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Liste des sujets

[Fic] La Flèche Blanche.

Peil
Peil
Niveau 62
15 janvier 2014 à 14:39:12

Zafeiri : Oui, tu penses que le Rôdeur va gentiment laisser Roderick aller récupérer la flèche à l'autre bout de la salle après avoir raté son tir ? :o))

Blue_Salamander
Blue_Salamander
Niveau 7
15 janvier 2014 à 14:42:12

Point taken :hap:

Super comme d'habitude, j'ai vraiment du plaisir à lire ta fic :oui:

Peil
Peil
Niveau 62
15 janvier 2014 à 18:19:28

Merci :hap:

Peil
Peil
Niveau 62
15 janvier 2014 à 19:27:58

Chapitre 123 :

Le Rôdeur, tel un automate, attrapa la pointe de la lance qui ressortait de sa gorge et l’ôta lentement de son corps avant de la jeter au loin. Instantanément, la chaire autours de sa blessure se rétracta, le sang, comme aspiré, rentra à l’intérieur, et bientôt, il ne resta plus qu’une cicatrice.
Puis, plus rien. Comme si la plaie n’avait jamais existée.
De la même façon, il retira chacune des flèches fichées dans son corps, les jeta au sol, puis les écrasa avec son pied.
Roderick ressentait une rage immense dans chacun de ses gestes.
Le Rôdeur avait l’air invincible. Comme le lui avait dit Shuzug, ses blessures se régénéraient d’elles-mêmes.

-Je vois que tu as trouvé le moyen de me tuer, lança soudain le Rôdeur en pointant du doigt le carquois de Roderick.

Il y avait en effet une flèche qui contrastait avec les autres. Une flèche entièrement blanche.

-C’est la Flèche d’Ezeranth, n’est-ce pas ? fit le Rôdeur. L’artefact légendaire. Mais tu ne l’a pas tiré. Tu hésites. Tu sais que tu n’auras droit qu’à un seul essai, et que si tu rates ou que je l’évite, tu n’auras plus jamais l’occasion de m’avoir.

Tout juste.
Roderick jeta un bref coup d’œil vers le cadavre de Mizoel.
Qu’est-ce que l’Argonien faisait là ? S’il était ici, c’était que… Adam Tourtefeux était là-aussi ?
Mauvais. Est-ce qu’ils les avaient tous deux poursuivis jusqu’ici, en Elsweyr, pour se venger ? Qu’importe. Au vu du chaos dans la ville, Adam était sans doute mort. Et puis, il y avait des problèmes plus urgents.
Le Rôdeur s’approcha.

-Tire, dit-il. Je t’en prie, tire cette fameuse flèche. Faisons un pari, Roderick Lustwick. Je n’utiliserais pas ma magie pour la contrer. Serais-je assez rapide pour l’esquiver ? Seras-tu assez habile et précis pour me toucher ?
-Va-te-faire foutre, gronda Roderick sans néanmoins répliquer.

Il reculait à mesure que le Rôdeur avançait. Bientôt, il se retrouverait dos au mur. Et alors…
Au bout de quelques secondes, il sentit bel et bien quelque chose derrière lui. Il jeta un coup d’œil par-dessus son épaule. Juste une table. Mais c’était ce qu’attendait le Rôdeur. Un instant de relâchement. Une ouverture.
Il bondit.

STASH !

Le Rôdeur fut projeté sur le côté. Il roula au sol et se redressa vivement, tournant la tête dans tous les sens pour repérer l’ennemi. Il n’y avait personne. Roderick lui-même n’avait vu qu’une forme furtive, trop rapide pour la discerner clairement.
Soudain, une main jaillit du sol et se refermer sur la cheville du Rôdeur avant de le tirer… à l’intérieur. Sa jambe entière disparut dans le sol, comme si celui-ci était liquide. Pourtant, quand le Rôdeur tenta de la retirer, il semblait être redevenu solide.
Stupéfait, Roderick ne pensa même pas à tirer la Flèche d’Ezeranth à ce moment.
La forme réapparue, si vive qu’on aurait dit un fantôme, tout vêtu de noir.
Elle frappa le Rôdeur derrière la tête avant de s’évaporer de nouveau, dans un mur cette fois.
Le Rôdeur hurla de rage et les dalles autours de sa jambe explosèrent avant d’être projetées dans tous les sens, à une vitesse assez grande pour devenir des projectiles mortels. Roderick reprit ses esprits et plongea au sol.
Il sentit une dalle tourbillonnante lui ouvrir une plaie à la cuisse mais sans lui faire trop de dégâts.
Le Rôdeur sortit sa jambe de l’ouverture qu’il venait lui-même de faire.

-Où es-tu ?! lança-t-il à l’ennemi insaisissable.
-Derrière-toi.

Le Rôdeur fit volte-face. Aussitôt, un pied traça un arc de cercle dans les airs et percuta violemment sa tempe, avec assez de puissance pour lui faire faire un bref vol plané. Il alla s’écraser dans un amas de débris.
Roderick en resta sans voix.

-T… Toi ?
-Ca me fait plaisir de te revoir, Roderick. Je me suis dépêchée pour venir. Je ne t’ai pas trop manquée ?

L’individu portait un masque blanc et lisse. C’était une femme, au vue de ses formes et de ses longs cheveux, entièrement vêtue de noir. Cependant, Roderick avait immédiatement reconnu sa voix. Il n’y en avait qu’une comme elle.

-Lynris ?

Une dizaine de mètres plus loin, les débris se soulevèrent et une main en jaillit, puis tout un corps, recouvert de poussière et d’esquilles de bois. Le Rôdeur tremblait de rage.

-Hors de mon chemin ! cracha-t-il.

Il bondit. Mais son saut fut tel qu’il parcouru la distance qui le séparait de Lynris d’un coup. Il retomba juste devant elle. Là, il fit un geste de la main. Un sifflement retentit. Comme si une lame invisible allait s’abattre sur Lynris.

-Recule ! cria Roderick.

Mais Lynris ne bougea pas. Sous elle, une longue fissure nette et profonde apparue, comme si quelque chose l’avait tranché. Le Rôdeur venait vraisemblablement de frapper. Pourtant, Lynris était intacte. Et même le Rôdeur avait l’air hébété.

-Que… Impossible. Tu es un fantôme ?
-C’est un peu plus complexe que ça, répondit Lynris en détendant son poing.

Celui-ci fusa vers le Rôdeur et s’enfonça dans sa poitrine, comme s’il n’était fait que d’air.

-C’est comme ça que tu as fait à cet Argonien, n’est-ce pas ?
-Tu… !

Lynris resta immobile mais le Rôdeur hoqueta soudainement et un flot de sang s’écoula de sous son masque, sortant sans doute de sa bouche. Il n’avait pourtant montré aucune douleur quand Lynris avait enfoncé son bras à l’intérieur de lui.
Se pourrait-il que… la Dunmer soit capable de se rendre immatérielle, puis matérielle ? Et qu’elle est rendue son bras matériel une fois dans la poitrine du Rôdeur ?
Celui-ci balbutia.

-Ce… Ce pouvoir… Cette capacité ! Tu es une… une Jiikarhys ?
-J’ignore comment tu sais de quoi sont capables mes semblables, mais oui, tu as raison.
-Sale… petite…

Elle retira brutalement son bras, laissant un trou profond dans le torse du Rôdeur, par lequel on pouvait voir à travers. Il n’y avait littéralement plus rien à l’endroit où Lynris avait plongé son bras. Comme si tout ce qui composait le Rôdeur ici précisément s’était volatilisé.
Un flot de sang jaillit dans la seconde qui suivit, semblable à un torrent écarlate.
Lynris frappa de nouveau. Sans se dématérialiser, cette fois.
Elle tourna sur elle-même et son coude percuta le visage du Rôdeur avant de le projeter de nouveau une vingtaine de mètres plus loin. Roderick n’imaginait pas que la Dunmer possédait cette force. Etait-ce de la magie ? Le Rôdeur venait de parler de pouvoir, de capacité de Jiikarhys.
Mais alors… C’était donc cela qui lui était arrivé ?
Lynris, comme si elle avait deviné ce que pensait Roderick, se tourna vers lui.

-La matière, la vitesse et l’énergie sont liées. Si l’on sait manipuler la matière et l’énergie, on peut créer de la vitesse. Si l’on sait manier l’énergie et la vitesse, on peut former de la matière. Si l’on sait contrôler la vitesse et la matière, on peut produire de l’énergie. Tout part de la volonté.

Plus loin, le Rôdeur se releva en titubant. Le trou dans son torse avait disparu. Mais il avait l’air fatigué. Comme si réparer sa chaire consommait son énergie. Cela devait, effectivement, être exténuant.
Mais le Rôdeur se remit à avancer.
Lynris, sans aucune crainte, marcha à sa rencontre, d’une démarche calme. Elle enleva subitement son masque et le jeta au sol. Le Rôdeur se figea.

-Je voulais que tu voies mon visage avant de mourir, dit-elle.
-Mourir ?
-Comme ça.

Elle se baissa et balaya le Rôdeur d’un coup de pied rapide, sauf qu’au moment où sa jambe entra en contact avec celles du Rôdeur, elle la dématérialisa très rapidement, puis la rendu de nouveau tangible, et ce, deux fois de site, à toute vitesse.

Peil
Peil
Niveau 62
15 janvier 2014 à 19:28:17

Quand le Rôdeur tomba au sol, il se rendit compte que ses deux jambes avaient été sectionnées, l’espace au niveau de ses tibias ayant disparu au moment où Lynris l’avait frappé.
Cependant, ses jambes commencèrent à se reformer lentement. Ses os à repousser, ses muscles à réapparaître, ses veines et ses tendons à sortir de sa chaire sanguinolente… Lynris se plaça alors à califourchon sur sa poitrine et leva son poing, prête à l’abattre sur son visage.
Roderick la regardait combattre, bouche-bée.
Etait-ce vraiment Lynris ?
La Dunmer fixa le Rôdeur.

-Une dernière chose à dire ?
-Deux, répondit le Rôdeur. D’abord, merci de t’être approchée de moi aussi imprudemment. Ensuite, meurt.

Soudain, Lynris écarquilla les yeux et toussa. Du sang jaillit d’entre ses lèvres et éclaboussa le masque du Rôdeur.
Roderick ne comprit pas. Que venait-il de se passer ? Visiblement, Lynris était aussi surprise que lui. Sous son masque, le Rôdeur fut pris d’un petit rire.

-Mes lames sont aussi immatérielles, fit-il sans s’arrêter de rire. Et je peux moi-aussi leur donner une consistance quand je le souhaite. Elles ont cependant une portée limitée. Si tu es trop loin, je ne peux pas te toucher. Et même quand tu es proche, je ne peux pas t’attaquer, car je ne sais pas si tu es matérielle ou immatérielle. Cependant, une fois assise sur moi comme tu l’es maintenant, la question ne se pose plus. Par ton contact, je peux savoir si tu es tangible ou non. Et tu l’étais, quand j’ai introduit une de mes lames dans ton corps, puis que je l’ai rendu matérielle.

Lynris cligna rapidement des yeux, puis voulu abattre son poing. Mais celui-ci ne fit que heurter faiblement le masque du Rôdeur.

-La volonté, tu disais ? poursuivit ce dernier. Je me demande comment tu vas être capable de déployer assez de volonté dans ton état pour utiliser tes capacités et déployer ta force. Après tout, je viens de te trancher une artère. Quel effet cela fait-il de se vider de son sang à l’intérieur même de son propre corps ?

La Dunmer essaya de se redresser mais ses jambes ne semblèrent plus obéir. Alors, elle bascula sur le côté sans un mot et porta les mains à son cœur, le regard dans le vide. La lueur de vie dans ses pupilles s’éteignait tout doucement.
Les jambes du Rôdeur avaient terminées de se reformer totalement.
Il se releva.

-Nooon ! hurla Roderick. Noon !

Il s’élança en avant. Très étrangement, le Rôdeur ne lui fit pas de mal quand il passa à côté de lui et se jeta sur le corps de Lynris.

-Alors, Roderick ? dit-il. Que cela fait-il d’être privé de quelqu’un de cher ? Sous ses propres yeux ? De serrer son cadavre ? De savoir qu’on ne peut pas la ramener ?
-La ferme, gémit Roderick. La ferme !
-Je t’envierais presque. Parce que toi, tu n’auras pas à supporter longtemps cette peine, contrairement à moi, puisque je vais te tuer.

Roderick resta un instant silencieux. Puis, il reposa Lynris au sol et saisit son arc.
Quand il parla, sa voix avait changée.
Il n’avait plus rien du Bréton paniqué qui tirait vainement sur le Rôdeur en haletant. Son ton était froid comme la mort. En un sens, il ressemblait presque à celui du Rôdeur.

-Alors nous mourrons ensemble, Rôdeur. Car j’ai bien l’intention de te tuer aussi.

Fenrir se jeta en arrière. Les griffes du Corbeau fusèrent, dans l’obscurité, et s’abattirent sur un cadavre, qu’elles déchiquetèrent. Le Dunmer roula au sol et se redressa. Cela faisait déjà quelques minutes qu’il affrontait le Corbeau et il ne trouvait pas la moindre ouverture.
Celui-ci écarta les pans de son manteau, faisant voler un nuage de plume, et se redressa. Il lécha ses doigts dégoulinant de sang.

-Eh bien ? lança-t-il. Tu fuis comme un lapin face à un serpent. Ta morgue s’est-elle envolée, elle-aussi ?
-Tais-toi. Je réfléchis simplement à un moyen de t’avoir.
-Réfléchis tant que tu veux, peau-grise. Réfléchis tout ton soûl.

Le Corbeau se recroquevilla une nouvelle fois dans son manteau de plume, jusqu’à ce que sa tête disparaisse à l’intérieur. Puis, devenu une boule de plume noires, semblable à une ombre, il fondit sur Fenrir.
Arrivé à son niveau, les plumes s’écartèrent et les griffes brillèrent. Elles ne se refermèrent que sur le vide.
Le petit Dunmer venait de plonger en avant, passant sous le Corbeau, et de renverser une table sur son passage pour se protéger. L’ombre s’écrasa au sol, puis, de nouveau, le Corbeau écarta les pans de son manteau, telles les ailes d’un oiseau à l’allure funeste.
Il reproduisait cette attaque depuis le début. Quand il faisait ça, il semblait pouvoir voler sur de courtes distances et fondre sur sa proie à la manière d’un rapace. Pourtant, quelque chose n’allait pas… Il semblait attaquer à l’aveuglette.
Fenrir savait néanmoins que tôt ou tard, il ne parviendrait plus à esquiver les serres de son adversaire et se ferait mettre en pièce.
Il n’avait pas réussi à le toucher une seule fois depuis le début.
Et puis, l’obscurité des lieux n’aidait pas. Aucune lumière. On pouvait trébucher sur un cadavre à n’importe quel instant. Fenrir devait à la fois se fier à son ouïe, son odorat, son sens du toucher et son instinct pour se repérer.
Le Corbeau fit volte-face et reproduisit une nouvelle fois sa charge aveugle sur Fenrir, ses griffes fendant l’air comme des faux, transformé en amas de ténèbres, ombre humaine se déplaçant à toute vitesse à travers la pièce.
Là encore, les serres ne happèrent que le vide. Le Corbeau se redressa et regarda autour de lui.

-Mais que…

Fenrir avait disparu. Il ne le voyait nulle part. Qu’est-ce que cela voulait-il dire ?
Le Corbeau s’accroupit et passa son regard sous les tables. Personne. Juste un sol jonché de cadavres silencieux. Le Corbeau se redressa, une expression de colère sur le visage. Il tendit l’oreille. Aucun bruit.
Le petit Dunmer retenait visiblement sa respiration. Et il devait savoir, lui-aussi, comment ralentir son rythme cardiaque. Rien d’impressionnant pour un voleur digne de ce nom.
Le Corbeau renifla l’air. Pas d’odeur non plus. A part celle qu’il avait laissée un peu partout pendant le combat.

-Tu te caches ? lança le Corbeau au milieu du silence. Tu attends que je te tourne le dos pour m’attaquer ? Quelle tactique enfantine.

Sur ce, il se mit à arpenter la pièce, tournant la tête dans tous les sens pour réduire au maximum ses angles morts, ses serres déjà prêtes à se refermer sur le voleur dès qu’il tenterait de lui sauter dessus.
Soudain, le Corbeau aperçut une forme, derrière une étagère. Au sol.
Un sourire pervers se dessina sur son visage.
Un bout de chaussure qui dépassait de derrière le meuble. Ridicule. Il bondit en avant.

-Je t’ai trouv…

Il se figea. Par terre, il y avait bien les chaussures de Fenrir. Mais pas Fenrir. Et elles avaient été déposées là soigneusement pour que le Corbeau se dirige vers elles et soit tourné dans leur direction. Ce qui voulait dire que…
Le Corbeau fit volte-face au dernier moment, juste à temps pour voir une lame jaillir du néant et s’abattre dans vers lui. Il fit un pas en arrière et protégea son visage avec sa main. La pointe du poignard mordit douloureuse sa chaire et lui traça une ligne sanglante le long du poignet, mais sans lui faire plus de dégât que ça.
Fenrir bondit en arrière pour éviter le coup de griffe rapide qui suivit.
Le Corbeau le toisa.

-Où étais-tu ?
-Caché sous les cadavres, répondit le voleur. Avec l’odeur du sang, tu ne pouvais plus repérer la mienne. De même pour les bruits que je pouvais faire, étouffé par l’amas de corps compacts. Je me suis rendu compte tout à l’heure que quand tu attaquais, tu ne voyais plus rien. Tu frappais à l’aveuglette. Alors j’ai profité de ce moment-là.
-Tu es plus intelligent que tu ne le laisses paraître, dit le Corbeau en léchant le sang qui coulait de son poignet. Je l’avoue, si je ne m’étais pas retourné, tu aurais pu m’avoir. Mais tu as échoué. A partir de maintenant, tu n’arriveras plus à me toucher.
-Qui sait ?

Soudain, le Corbeau bondit. Fenrir écarquilla les yeux et para son coup in-extremis. Renonçant à fondre sur sa proie sans rien y voir, le Corbeau frappait maintenant méthodiquement à coup de griffe, visant les points vitaux de son adversaire.
Fenrir esquivait et bloquait les assauts sauvages du Corbeau à un rythme endiablé. Les lames cliquetaient contre les griffes acérées. Fenrir sentit l’une d’entre elle déchirer un morceau de sa tunique.

Peil
Peil
Niveau 62
15 janvier 2014 à 19:28:41

Les estafilades commencèrent à se multiplier sur son corps. Bientôt, il dû rompre le pas et faire un bond en arrière. Les serres du Corbeau tracèrent un arc de cercle mortel devant lui et, à ses côtés, une table tomba en morceaux, tranchée net en deux.
Fenrir inspira et expira bruyamment.
Le Corbeau s’élança de nouveau en laissant une traînée de plumes derrière lui. Alors Fenrir détacha sa cape de ses épaules et la lança dans la direction de son adversaire. Le Corbeau vit le voile noir lui tomber dessus et l’aveugler.
Il s’agita, balança ses griffes dans tous les sens, tentant de se dépêtrer de ce piège, quand il entendit Fenrir courir vers lui, ses dagues en avant.
Le Corbeau déchira la cape d’un coup sec et bondit par-dessus le petit Dunmer.
Fenrir ne frappa que le vide. Il se retourna précipitamment. Plus rien. Le Corbeau s’était volatilisé. Le voleur leva la tête vers le plafond mais l’obscurité ambiante empêchait d’y distinguer quoi que ce soit. Fenrir déglutit et se remit en garde.
Le Corbeau se cachait sans doute quelque part, comme lui précédemment.
Fenrir tendit à son tour l’oreille pour discerner un son, une respiration ou un frottement, mais il se souvint des paroles de Shuzug. Le Corbeau était un maître de l’infiltration et de la filature. Son organisme pouvait stopper toute activité pendant un laps de temps plus ou moins long.
Il était capable d’empêcher son cœur de battre, ses poumons de faire entrer de l’air à l’intérieur de lui, et même ses yeux de cligner. Il pouvait ainsi effacer toute présence de lui, devenir totalement indétectable.
Il pouvait désormais se cacher n’importe où.
Fenrir devait attendre. Attendre que le Corbeau l’attaque de lui-même, puis répliquer instantanément. Tant pis s’il mourait, il frapperait son adversaire mortellement avant.
Une ombre tomba alors du plafond derrière lui, sans qu’il ne s’en rendre compte. Elle ne fit pas un bruit en heurtant le sol, ne fit pas voler une seule plume. On aurait dit un simple courant d’air. Une main griffue écarta uns des pans du manteau noir, et la silhouette s’approcha.
Doucement, sans faire craquer la moindre latte du plancher, sans marcher dans la moindre flaque de sang, sans trébucher sur le moindre cadavre. Il arriva au niveau du voleur. Celui-ci ne semblait pas l’avoir remarqué le moins du monde.
Il leva sa main, lentement, prenant tout son temps pour ajuster son attaque et tuer Fenrir d’un coup, d’un seul.
Il remarqua alors que le Dunmer tenait ses dagues bizarrement. Et que le visage du Corbeau se reflétait dessus. Fenrir apparut sur unes des lames.

-Salut.

Le Corbeau écarquilla les yeux et abattit sa main. Fenrir virevolta et frappa de ses deux dagues en même temps. Le Corbeau para le coup de justesse. Ses griffes et les lames s’entrechoquèrent. Les deux combattants reculèrent.
Le Corbeau ne dissimulait pas sa rage. Sa lèvre inférieure tremblait, comme s’il allait exploser.

-Tu te servais de tes dagues comme de miroirs ?
-Malin, non ? répondit le Dunmer en tapotant son index sur son crâne. Ca réfléchis, là-dedans. Pas comme toi.
-Sale petit Dunmer insolent. Tu commences à m’agacer !
-Oh, c’est qu’il s’énerve !

Mais alors qu’il s’apprêtait à attaquer, le Corbeau s’immobilisa et porta ses mains à sa tête en grimaçant. Fenrir haussa un sourcil. Le Corbeau serra les dents.

-Scorpion… Non, pas toi !
-Hein ?

Sans prévenir, le Corbeau se mit à hurler. Fenrir se souvint de ce que lui avait dit Shuzug : Les Quatre étaient liés. Lorsque l’un d’entre eux était blessé, ils le sentaient. Se pourrait-il que le Scorpion vienne de… mourir ?
Le Corbeau, emporté par ses émotions, bondit en avant, à une vitesse hallucinante, ne cherchant même plus à attaquer précisément. Il frappait dans tous les sens, virevoltait, transformé en une tornade de plumes noires et de griffes.
Les poignards de Fenrir brillaient d’un éclat métallique quand elles croisaient les serres du Corbeau. Mais ce dernier parvenait à toucher, le voleur, lui, n’y parvenait pas. Son adversaire avait les bras plus longs que lui, et les doigts terminés par des griffes.
De plus, si les deux hommes se valaient en termes de technique et d’habilité à esquiver et parer les assauts de l’autre, le Corbeau, de par son organisme modifié et sa structure musculaire améliorée, était plus rapide et délivrait des coups bien plus puissants.
Fenrir bondit en arrière et roula sur une table. Le Corbeau le poursuivit et frappa. Deux parties de la table, nettement séparées, furent projetés à l’autre bout de la pièce. Mais le petit Dunmer était déjà sur ses pieds.
Il saisit une chaise et la balança dans la direction du Corbeau. Celui-ci l’esquiva, comme s’il s’agissait d’un jouet lancé par un enfant, et continua sa route, les traits déformés par la haine.

-Je vais te massacrer ! hurla-t-il.

Au moment où le Corbeau arriva à son niveau, Fenrir se laissa tomber sur les genoux et glissa entre les jambes de son adversaire. Dans son dos, il se releva et fit tracer une courbe parfaite à son pied qui alla percuter la nuque du Corbeau.
Un grognement de douleur retentit. Fenrir recula.
Le Corbeau se retourna en se massant le coup.

« Il est solide, pensa Fenrir. J’ai frappé un point très précis, pourtant. J’aurais dû lui démettre les vertèbres. »

Le Corbeau renifla.

-Je sens ta peur, petit Dunmer.
-C’est juste l’odeur de ton sang qui m’a éclaboussé quand je t’ai touché au poignet.

Le Corbeau rugit et se transforma de nouveau en nuage de plume, avant d’exécuter son attaque favorite. Fenrir le vit traverser toute la distance les séparant, sans réfléchir, les griffes tendues. Le petit Dunmer s’arc-bouta et le laissa passer juste au-dessus de lui.
Mais le Corbeau, visiblement encore lucide, avait prévu le coup. A l’endroit où il estima que se trouvait Fenrir, au moment où il passa au-dessus de lui, il ferma ses poings et les abaissa violemment, touchant le voleur de plein fouet.
Le petit Dunmer fut projeté brutalement au sol. Un jet de sang jaillit de sa bouche et de ses narines.
Il sentit le plancher craquer et se fissurer sous le choc. La force du Corbeau était phénoménale. Il cachait bien son jeu. Bien entendu, c’était l’un des Quatre. Dans tous les domaines, il surpassait un humain ordinaire.
L’ombre se stoppa à l’autre bout de la caserne et écarta les pans de son manteau. Le Corbeau se releva et passa sa main dans ses cheveux avec un sourire vicieux.
Fenrir essaya de se redresser mais il gémit. Le Corbeau l’avait frappé à l’abdomen. Pendant un instant, sa cage thoracique avait été compressée. Il avait dû lui casser quelque chose. Il espérait que son cœur n’avait pris aucun dégât.
Le Corbeau s’approcha.
Etrangement, sa démarche semblait maladroite, alors qu’au début du combat, il se mouvait avec agilité et grâce.

-Je me suis un peu énervé, avoua-t-il en arrivant au niveau du Dunmer, mais maintenant ça va mieux.

Peil
Peil
Niveau 62
15 janvier 2014 à 19:29:13

s’accroupit à côté de lui. De près, ses yeux avaient l’air vitreux. Sa mine était encore plus blafarde que d’habitude.

-Comme tu m’as profondément agacé, dit-il lentement, je vais te prendre un membre ou deux avant de te tuer. Tu vas souffrir comme… comme ja… jamais tu n’avais… souffert.

Le Corbeau se redressa, se rendant lui-même compte que quelque chose n’allait pas. Puis, il vit le monde tanguer autour de lui. Le sol trembla, le plafond se tordit, les tables, les chaises et les cadavres semblèrent s’animer.
Il perdit l’équilibre, comme s’il se trouvait sur le pont d’un navire, et posa un genou à terre. Il reporta son attention sur le petit Dunmer.
Un sourire était apparu sur le visage du voleur.

-Qu’est-ce que… Qu’est-ce que tu m’as fait ?! bafouilla le Corbeau.

Il porta soudain la main à sa bouche, se détourna et vomit. De la bile mêlée à un liquide sombre et à du sang.

-J…. Je…
-Du Baiser-Pourpre, lâcha Fenrir. L’un des poisons les plus violents du monde. Une goutte suffirait à tuer un mammouth en trois minutes. Je m’étonne que tu ais pu y résister aussi longtemps.

Il se releva et s’épousseta.

-Eh bien, Corbeau ? Ta vue se brouille ? Tu as du mal à respirer ? Ton ventre te fait atrocement souffrir ? Tu as l’impression que le sang à l’intérieur de ta tête est en ébullition ? Tes mains tremblent et tu te sens lourd ?

Le Corbeau se redressa à moitié avant de tituber et de s’affaler par terre. Il continua à vomir.

-Tout à l’heure, juste après t’avoir touché au poignet, je t’ai entendu me dire que je n’arriverais plus à te toucher du combat, lança Fenrir. Et tu as eu raison. Le problème, c’était que je n’avais plus besoin de te toucher. Une seule fois me suffisait.

Il contempla la lame de ses poignards.

-Je craignais de ne pas en avoir assez pour les en enduire complètement mais en fait si.

Le Corbeau se releva en s’agrippant au rebord d’une étagère à moitié détruite. Il arriva à se remettre sur pieds, les jambes tremblantes, les cheveux trempés de sueur, lui retombant sur les yeux.

-Tu n’as pas à t’en vouloir. Après tout, à partir du moment où je t’ai blessé, tu étais condamné. Il ne me restait qu’une seule chose à faire : Survivre, le temps que le produit se répande dans tes veines. Ca a duré plus longtemps que je ne le pensais, mais bon…

Fenrir se gratta le menton.

-J’avais une seule inquiétude. Celle que ton organisme soit insensible au poison, comme celui de ton ami le Serpent. Mais finalement non. Tu n’es pas comme lui. Tes anticorps ne sont pas assez puissants pour lutter contre quelque chose d’aussi violent que le Baiser-Pourpre.

Le Corbeau tomba de nouveau à genoux, porta les deux mains à son ventre et se plia en deux, la bouche grande ouverte. Ce ne fut pas du vomi qui sortit cette fois mais un liquide visqueux et noirâtre, qui jaillit également de ses narines et de ses oreilles.
Il s’effondra, ses pieds frappant frénétiquement le plancher. Ses yeux exorbités étaient devenus jaunes. Les effets du Baiser-Pourpre étaient plutôt impressionnants. Et effrayants.
Cependant, Fenrir, loin de s’en émouvoir, s’accroupit devant le Corbeau.

-Tu as beau être plus fort, plus rapide, plus endurant, plus discret, plus résistant, un simple poison suffit à te tuer. Tu n’es pas le Rôdeur. Tu n’es pas le Serpent. Au final, tu n’es qu’un mortel.
-Je… Je… bredouilla le Corbeau, toujours conscient, faisant preuve d’une ténacité surhumaine. Je vais te tuer… misérable Dunmer !

Il tendit sa main et tenta de la refermer sur la cheville de Fenrir. Le voleur s’écarta au dernier moment et toisa le Corbeau. Ses poignards disparurent dans ses manches, signe que pour lui, le combat était terminé.
Le Corbeau gratta le sol avec hargne, alors que le liquide noirâtre, qui devait être son sang vicié par le poison, continuait de s’écouler à flot de ses narines, de sa bouche et de ses oreilles. Il en avait même un filet qui coulait au coin de l’œil droit.

-Non ! hurla-t-il en se tordant de douleur. Non ! Ça ne peut pas finir comme ça ! Ça ne peut pas ! Je… Je le refuse !

Il se tourna péniblement sur le dos.

-Je suis un des Quatre ! Je suis le Corbeau ! Je suis immortel !

Puis, il s’arc-bouta, comme dans un dernier sursaut de vie, les yeux grands ouverts, fixant le plafond. Ses mâchoires se serrèrent et les muscles de son cou se crispèrent. Sa tête se releva, trembla pendant quelques secondes, puis retomba lourdement sur le plancher.
Ses mains, plaquées contre son ventre, grattèrent furieusement ses vêtements avant de ralentir leurs mouvements, puis de cesser tout bonnement de bouger, et de glisser le long de son corps.
Ses pieds s’immobilisèrent en dernier.
Enfin, le Corbeau mourut.
Fenrir épousseta sa tunique.

-Bon. Ça, c’est fait.

zorro85
zorro85
Niveau 10
15 janvier 2014 à 19:45:44

(Tu as du oublier une partie (ou quelques mots dans ton dernier posts vu que la première phrase est à moitié coupé)

Je flippe tellement qu'il ne soit pas vraiment mort et que Fenrir se fasse buter :(
Ou pire, qu'il croise ensuite le serpent, je sens que tu vas nous réserver un truc horrible comme ça :snif:

Pseudo supprimé
Pseudo supprimé 15 janvier 2014 à 20:02:03

bon maintenant il ne reste plus que le serpent et le rôdeur, les plus dangereux mais roderick semble quelque peu énerver

Peil
Peil
Niveau 62
15 janvier 2014 à 20:05:03

Un seul mot a été coupé, c'est "il"

Donc ça fait "Il s'accroupit..."

Merci de me l'avoir fait remarquer :noel:

zorro85
zorro85
Niveau 10
15 janvier 2014 à 20:12:27

Ah ok, j'avais peur que toute une partie du combat soit couper, genre Fenrir se soit relevé et ensuite s'était encore faire éjecter comme une merde :noel:

Blue_Salamander
Blue_Salamander
Niveau 7
15 janvier 2014 à 20:20:12

J'ai été agréablement surpris par ce combat, bien joué :oui:

Zafeiri
Zafeiri
Niveau 10
15 janvier 2014 à 21:09:20

Bien joue le poison :hap:

SkyCraftGames
SkyCraftGames
Niveau 8
15 janvier 2014 à 22:23:53

Beau combat :ok:
Fenrir est plus malin que le Corbeau à ce que je vois :sournois:

herr_doom
herr_doom
Niveau 38
15 janvier 2014 à 22:48:12

Très beaux combats que tu nous décrit, entre Fenrir-Corbeau et Scorpion-Zemir et Raizo (le plus beau combat de ta fic pour moi :bave: )

Pangloss31
Pangloss31
Niveau 9
15 janvier 2014 à 22:59:37

Scorpion VS Zemir / Raizo reste le meilleur pour moi !
Surtout pour ce pauvre Raizo... Bien meilleur que Zemir pour moi sur le coup, il a fait tout le boulot :)

Zafeiri
Zafeiri
Niveau 10
16 janvier 2014 à 07:40:54

Et sinon les chapitres de 8 kilometres :hap:

SkyCraftGames
SkyCraftGames
Niveau 8
16 janvier 2014 à 13:16:09

Sinon je trouve ça bien pensé de réunir tout les personnage de la Fic dans une "bataille générale" à la fin :oui:

grdkk69
grdkk69
Niveau 7
16 janvier 2014 à 17:22:50

Putain mon salaud c' est éblouissant !! merci et vivement la suite

Zafeiri
Zafeiri
Niveau 10
16 janvier 2014 à 17:25:06

"Mon salaud" :hap:

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