Chapitre 5
L'Altmer donna un petit coup de pied dans les côtes du vieil homme. Méthode particulière de s'assurer qu'il était bien vivant, pour un mage, mais méthode efficace tout de même. Aralius grogna faiblement avant de lever un bras et de s'accrocher à la robe d'Olrienn. Sa poigne était digne de celle d'un nouveau-né. Le mage fit un pas en arrière et la main d'Aralius vint heurter le sol glacial de sa demeure. Voyant son ami dans un tel état, l'Elfe décida qu'il devait faire quelque chose. Avec toute la douceur dont il était capable il se saisit de l'homme, le porta jusqu'à son lit et commença à rire. Il avait un remède imparable à la gueule de bois. Préférant se cacher, il fit mine de partir. Bien installé près de l'entrée, il commença à tracer la forme d'une porte d'Oblivion dans l'air. Suite à cela il se mit à parler à toute allure dans la langue Daedrique et ajouta un point au centre de la porte imaginaire.
Quelques secondes plus tard un Seigneur Drémora fit son apparition. Son armure était la représentation même de l'esprit d'Oblivion : effilée, à bords tranchants et incrustée jusqu'au plus profond de sang sur un fond noir ténèbres. La créature posa ses yeux volcaniques sur Olrienn, qui pointa la chambre du maître de maison dans un sourire machiavélique. Le Drémora se rua dans la direction donnée, hurlant de la voix si particulière de ces formes de vie. Aralius cru d'abord vivre une mauvaise étape de son ébriété. Mais ses yeux ne le trompaient pas, un des minions de Dagon se trouvait dans sa chambre et lui fonçait dessus. Il poussa plusieurs cris d'horreur, après avoir bondit de son lit en moins d'une seconde. Mais aussi soudainement qu'il était apparu le suppôt des Daedra disparut. Il entendit alors quelqu'un rire aux larmes depuis le hall d'entrée. Son cœur battait comme jamais auparavant, à tel point qu'il eut à se poser sur une chaise de la salle de vie en pleine course. Olrienn sortit de l'ombre en se tenant les côtes, hilare qu'il était. Aralius s'accorda le droit de souffler en découvrant la présence de son ami, mais ses nerfs avaient vraisemblablement lâchés. Il incrusta son visage bien au fond de ses deux mains et pleura à chaudes larmes.
« Je... Désolé, ça avait l'air drôle au début... » dit le Haut-Elfe légèrement décontenancé par les pleurs et les gémissements de l'Impérial.
Le vieil homme ne répondit rien. Il leva des yeux rougis vers son ami. Le mer comprit rapidement que le Drémora n'était pas son seul problème.
« Que s'est-il passé ? » s'enquit le mage.
Encore une fois, pas de réponse. L'homme était muet comme une carpe. Après quelques moments d'hésitations passés à regarder ses mains humides, il décida de passer aux aveux.
« Lucrecia m'a évincé du Conseil des Anciens... »
Le teint d'Olrienn vira au blanc neigeux. Il s'approcha de son ami et posa la main sur son dos, une de ses rares preuves d'affection. Ses yeux allèrent des bouteilles vides d'alcool à la silhouette prostrée de l'Impérial.
« Alors c'est pour ça que tu as bu comme ça ? »
« Non... Je ne t'ai avoué qu'une partie de mes problèmes. Tu te souviens de mes inquiétudes sur la disparition de la fameuse étoile ? »
L'Elfe répondit par l'affirmative d'un hochement de tête.
« J'en ai parlé au Conseil. Ils m'ont dit que j'étais un vieux fou, Lucrecia a prétendu que je me trompais et que ses hommes n'avaient rien remarqué. Et après j'ai... J'ai suggéré que, peut-être, ses hommes avaient manqué à leurs obligations. Elle l'a très mal pris, vraiment mal. Elle s'est vite énervée et maintenant je suis banni à vie de la Cité Impériale. J'ai un jour pour faire mes affaires et m'en aller. »
Olrienn semblait dévasté. Ses yeux étaient devenus aussi larges que Masser et Secunda et sa bouche n'était plus qu'un trou béant dont on ne voyait pas le fond. Il repoussa fébrilement une mèche de sa chevelure dorée et ses yeux ambrés se rétrécirent. Aralius se mordait la lèvre inférieure tellement l'angoisse le tenaillait. L'Altmer savait que rien ne valait le silence dans une situation pareille. Ils restèrent ainsi dans la pénombre pendant plusieurs minutes, jusqu'à ce que l'Impérial parle.
« Je suis fichu, terminé. Mon nom sera traîné dans la boue pendant des années. On parlera des Imagus à demi-mot comme on parle d'une famille de parias malfamés... »
« Voyons, tout n'est pas si terrible. Tamriel est très grande, tu sais ? »
Aralius eut un rire bref, sans véritable émotion.
« Je pourrais t'héberger à Skingrad. Tu pourrais faire profil bas là-bas. »
L'idée semblait bonne, mais l'Impérial ne voulait pas devenir le pitoyable vieil homme redevable à un ami trop généreux. Qui plus est il voulait avant tout redorer son blason, retrouver sa place.
« Non Olrienn, pas de ça. Je sais que j'ai eu un coup de mou ce matin, mais je vais me reprendre. Je veux prouver que j'ai raison concernant ma théorie... »
Le Haut-Elfe toisa son ami. Aralius avait toujours eut cette capacité de rebondir très vite, après avoir ingurgité des litres de liqueurs imbuvables au préalable. Même si la situation était très mauvaise, il avait su relever les défis et s'en était toujours sorti la tête haute. Après avoir réfléchi un moment, il dit :
« Je sais où je vais t'amener... »