La tempête menace
07 juillet 2004 - Nicolas PUIRAVAU
Après une fin de saison agitée, aussi bien sur le terrain qu’en coulisses, les dirigeants bordelais se préparent-ils à une nouvelle crise interne ? Volonté de certains joueurs de s’en aller, recrutement décevant et supporters de plus en plus agacés : le navire girondin file droit dans le mauvais temps.
La saison 2004-2005 a déjà des airs de gronde générale pour les Girondins de Bordeaux. Car même si le championnat ne débutera que dans un mois, l’ambiance est déjà lourde aux alentours du château du Haillan. Plusieurs cadres de l’équipe de Michel Pavon ne rêvent que de départ sous d’autres cieux ( Caneira, Costa, Feindouno), certains refusent de bénéficier de leur bon de sortie ( Ramé) et tout ce petit monde est dans le collimateur des supporters. Agacés par des résultats décevants et par le manque d’ambition de leur club, les fans bordelais ont donc bien l’intention de montrer leur désaccord. Et de monter au créneau, comme l’an dernier, contre la direction et M6, l’actionnaire majoritaire des Girondins.
Depuis plusieurs mois, la guerre est en effet ouverte entre les habitués de Chaban-Delmas et les têtes pensantes des Girondins. On pense bien évidemment aux banderoles sans équivoque déployées en mai dernier : « Dirigeants démission », « Nous étions là avant vous, nous serons là après vous » ou encore « Pour virer M6, tapez 1, pour virer la direction, tapez 2 ». Mais on peut également évoquer les nombreuses pétitions qui circulent, toutes réclamant le départ de la petite chaîne qui monte. « Il y a une atmosphère négative autour de ce club », avoue ainsi Ulrich Ramé dans les colonnes de l’Equipe. Alors comment en est-on arrivé là ?
Pavon : « Pas d’objectif précis »
En tête des griefs reprochés, les supporters bordelais n’ont jamais adhéré au recrutement et à la gestion des dirigeants de M6. Quand Nicolas De Tavernost, le président du directoire de la chaîne, encourage une politique de formation et refuse l’idée d’un déficit budgétaire, les fans bordelais cherchent des réponses à leurs questions. Ainsi, pourquoi les cadres fuient la Gironde à chaque intersaison ? Pourquoi ne pas conserver un joueur comme Pedro Pauleta, parti au PSG pour motifs financiers, lorsque le salaire de Jean-Claude Darcheville est presque identique ? N’est-il pas étrange qu’un garçon comme Eduardo Costa sorte du groupe, officiellement pour blessure, au lendemain de ses plaintes envers le manque d’ambition du club ? Et que penser de certaines déclarations d’une direction - « On aurait été complètement impliqués si on avait pensé qu´on achetait un club qui serait premier toutes les saisons », dixit De Tavernost - qui ne fait décidément rien pour aplanir les tensions.
Si toutes ces questions existent, à tort pour certaines, à raison pour d’autres, les réponses apportées cet été par le club girondin ne devraient pas satisfaire grand monde. Ainsi, les dirigeants bordelais se sont montrés très discrets sur le marché des transferts, le retour au Haillan de Lilian Laslandes étant même pour le moment le seul événement notable. « J’ai actuellement 27 joueurs sous contrat, nous a expliqué Michel Pavon. Il y a bien quelques pistes mais il faudra d’abord alléger. Pas forcément en terme de masse salariale mais j’ai certains postes avec trop de joueurs. Il faudrait équilibrer ce groupe. » Quant aux objectifs sportifs, la question ne se pose même pas. « Il n’y a pas d’objectif précis, avoue l’entraîneur bordelais. Je veux que les joueurs s’éclatent et ça ne sert à rien de fixer un objectif sachant que quinze autres clubs auront le même. Il faudra faire du mieux possible, prendre du plaisir et le prouver à notre public. » Pas sûr qu’un tel discours aplanisse les tensions dans les semaines à venir. Surtout si les premiers résultats ne sont pas à la hauteur…