Chapitre 10 : Débriefing
Les hommes durent s'entasser dans les Mako restants, un des chars étant transformé en ambulance. Nous reprîmes la route, fonçant à un train sénatorial de vingt-cinq kilomètres-heure, coupant à travers les champs du nord-est des Etats-Unis. Après une journée éprouvante pour les hommes et les machines (les suspensions du Mako semblent avoir été conçues pour rendre malade les passagers), nous nous arrêtames pour la nuit dans un bois à quatre-vingts kilomètres du GQG. La nuit s'annonçait froide, et humide.
Je me tournais encore et encore, essayant de trouver une position assez confortable pour fermer les yeux quelques heures. Vers une heure du matin, une bruine glacée mit définitivement fin à notre nuit. Après une rapide concertation avec le colonel, nous décidâmes de repartir. Le GQG était à trois heures de route, et nous pourrions enfin nous reposer. Une fois encore, je pris la tête du convoi. Après près d'un mois de route, la perspective d'un lit douillet, d'un bon repas et d'une douche chaude nous donnait la force de surmonter la fatigue.
Nous nous rapprochions de la mégalopole new-yorkaise ; nous étions obligés de passer dans des villes. Les lunettes amplificatrices sur le nez, je me concentrais sur les endroits propices à une embuscade. Mais à part un accrochage avec une escouade de Cannibales décimée en un tir de roquettes, le voyage se déroulait sans encombre. Nous entrâmes enfin dans les bois où se trouvait le GQG. Nous avions fait cinq cents mètres que je vis une silhouette se détacher devant nous. Je fis arrêter le Hammerhead, et sortis à la rencontre du soldat.
- Commandant Ryan, on vient de Washington.
- Je sais qui vous êtes, on vous attend depuis trois jours. Continuez tout droit, traversez le ruisseau et tournez plein est. Vous arriverez après cinquante mètres.
- Merci soldat.
Je me redirigeai vers le char, et suivis les instructions de la sentinelle. Nous arrivâmes enfin devant la porte blindée du camp. Une autre sentinelle me fis signe de descendre. Une fois mon identité vérifiée, la porte de deux mètres d'épaisseur s'ouvrit. Les Hammerhead allèrent se garer là où ils le pouvaient, le parking étant encombré par une bonne centaine de navettes. Je ne comprenais pas à quoi elles allaient servir, mais je haussai les épaules. Je le saurai bien assez tôt après tout...
L'amiral Morris était là pour nous accueillir. Je soupirai. Avant de pouvoir enfin me détendre, je devais passer par le débrief... Le colonel arriva rapidement, et nous descendîmes au septième sous-sol.
- Amiral, où sommes-nous ?
- Dans un ancien abri anti-atomique datant de la seconde guerre froide.
- Hôtel post-apocalyptique pour VIP ?
- On peut dire ça comme ça.
Nous arrivâmes dans une immense salle remplie d'ordinateurs. L'activité était fébrile, des monceaux de papiers s'entassaient sur les postes de travail. Nous traversâmes le centre de contrôle pour nous diriger dans une petite salle de conférence. Le rapport dura deux bonnes heures, après quoi l'amiral nous donna congé pour deux jours.
Un jeune engagé m'emmena dans mes quartiers. L'amiral avait pas menti : le confort était luxueux. Un immense lit douillet, une salle de bain toute en marbre, un ordinateur dernier cri... Je remerciai le soldat, et me dirigeai directement vers la douche. Je m'autorisai quinze minutes de pur bonheur. Je me séchai, et me rasai. J'avais de nouveau un visage humain. Je me tournai et me regardai dans le miroir. Dire qu'il y a deux mois à peine, mon docteur me conseillait de faire plus de sport, mon taux de cholestérol devenant préoccupant... Aujourd'hui, tout kilo superflu avait disparu. Je secouai la tête et sortis de la salle de bain. Quelqu'un avait posé sur mon lit des vêtements propres. J'enfilai un caleçon et m'allongeai sur le lit. A peine ma tête avait-elle touché l'oreiller que je m'endormis.
La faim me réveilla. Je jetai un coup d'oeil, et calculai que j'avais dormi treize bonnes heures. J'enfilai mon uniforme, et sortit. Je demandai au premier soldat venu où se trouvait le mess, et me dirigeai donc au quatrième sous-sol. Le menu du jour s'annonçait somptueux : salade César, tournedos sauce vin rouge accompagné de frites et mousse au chocolat. Je pris un plateau, me servis de tout et allai m'asseoir à une table libre. Je vis alors Julie entrer à son tour. Je lui fis signe. Elle vint donc s'asseoir en face de moi.
- Comment ça va ?
- Super ! On se croirait au Hilton !
- On l'a bien mérité, non ?
- Oh ça oui ! Tu connais les nouvelles ?
- Non, j'ai dormi depuis que je suis arrivé.
- Feignant ! Shepard a réussi à convaincre les Krogans d'aider les Turiens...
- Quoi ?!?
- Elle a guéri le génophage.
- Non, pas possible...
- Et c'est pas tout. Udina, aidé par Cerberus, a tenté de renverser le Conseil. Là encore, Shepard s'est mise en travers de son chemin.
- J'ai jamais aimé ce type. Et les Moissonneurs ?
- Thessia est assiégée. Shepard est allée sur place.
- Cerberus...
- Oui ?
- Je... les connais bien.
- Ah ?
- Il y a quatre ans, je faisais partie d'une escouade d'élite dépêchée dans les Abysses Gritchtèques pour enquêter sur les activités de Cerberus dans le secteur. On a détecté des signaux électroniques témoignant une activité sur une planète non colonisée. On s'est donc posé, et on a effectivement trouvé une base de Cerberus. On a éliminé les sentinelles, et on est entrés. C'était... horrible. On savait qu'ils enlevaient des extraterrestres, surtout de jeunes Asaris, pour leur potentiel biotique. Ils avaient fait des expériences innommables sur les implants. C'était des dizaines et des dizaines de corps qui étaient entreposés dans l'entrée. On a donc continué l'exploration, et on est arrivés dans le labo central. Révoltés par ce qu'on avait vu, on... a laissé aucun survivant parmi les scientifiques.
- Mon Dieu...
- Attends, c'est pas fini... On est arrivés dans la zone de détention. Ce qu'ils avaient fait subir à ces mômes... leur avaient fait perdre la raison. J'ai demandé à mon escouade de rentrer à la navette. C'est moi qui ait installé les explosifs... Le retour à la base fut très silencieux pour les membres de l'escouade. J'ai fait mon rapport à Morris, et j'ai démissionné sur le champ.
- Je... suis désolée.
- T'y peux rien. C'est pour ça que si je peux tuer des mecs de chez Cerberus, je ne me priverai pas.
- Je comprends... Viens, allons à la bibliothèque regarder un film.
Nous sortîmes de la cafétéria, et nous regardâmes une comédie turienne. Les haut-parleurs nous tirèrent de notre film, nous demandant de rejoindre l'amiral en salle de briefing. Nous y rendîmes en ronchonnant. La salle de contrôle était encore plus fébrile qu'à mon arrivée. L'amiral Morris nous attendait, ainsi que l'amiral Anderson en vidéo-conférence. Je me sentis tout de suite en alerte.
- Amiraux.
- Commandant, mademoiselle Ross. L'amiral Anderson nous parle de Londres.
- Merci Howard. En effet, j'appelle de Londres. Les Moissonneurs ont rassemblé la plupart de leurs forces européennes dans la capitale britannique.
- Pourquoi amiral ?
- La Citadelle... a été déplacée. Elle se trouve désormais en orbite géosynchrone au-dessus de Londres. On a également appris que la Citadelle était en réalité l'arme pour détruire les Moissonneurs.
Cette nouvelle me fit un choc.
- Où est-ce que j'interviens ?
- Votre mission est d'établir une tête de pont avancée en centre-ville. Je vous préviens, ça sera très dur. Les Moissonneurs ne reculeront pas.
- Ok...
- Shepard conduira la flotte Marteau. C'est elle qui devra prendre d'assaut l'accès à la Citadelle. Epée occupera les Moissonneurs en orbite.
- D'accord... Quand partons-nous ?
- Dans deux heures.
- Bien. Avec votre permission, je vais réunir mon escouade.
- Vous pouvez disposer commandant. Mademoiselle Ross, restez encore quelques minutes.
Je saluai, sortis, et demandai à un sergent d'appeler mon escouade dans ma chambre. Je les briefai rapidement, et nous préparâmes nos paquetages pour une mission suicide, même si personne ne l'avait annoncée comme ça. Après une heure quarante-cinq, je me dirigeai vers la navette qui nous était réservée. Le pilote m'annonça que nous avions sept heures de vol. Je me préparai pour un long voyage...