Chapitre 13 : Londres (partie 2)
- Jorah... C'est pas Piccadilly Circus.
- Non, en effet, on s'est arrêté avant. C'est Mayfair. C'est là qu'habite ma fille.
- Je ne suis pas sûr que c'est une bonne idée...
- Je veux être sûr.
Je m'engageai donc dans l'immeuble. Troisième étage, appartement 412. La porte était entrouverte. J'entrai prudemment, l'arme à la main. Rien n'avait changé. Le bureau encombré de tout un tas de papiers, la cuisine parfaitement rangée... Le piano. Je fis le tour de l'appartement. Elle avait eu le temps de prendre une valise. Tout espoir n'était donc pas perdu. Je retournai dans la pièce principale. Ce piano... Un Bösendorfer. Je lui avais acheté pour ses 18 ans. Je regardai la partition posée dessus. Chopin, Nocturne op.9 no.2. Je m'assis sur le banc. Le blanc ivoire des touches était si... beau. Je frappai une touche. Le son était si pur. Je repris la partition. Je ne contrôlais plus mes doigts. Les notes traversaient mon être. Pendant ces quelques minutes, j'oubliai tout. La guerre, la douleur, la faim... Je n'étais plus dans un Londres dévasté, mais dans celui d'il y a vingt ans. J'arrivai au bout du morceau. Je n'en pouvais plus. Je fondis en larmes, m'écroulant sur le piano. Je sentis quelqu'un s'asseoir à côté de moi.
- Jorah...
- Elle... elle me manque tellement... Je devais aller la voir trois semaines après l'attaque... J'avais tellement de choses à me faire pardonner, tellement... Deborah, je suis désolé...
- Chut... Viens, partons. Sèche tes larmes, les hommes ne doivent pas te voir comme ça.
- Tu... tu as raison... Julie ? Merci. Pour tout.
- Tu me remercieras plus tard. Viens.
Je ramassai mes affaires, jetai un dernier coup d'oeil à ce piano et tournai les talons. Nous redescendîmes dans la rue.
- Ok les gars, on y retourne.
- Chef, on était où ?
- Peu importe. Allez.
Cette fois, c'est moi qui pris la tête. On se dirigea vers le nord-est direction Piccadilly Circus. Un groupe de Moissonneurs tentèrent de s'opposer à nous. Ils n'eurent aucune chance. A part cet accrochage, toujours pas de résistance... Je commençai à vraiment m'inquiéter. Où était ces Moissonneurs ? Soudain, un sifflement vrilla mes oreilles.
- SNIPER, A COUVERT !
- Où est-il ?
- Vous l'avez vu ?
- Keats, ton casque, un chewing-gum et ton miroir de secours.
Je pris mon couteau, mâcha quelques secondes la gomme sucrée et fixa le miroir au couteau grâce à celle-ci.
- Ok... Quand je te le dirai, tu brandis ton casque au-dessus des gravats... Un... Deux... MAINTENANT !
Le casque eut l'effet escompté : le sniper, croyant obtenir une nouvelle cible, tira.
- Ok, merci. Tu peux le remettre. Julie, tu vois l'immeuble avec l'enseigne sur le toit ?
- Ouais.
- Troisième étage, quatrième fenêtre en partant de la gauche. Maintenant... Tu vois la voiture bleue, un peu à droite là ? Quand je te le dirai, prépare toi à piquer le sprint de ta vie. Une fois derrière, prends ton temps. Tire que lorsque tu en seras sûre.
- Ok... Ca va être du gâteau je le sens... Bon les gars, vous avez intérêt à bien couvrir mon cul, ou vous ne pourrez plus jamais le mater...
- T'inquiètes Widow, Oso a faim.
- Bien. Les gars, à mon top, tire de couverture sur l'immeuble. Julie, toi, tu fonces. Attention... TIR DE COUVERTURE !
L'escouade entière se releva d'un seul coup, faisant preuve de sa puissance de feu. Julie bondit, et courut le plus vite qu'elle pouvait avec un Veuve dans les bras... Le sniper continuait à tirer, mais le tir de couverture le déstabilisait. Julie finit sa course dans une glissade, et me fis signe que c'était bon. Je cessai immédiatement le feu. J'observai Julie grâce au miroir. Le bipied posé sur l'assise du siège conducteur, elle était couchée à même le sol. Les secondes s'égrenaient, ressemblant à des siècles... Une langue de feu jaillit de la bouche du Veuve, les compensateurs de l'armure absorbèrent le recul, le bang assourdissant parvint à mes oreilles... Julie ne bougea pas pendant encore une dizaine de secondes, puis se releva.
- Je crois que je l'ai eu dans l'oeil, mais difficile de juger vu la puissance de mon joujou...
- Joli coup. Allez, on y retourne, on est à deux blocs.
On se remit en route. Arrivés à Piccadilly Circus, nous nous rendîmes compte que ça allait pas être de la tarte. Deux escouades alliées faisaient face à une bonne dizaine de Brutes, et de trois... trois quoi au fait ?
- Julie, tu sais ce que c'est que ça ?!?
- Des Banshees. Des Asaris mutantes. Téléportation à courte distance, et ça balance des Déchirures. Très difficile à tuer à cause de leur barrière biotique...
- Manquait plus que ça... Allez, on va rejoindre les autres gugusses avant qu'ils se fassent massacrer.
Nous traversâmes le plus vite possible la rue. De l'autre côté, nous longeâmes le mur jusqu'au coin.
- ECLAIR !
- TONNERRE ! Putain, ça fait dix minutes qu'on vous attend commandant ! On a déjà perdu trente hommes !
- Désolé, un sniper nous a ralenti. Besoin d'un coup de main ?
- A votre avis ?!?
- Ok,les gars, balles perforantes pour les mitrailleuses et le Veuve. Les autres, balles à distorsion. Allez, pas de quartier ! Ouah !
Les mitrailleuses entrèrent en premier en action. Les Brutes hurlèrent. Les autres membres de l'escouade, armés d'Avenger et de Phaëton, prirent pour cible les Banshees. La première tomba rapidement, déjà blessée. Une autre n'eut le temps de se téléporter qu'une seule fois. Mais la dernière réussit à me balancer une Déchirure. Je voyais sur le cadran de mon bouclier la charge de celui-ci descendre à une vitesse hallucinante. Le temps que je relève les yeux, l'Asari s'était approchée de Sanchez. Elle le souleva, puis elle le cassa comme on casse une branche. Oso se tourna vers elle, changea rapidement de munitions et déchiqueta cette chose en moins de cinq secondes.
Je demandai à Keats d'approcher, et aux autres d'aller voir comment se portaient les deux autres escouades.
- Amiral, Piccadilly est à nous. Vous pouvez approcher.
- Bien joué commandant. Pas trop de pertes ?
- Un seul homme monsieur. Par contre, les escouades Echo-2 et Tango-6 ont sacrément morflé.
- Ne vous inquiétez pas, on va pouvoir déposer le matériel lourd dès que Shepard aura fait sauter cet Hydre.
- Bien pris. Ryan, terminé.
Je me dirigeai vers l'escouade Tango-6. Je demandai à un soldat qui était le responsable.
- Major Coats, commandant Ryan.
- Bonsoir commandant. J'ai ordre d'aller chercher l'amiral et de le ramener ici. Voulez-vous venir avec moi ?
- Bien sûr major. Vous avez bien résisté.
- Résister, c'est bien le mot. J'ai passé trois jours dans Big Ben à tirer sur tout ce qui bougeait. Allez, la navette nous attend.
Après avoir donné le commandement à Oso, je suivis le major, et montai dans la navette avec lui. Après une dure nuit, je pus enfin fermer un instant les yeux. Je me réveillai quand nous nous posâmes. L'amiral Anderson monta rapidement à bord. Je le saluai.
- Repos commandant.
- Amiral, c'est un honneur de vous rencontrer.
- Epargnez moi ça s'il vous plaît. Je ne suis plus qu'un soldat comme un autre maintenant.
- Amiral ?
- Oui, chef Wiggum ?
- Message SOS prioritaire monsieur. Le commandant Shepard a réussi à détruire l'Hydre, mais il semblerait qu'elle a des ennuis.
- Changement plan de vol. Nous allons la sauver.
- Bien pris amiral. Arrivée dans quarante-deux secondes.
Le pilote opéra un virage à cent-quatre-vingts degrés, et mis les gaz. L'amiral arma son Avenger. Je dois dire que j'étais impressionné... Un amiral qui participe activement à un combat, c'ets plutôt inédit. Mais la situation est elle aussi inédite donc bon...
Le Kodiak ralentit, et le major ouvrit la porte latérale. Nous nous mîmes tous les trois en position de tir. En effet, le commandant était en fâcheuse posture. Une dizaine de Cannibales, autant de Maraudeurs, cinq Exterminateurs et trois Banshees... Malgré le talent de Garrus Vakarian, et la puissance de Liara T'Soni, ils allaient bientôt être submergés.
Nous commençâmes le tir de couverture. Le docteur T'Soni en profita pour sauter à l'intérieur, suivie de près par Vakarian. Shepard sauta en dernier. LE major referma la porte, et le pilote mit les voiles.
- Shepard, content de vous revoir.
- Moi de même amiral.
- Je vous présente le major Coats, et le commandant Ryan.
- Ravie de vous rencontrer. Je dois dire que vous tombez à pic...
- Ouais, un peu plus, et on aurait fini en steak tartare à pattes.
- Garrus !
- Désolé commandant. Rassurez moi commandant Ryan, il y a bien un lit douillet, un repas gastronomique et un jacuzzi là où on va ?
- M.Vakarian, je crains que vous ne soyez déçu...
- Tant pis, je me contenterai de ce qu'il y aura. Et laissez tomber le "M.Vakarian", moi c'est Garrus.
- Très bien mons... Garrus.
- Pas trop dur là-dehors ?
- Comparé à affronter un dévoreur à pied, ce n'était rien... Mais pour les soldats lambdas que nous sommes, ça a été dur.
- Ce fameux dévoreur... Ah ! J'ai bien cru que j'allais... Non, oubliez ça commandant.
Le Kodiak se posa. Je sortis en premier. Les hommes avaient bien travaillé. Un camp était dressé, les communications opérationnelles et les renforts arrivés.
- Commandant Ryan, je crois que je vais faire de vous un véritable ami. Ca fait des jours que je rêve d'un lit.
- Et bien profitez en Garrus.
- A plus tard commandant.
Et le Turien se dirigea directement vers les lits de camp. Quantà moi, je me dirigeai vers mes hommes.