Editorial - Real Madrid, le mercato était presque parfait
Les fans du Real y avaient pourtant cru jusqu’au bout. Le club royal s’était renforcé (un euphémisme) tout en gardant les joueurs qui ont fait sa puissance ces dernières années. L’alchimie s’était créée lors de la pré-saison, et l’on se préparait, dans la capitale espagnole, à se délecter de problèmes de riches, en se demandant quelle star aligner à quel poste, comme on se demande quelle sauce accommoder à un met raffiné. Mais que les fins gourmets socios se détrompent et recrachent leurs rêve de recrutement idyllique, car sous Florentino Pérez, c’est toujours l’ancien régime.
27 août 2009 15:52:12
Par Hocine Harzoune
Derrière chaque grande fortune se cache un crime. On peut aisément appliquer cette maxime à la politique du Real sur les marchés, et identifier, de fait, Arjen Robben et Wesley Sneijder comme victimes. Conviés à plier bagage, sans égards pour les services rendus (il y'a là les artisans des derniers titres merengue), ni considération pour leur potentielles contributions futures, ils rejoignent les Makelele, Hierro, Morientes et autres Redondo dans le Hall of Shame du club royal.
"
Je m'en vais la tête haute - Wesley Sneijder voulait rester.
"
Vilipendés tels le premier canterano venu, ils n’ont eu, à l’instar de leurs glorieux devanciers, d’autre choix que d’obtempérer. "Je m'en vais la tête haute. Ils m'ont très mal traité, mais je préfère ne pas en parler" fulminait ainsi un Sneijder blessé, qui dans la puissante ruine de son orgueil, gardait toujours le souci de ne pas éclabousser le blanc de la maison merengue, un devoir de réserve observé au-delà du seuil de l’engagement professionnel, une façon de ne pas trahir le club, mais de dénoncer tout de même les dirigeants. Pourtant, lui et Robben ont tout fait pour rester. Ils étaient prêts à servir au Paradis, convaincu que c’était mieux que de régner en enfer. Les deux meilleurs joueurs de la première nation qualifiée pour le mondial 2010 étaient disposés à se faire des ampoules, enkystés dans l’étroitesse du banc du Real, en snobant glorieusement, au passage, les plus chaudes avances des plus grands clubs européens, juste pour rester. Mais si c’est une preuve d’amour, il est, désormais on le sait, pas très réciproque.
Que dire d’un Pellegrini bafoué ? Il voulait garder les deux joueurs il l’avait maintes fois clamé. Il savait leur potentiel et savait la saison longue. Il pensait, comme tout nouvel entraineur débarquant dans la clarté trompeuse de Santiago Bernabeu,
"
Disposés à se faire des ampoules, enkystés dans l'étroitesse du banc du Real.
"
qu’il allait avoir sinon le contrôle, son mot à dire sur l’aspect sportif. Il ne savait pas la fragilité de la frontière entre le Real et son environnement, il ne soupçonnait pas les us des hiérarques pourtant connus de tous. A l’image d’une Casablanca, lézardée, fissurée à tous les étages de son histoire récente par des anecdotes de pareil acabit, sa relation avec les décideurs s’en trouvera définitivement ébranlée. On comprend à présent les refus des Wenger et des Mourinho, on saisit à présent leur défiance, leur volonté de ne pas jouer les marionnettes désarticulées d’un président omnipotent et désespérément souverain. Aujourd’hui les ingérences dans le mercato, demain les injonctions sur la composition de l’équipe.
Intéressant de voir comme la folie des grandeurs peut vous faire agir de façon très petite. Combien de joueurs le Real de Pérez va encore broyer ? Combien de destins piétinés ? De coachs trahis ? Le pire, c’est de réaliser que malgré tous les records battus (et largement débattus) sur les marchés cet été, le Real n’a toujours pas trouvé la paix, après tant d’argent dépensé, les vieux démons ont encore triomphé. Et qu’à travers le relief précis et tranchant d’une histoire déjà comptée il y'a quelques années, on ne puisse se départir, pour la campagne à venir, de ce mauvais pressentiment. Comme s’il y avait quelque chose pourri au royaume de Madrid.
Quel bel article.