Pendant qu'elle était partie faire un brin de toilette, j'allumai l'ordinateur de chevet et parcourai les rapports.
Ceux-ci venaient de la totalité de la galaxie, et tous attestaient de la même chose : après une vague d'énergie, les Moissonneurs ont été désactivés, cessant alors les hostilités. Partout, Cannibales et Maraudeurs s'effondrèrent d'un coup, comme si on coupait les fils d'une gigantesque marionnette. Mais le plus hallucinant venait de la Citadelle. Grâce à mon habilitation N7, j'avais accès aux dossiers secret-défense du SSC. Des yottaoctets de données avaient été déposés sur le réseau sécurisé du service de sécurité. Des données sur l'étude de l'impact de l'énergie noire sur le vieillissement prématuré des étoiles. Des données téléchargées par l'Augure. N'étant ni astrophysicien ni mathématicien, je comprenais rien aux équations à inconnues multiples et autres courbes.
- Quelque chose d'intéressant ?
Julie était en train de se sécher les cheveux. La vision de ses doux seins ronds me ravissait. Elle enfila un soutien-gorge de l'Alliance et grimaça.
- Ca se voit que les stylistes de l'armée sont des hommes...
- Et en plus, ils sont affreusement chiants à défaire.
- On s'y connaît ?
- Peut-être bien... Bref, les Moissonneurs ont cessé le combat dans toute la galaxie. Et les scientifiques de tous poils vont se donner à coeur joie pour disséquer les informations de l'Augure.
- Hmm-hmm. Allez, viens, on va manger.
J'enfilai une veste de lieutenant et un pantalon, et nous nous dirigeâmes vers le mess. Celui-ci était encombré d'un tas de cadavres de bouteilles, vestiges d'une fête qui semblait avoir été arrosée. Un officier mécanicien dormait sur la table, le bras autour de sa collègue. Je passai derrière le fourneau, et me mis à cuisiner.
- On est pas les seuls à avoir fêté la fin de cette guerre on dirait...
- Ouais. Saignant ?
- Oui. Un verre ?
- Rhum.
Je pris mon verre et trinqua. Les steaks étant cuits, Julie installa deux couverts. Nous mangeâmes en silence, profitant de ces derniers instants de calme. Nous savions qu'à notre arrivée sur Terre, nous allions être accueillis en héros, pressés de questions et sollicités pour d'innombrables interviews. Shepard arriva en baillant.
- 'Lut.
- Shepard.
- Appelez-moi Jane. Après ce qu'on a traversé...
- Seulement si vous m'appelez Jorah.
- Bien sûr. Reposés ?
- Plus ou moins. Vous voulez quelque chose ? Un café ?
- Volontiers. La journée va être longue...
Quelqu'un avait eu la présence d'esprit de faire un pot de café avant d'aller récupérer de sa fête. Julie servit trois grands mugs. IDA (puisque c'était le nom de l'IA du Normandy) nous informa que nous allions arriver dans cinq minutes. Shepard me donna une veste correspondant à mon grade, et nous nous dirigeâmes sur le pont. Joker dormait dans son fauteuil. Shepard esquissa un sourire, qui s'assombrit quand nous vîmes les ruines de Londres dans le soleil levant.
- La reconstruction sera longue...
Le vaisseau décélérait. Julie me prit la main, et m'embrassa rapidement.
- C'est parti...