J’ouvris le placard sous mon escalier et les sortis.
Leur poids plume me surprit légèrement, comme à chaque fois. Je m’assis sur une marche, les enfilais et les laçais en serrant assez pour avoir l’esprit tranquille.
Puis, roulant doucement jusqu’à la porte, je sortis dans l’allée de mon jardin, puis dans la rue.
J’avais encore quelques minutes d’avance, et il faisait un temps magnifique. Je levai les yeux vers l’azur infini et ses nuages épars d’une blancheur immaculée. La pureté des rayons du soleil fit naître en moi un frisson d’excitation qui parti de ma nuque pour atteindre le bas de mon dos. Ça allait être inoubliable, je le sentais.
D’une légère pression vers l’avant, je bondis, droit vers le mur d’en face. Slalomant entre les fenêtres, enchaînant les 360 et les flips, je débouchai au-dessus de la ville.
Mon élan me permit de planer de longues secondes à plusieurs dizaines de mètres de hauteur. Les toits bigarrés reflétaient la lumière du jour, un vent frais venait gonfler mon blouson et ébouriffer mes cheveux. La liberté était au bout de mes roues.
Après une pirouette supplémentaire, je pris mon mp3 dans ma poche et laissait la musique achever de me plonger dans une extase complète.
Les notes rythmées ponctuaient chacun de mes gestes, chacune de mes pensées. Le monde était merveilleusement accessible, fabuleusement intense. Le vent, le soleil, la musique…
Laissant mon euphorie s’échapper sous la forme d’un cri de satisfaction, je plongeai vers la 33ème Avenue.
Les voitures me paraissaient encore plus lentes que d’ordinaire. Je n’entendais ni la rumeur de la ville, ni les grondements poussifs des pots d’échappement, juste ma musique et le crissement de mes roues à chaque slide.
Enfin, j’aperçus Angel.
Angel était grand, blond et toujours vêtu de blanc. Sa silhouette floue bondissait entre les façades grises des immeubles, slidait les câbles électriques et n’hésitait jamais à prendre son envol. Deux secondes plus tard il atterrissait près de moi. Je baissai ma musique.
-Salut Red Light. Il fait beau, ça promet…
-Tu l’as dit Angel. J’ai l’impression que ça va être dément ! T’as tout vérifié ?
-Ils sont on ne peut plus opérationnels. Tata Fire Wheel les a révisés, je lui fais entièrement confiance.
-Tu peux. Cette vieille avare fait des miracles avec ses outils… Bon, qu’est-ce qu’il fout, Giant Storm ?
-Tu le connais, il met toujours un peu plus de temps que nous le matin.
-Le goinffre… Ah, le voilà !
Une imposante silhouette venait de jaillir à contre jour. Dans un tremblement du toit sur lequel nous nous trouvions, Giant Storm fit son apparition.
-Yoh ! Prêts les mecs ?
-Ouais ! On a failli attendre mais on est tous là. Les autres sont déjà là-bas, c’est ça ?
-C’est ça, répondit Angel. Sadist Fairy va s’énerver si on tarde trop. Let’s go !
Dans un même mouvement, nous portâmes tous notre main vers nos baladeurs respectifs et décollâmes.
Giant Storm enchaînait les tricks les plus complexes, avalant régulièrement l’un des sushis qu’il gardait dans un sac contre lui. Ce colosse de plus de deux mètres était anormalement agile pour son poids. Voir la tête effarée des passants lorsqu’il sautait au-dessus des voitures était toujours marrant.
Angel, comme à son habitude, évoluait dans le ciel, posant le pied sur un support solide uniquement pour pouvoir repartir de plus belle en l’air.
Après une heure de voyage tranquille, nous atteignîmes le lieu de rassemblement.
Des centaines de riders emplissaient tout l’espace disponible. L’air était aussi encombré que le sol. Une voix dans un micro donnait les dernières informations, les Teams se rassemblaient, tout cela dans le plus grand désordre. Je repérai le reste de notre groupe, un peu plus bas.
La 3ème édition de l’Air Challenge allait débuter.