Nous y voilà. Bordeciel.
Cela m'avait pris une heure supplémentaire pour pouvoir apercevoir cette contrée nordique, mais maintenant j'y étais.
Loin du tumulte de la Cité Impériale ; loin des gardes et autres qui me voulaient du mal ; loin de tout danger. Une nouvelle vie allait commencer. Puisse-t-on cette fois me laisser la chance de ne pas gâcher cette vie ...
Des bruits se faisaient entendre au loin. Sûrement quelque créature qui se bat contre une autre. Qu'importe, je continuerai de me diriger vers la ville la plus proche, quoi qu'il arrive ! Alors après être monté pendant des heures et des heures, voilà que je devais descendre ... Et la descente ne s'annonçait pas moins difficile que la montée. Les bruits persistaient et se rapprochaient, étrange. Je commençait à mieux analyser ce brouhaha pour en discerner des cris humains et des bruits métalliques.
Je continuais à descendre, et au bout de 10 minutes j'arrivais sur une terre plane. Les bruits ne s'étaient guère arrêtés et commençaient sérieusement à me taper sur les nerfs.
Autour de moi, les arbres étaient très nombreux, et le soleil se levait. C'est alors que j'aperçus un homme de grande taille arriver péniblement en courant dans ma direction. Ses yeux étaient bleus et ses cheveux étaient d'un brun auburn. Son air m'étais familier. Quand il croisa mon regard, il hurla "Salmo ?! Ah je vois, tu t'es décidé à venir pour notre petit gueuleton ? En attendant va-t-en, pars loin d'ici !"
Je me rappelai maintenant, c'était Thongar ! Le Nordique j'avais rencontré dans le bateau quittant l'Archipel il y a 3 mois !
- Fuis je te dis !
- Mais que se passe-t-il ici ? demandais-je en béguayant
- Salmo tu n'as même pas idée de ce dans quoi tu t'es embarqué ...
Avant qu'il n'ai fini sa phrase, d'autres Nordiques portant une armure similaire à la sienne firent leur apparition et le dépassèrent. Thongar baissa la tête et se remit à courir, et quand il arriva à ma hauteur il m'agrippa mais je trébucha et tomba à terre. Dans la panique, mon compagnon continua sa course. J'entendis ensuite un bruit sourd et je m'endormis ...
Quand je me réveilla, j'étais dans une charrette, les mains liées. En face de moi, un Nordique blond portant la même tunique que Thongar. A côté de lui, un autre Nordique brun vêtu d'une tunique en toile, et en face de ce dernier, un troisième Nordique, blond, habillé d'un ensemble bourgeois. Il était bailloné.
- Tiens, vous avez fini par vous réveiller ? me dit le premier Nordique. Vous avez essayé de traverser la frontière, pas vrai ? Et vous avez foncé tête baissée dans une embuscade des Impériaux ... Tout comme nous et ce voleur, là.
Je ne comprenais rien à ce qu'il m'arrivait. Le Nordique habillé en toile intervint.
- Maudits Sombrages. Bordeciel allait parfaitement bien avant votre arrivée. L'Empire était calme et nonchalant ... Si la Légion n'avait pas été à votre recherche, j'aurais pu voler ce cheval et je serai déjà arrivé à Lenclume. (il se mit soudainement à me regarder) Vous là-bas. Vous et moi, nous ne devrions pas être ici. Ce sont les Sombrages que l'Empire veut !
Je n'entendis plus la suite de la conversation, étant encore à moitié endormi. Je n'entendis seulement des mots tels que "Thalmor" ou encore "Ulfric".
Au bout de cinq bonnes minutes, nous descendîmes de la charrette. Une haut-gradé de la Légion, accompagnée d'un soldat, firent l'appel des prisonniers en lisant une liste à haute voix.
Le premier appelé fut "Ulfric Sombrage, jarl de Vendeaume". Le Nordique blond à m'avoir adressé la parole en premier glissa un petit "ce fut un honneur, jarl Ulfric !".
Cet homme semblait connu ... Qu'importe, l'appel continuait. "Ralof de Rivebois". Le blond se désigna et quitta la file. Ensuite fut appelé "Lokir de Rorikbourg". Outré, ce dernier, le Nordique brun, interpella le soldat impérial.
- Non, je ne suis pas un rebelle. Vous n'avez pas le droit ! Vous n'arriverez pas à me tuer !
Il se mit ensuite à courir à toute vitesse, n'écoutant pas l'impériale en armure qui lui disait "halte là". Mais Lokir ne tarda pas à ce faire embrocher par deux ou trois flèches. La femme ne put s'empêcher de dire que si quelqu'un d'autre voulait s'enfuir, il subirait le même sort, histoire de bien faire sentir sa supériorité.
Cette journée n'allait pas être de tout repos ... Le soldat à la liste retourna sa tête dans ma direction en adoptant une expression gênée.
- Arrêtez. Vous là, avancez. Qui êtes-vous ?
- Je m'appelle Salmo.
- Capitaine, son nom ne figure pas sur la liste. Que fait-on ?
- Il va au bâtiment, comme tout le monde.
- Désolé, dit le soldat en me regardant. Nous veillerons à ce que votre dépouille soit envoyée à l'Archipel de l'Automne. Suivez le capitaine.
Contraint à me diriger vers le bourreau, je commençais à paniquer et à me demander ce que j'avais fais pour arriver ici. Peut-être était-ce à cause de mes fraudes fiscales en Cyrodiil ? Apparemment non, mon nom ne figurait pas sur leur liste. Un homme vêtu d'une armure prestigieuse s'adressa au jarl Ulfric en lui parlant du meurtre du Haut-Roi de Bordeciel. C'est alors que je compris la gravité de son acte.
Mais à ce moment, un puissant cri se fit entendre à l'horizon. Cri qui provoqua la panique chez certain des gardes et prisonniers.
Alors qu'une sorte de prêtre s'apprêtait à nous prêcher de bonnes paroles, Thongar sortit de la foule de prisonniers et se dirigea vers le bourreau. "Pour l'amour de Talos, taisez-vous et finissons-en".
Talos ... ce nom me disait quelque chose. N'était-ce pas un dieu inférieur, refusé du Domaine Aldmeri ?
Une fois agenouillé, la tête sur la pierre de décapitation, Thongar lâcha un "Mes ancêtres me sourient impériaux. Pouvez-vous en dire autant ?". Cette phrase était censée piquer la légion au vif, mais aucun garde ne sembla réagir. J'assistai impuissant à l'exécution de mon seul ami en cette terre barbare.
Le bourreau esquissa un sourire carnassier, et souleva sa hallebarde. La tête du Nordique ne tarda pas à tomber.
Le cri initial se reproduit, mais de façon plus puissante. Mes mains commençaient à trembler alors que je ressentais en moi une rage indescriptible ...