C'était un petit, certainement très jeune, un félin. Il était profondément endormi, et son petit corps se soulevait lorsqu'il respirait, calmement, et s'agitant parfois. Ses grandes oreilles étaient droites sur sa tête, et bougeaient rapidement lorsqu'il rêvait.
Il me paraissait faible, petit, frêle, mais je savais que c'était lui.
Son pelage à la base chocolat doré était terni, emmêlé et collé, de petits morceaux de bois et de feuilles s'étaient pris dans sa fourrure. Un épais collier de poils parcourait tout son poitrail, du même blanc que le bout de sa queue empanachée.
Un gros pansement recouvrait tout son arrière train, à partir du milieu du dos.
« C'est un Evoli » chuchota doucement l'infirmière derrière mon épaule.
Elle allait mieux, et une résolution ferme brillait dans ses yeux.Ce fut avec difficultés mais sans émotion qu'elle déclara ceci :
« On nous l'a amené cette nuit, très tard. Un dresseur l'a trouvé dans la forêt, à l'Ouest. Les blessures qu'il a sur le dos viennent d'un humain. Ses pattes arrière sont paralysées. Ce pauvre Pokémon… a souffert le martyr » ajouta- t- elle en bredouillant.
Après cet intense effort qui mêlait pitié, colère et dégoût, elle parvint à me sourire.
« Tu veux t'en occuper ? Il a besoin d'un peu de chaleur dans sa courte vie…»
Je faillis défaillir à cet instant, mais me forçai à réagir.
« Oui. »
J'acquiesçai rapidement, et la suivis pour remplir les papiers de l'adoption.
Elle s'assit en face de moi et commença par inscrire certaines données sur une feuille, puis me la tendit.
Je parcourrai le tout rapidement, puis signai pour m'engager à m'occuper du Pokémon, et à autoriser une équipe de médecin à me rendre visite régulièrement pour bien s'assurer de ma sincérité.
«Je vous achète la cage avec ajoutai- je en me levant.
-Tu ne préfères pas une Pokéball ? Pour 200 pièces de plus…
-Je n'ai pas cette somme.
-Euh… très bien, alors… ça fera 550 pièces » conclut la jeune femme.
Je sortis les billets que j'avais précédemment « emprunté » à mon contact, avec une partie de mes économies. L'infirmière me remercia, puis j'allai chercher la cage avec mon nouveau compagnon. Le tout ne pesait qu'une dizaine de kilos, et après avoir salué la jeune femme, je quittai l'hôpital.
Arrivant près de mon vélo, je sentis Evoli remuer dans la cage, et je constatai qu'il était éveillé.
Je posai la cage et me penchai.
Le petit félin était terrorisé et se blottit dans le coin opposé de sa prison, en couinant.
Je secouai la tête et accrochai la cage à la poignée de mon vélo, puis rentrai chez moi.
Le voyage fut long et pénible, le poids du Pokémon m'obligeant à forcer de l'autre côté, et ses cris finirent pas devenir insupportables. J'arrivai enfin chez moi, et posai la cage sur le palier avant d'entrer.
Mon père regardait la télé, et paraissait un peu plus calme que le matin.
« Ah c'est toi… Ecoute, désolé pour ce matin, j'avais un peu bu et… »
Sans même prêter attention à ce qu'il disait, je gagnai la cuisine, et m'emparai d'un morceau de viande cuit qui venait du frigo. J'attrapai ensuite une assiette creuse et la remplis d'eau.
« Ed, tu m'écoutes ? T'as amené de la bière ? »
Alors que je m'apprêtais à ressortir, je m'arrêtais :
« Non, pas aujourd'hui mon cher papa. Si tu veux à boire, tu te lèves, et tu vas acheter ta bière » répondis- je, avec un sourire crispé.
Il me regarda d'un air ébahi, et je sortis. J'emmenai la cage d'Evoli un peu plus loin, dans mon jardin.
C'était un petit carré de verdure, qui n'était plus entretenu depuis longtemps. L'herbe avait poussé en désordre, et nombre de plantes jadis magnifiques avaient pourri, fanant et gâchant toute la beauté de l'endroit.
Une vieille table en pierre demeurait là, au centre, et j'y déposai la cage. Je m'assis ensuite sur un des bancs en pierre, fixant le petit Pokémon apeuré.
Il s'était collé à l'autre paroi, et apparemment, ne voulait pas en bouger.
Ses oreilles étaient rabaissées, et ses yeux communiquaient une peur maladive.
Il couinait par moment, mais je ne bougeais pas d'un poil, immobile comme une statue.
J'ignore combien de temps je suis resté là, à le regarder, toujours est- il qu'à un moment, il se calma. Osant enfin approcher, il se leva et avança, timidement. Ses pattes arrière suivaient son corps mais ne bougeaient pas, traînant derrière lui.
Il risqua son petit museau jusqu'aux barreaux, où il huma l'air, comme pour me sentir. Je levai alors une main lentement. Evoli recula précipitamment, puis s'assit, au milieu de la cage. Je passai d'abord ma main entre les barreaux, la dirigeant droit sur lui. Il la sentit, et la toucha avec une de ses pattes.
Ses coussinets étaient doux, mais je sentais les petites griffes acérées, pas totalement rentrées.
Il n'avait pas totalement confiance en moi. Je coupai un morceau de viande, et le passait à travers la grille. Le petit Pokémon renifla, et l'attrapa avant de l'avaler, sans même le mâcher.
Puis il me lécha les doigts, s'approchant de la grille. Je le caressai alors, commençant sous le menton pour le mettre en confiance, puis sur la tête, au dessus des oreilles. Il tremblait, mais semblait apprécier.
Tout se passa en un éclair.
Je le saisis par la peau du coup et l'attirai vers moi, brusquement. Il couina en se cognant sur la grille, et j'approchai ma tête à quelques centimètres de la sienne.
« Vigilance ! » Hurlai- je.
Je le lâchai, et il se réfugia au fond de la cage, le poil hérissé comme celui d'un chat, vraiment terrorisé.
Nous allions pouvoir commencer.