Allez, je poste la suite pour mon ami BP.
[ Je le lâchai, et il se réfugia au fond de la cage, le poil hérissé comme celui d'un chat, vraiment terrorisé.
Nous allions pouvoir commencer. ]
Je repassai ma main, et l'approchai de lui. Il tenta de l'éviter, et lorsqu'il fut acculé, il me griffa et tenta de me mordre.
« Bien. »
J'ouvris la cage et posai l'assiette d'eau, puis m'écartai.
Le petit félin but à grands coups de langue, et je retirai l'assiette, puis refermai la cage.
Je recommençai la manœuvre, l'attirant avec un morceau de viande.
Au bout de la troisième fois, il s'approcha pour happer la nourriture, et alors que ma main bondissait pour l'attraper, sa griffe droite jaillit, entaillant profondément mon poignet.
D'une remarquable rotation, il saisit le bout de viande et se mit hors de portée.
J'éclatai de rire.
« Tu apprends vite, c'est bien. Il te faudra ça, si tu veux survivre. »
Je recommençai avec la main gauche, vierge de toute blessure.
Il s'approcha de moi, et je le caressai, comme la première fois. L'appât disparut dans sa gueule, mais il ne s'écarta pas, se laissant caresser. Je tentai de l'attraper, mais il fut plus rapide, mordant et griffant pour m'échapper. Je battis en retraite, satisfait. Il paraissait moins apeuré, mais très méfiant.
« Bien… Sois vigilant, méfiant, et toujours sur tes gardes, compris ? »
Ses oreilles bougèrent, comme s'il m'écoutait. Un éclair d'intelligence passa dans ses yeux, alors qu'il était assis sur ses pattes arrière, à l'affût.
« Bon, voyons cette blessure. »
J'ouvris la cage, et attrapai le Pokémon, que je posai sur la table. Il se laissa faire, conscient que mes mouvements n'étaient pas hostiles. J'ôtai son bandage et le jetai un peu plus loin.
Il n'avait aucune blessure apparente, son pelage était juste enduit d'une pommade anti- douleur, certainement à cause de sa paralysie. Je promenai mes doigts dans sa fourrure, et il trembla lorsque je touchai ses pattes arrière.
« Bon, tu vas déjà prendre un bain. »
Je le remis dans sa cage, puis allai remplir une grande bassine, que j'amenai près de lui.
Il paraissait réticent, mais je le jetai dans l'eau sans cérémonie, muni d'une brosse et d'un champoing. Il se débattit un instant, me mordant, m'éclaboussant et me griffant, mais j'ignorai la douleur et restai ferme. Je le nettoyai sous toutes les coutures, frottant fort pour l'habituer et le rinçait à grande eau. Il était épuisé et se laissa faire sur la fin, puis je le séchai.
Il regagna sa cage, tout ébouriffé et se roula en boule, avant de s'endormir.
« Je vais te laisser tranquille pour l'instant. Mais après, on reprend. » Pensai- je.
Je retournai chez moi, le laissant dehors, au grand air. Mon père ne m'adressa pas la parole lorsque je montai dans ma chambre. Il n'avait pas encore découvert la vérité, et il valait mieux ainsi.
Cette décision d'élever un Pokémon m'était apparue d'un coup…
Pourquoi, même à seize ans, je n'aurai pas ma chance, moi aussi ? Pourquoi je ne ferai pas un meilleur dresseur qu'un gamin de dix ans ?
Tout en bricolant un collier robuste pour Evoli, je réfléchissais.
Lorsque j'avais posé mes yeux sur lui, sur cette âme innocente qui avait déjà tant souffert, j'avais failli renoncer. Je me rappelai alors les paroles de l'infirmière…
« Tu veux t'en occuper ? Il a besoin d'un peu de chaleur dans sa courte vie… »
J'avais eu un coup au cœur lorsqu'elle m'avait déclaré ceci… J'étais presque honteux de ce que je m'apprêtai à faire… Mais pourtant, il le fallait. Deux choses dans ce qu'elle avait dit étaient fausses. Déjà, ce n'était pas moi qui allais lui apporter de l'amour, à ce Pokémon. Je n'avais que faire de son passé douloureux, de toutes ses souffrances… J'avais moi aussi souffert, et me lamenter sur mon sort ne m'apporterai rien. Je comptais m'en occuper, pour en faire une véritable machine de guerre, montrer à mon père, et à tous les autres, que même avec du retard, j'allais être bien plus efficace qu'eux.
C'était la deuxième erreur qu'avait prononcée la jeune femme de l'hôpital :
« dans sa courte vie ».
Faux. Il vivrait longtemps. Je guérirais son handicap, et en ferais un vrai combattant. Il vivrait durement, et longtemps, pour faire partie des meilleurs.
J'avais presque terminé, lorsque mon père hurla.
« PUTAIN DE SALE GOSSE ! QU'EST- CE QUE C'EST QUE CETTE MERDE ! »
Inquiet, je descendis en trombe, pour voir mon père sur le pas de la porte, tenant Evoli par la peau du coup. Je me raidis. « Premier test, petite chose » pensais- je amèrement.
Le petit Pokémon était terrifié et tremblait, sans comprendre ce qui lui arrivait.
« TE VOILA, TOI ! Rugit mon père en me présentant l'animal comme s'il s'agissait d'une poupée.VOILA POURQUOI T'AS PAS DE BIERE ET DE BOUFFE ! T'AS DEPENSE TOUTE NOTRE THUNE POUR … ÇA ! UN POKEMON ! »
Je ne répondis pas, bien que l'envie de faire remarquer à mon père que c'était moi qui gagnais « notre » argent était tentante.
Devant mon calme surprenant, il devint rouge de colère, et jeta Evoli violemment sur le sol.
Dans un de ses ultimes réflexes de félin, le petit Pokémon se réceptionna sur ses pattes, couina tout de même, et vint se cacher derrière mes jambes en boitant.
Je soupirai. « Pas gagné.»
Mon père s'approcha de moi, mais je ne reculai pas. Je voyais la folie dans le fond de ses yeux, et sa peau rouge de colère brillait et puait le rhum.
Il me gifla violemment, mais je n'esquissai toujours pas un geste.
« Tu me le paieras, vermine » souffla- t- il.
Et dans un intense excès de rage, il balança un coup de pied entre mes jambes, touchant Evoli au poitrail, qui recula de plusieurs mètre en pleurant.
Il sortit alors en claquant violemment la porte, tout comme je l'avais fait quelques heures plus tôt. Un vieux cadre se détacha du mur et tomba sur la table, juste en dessous J'entendis la voiture démarrer et partir en trombe.
« Tu vois cher papa, quand tu veux, tu peux ».
