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[Fic] Un long parcours.

YumeArashi
YumeArashi
Niveau 10
28 avril 2009 à 17:11:50

Ce type avait beau avoir fichu un bazar inimaginable et écroulé un mur, je ne pouvais pas laisser le pokémon pâtir du mauvais caractère de son dresseur, aussi proposai-je de ramener Rapasdepic dans le hangar pour y panser les plaies les plus vilaines. Lionel, fort de son savoir homéopathique et curatif, s'appliqua à fourrer la pâte préparée au coeur des blessures les plus profondes. Un coup de vaporisateur bien placé par ci par la, et les heurts les plus superficiels ne furent plus que de mauvais souvenirs.

« Tu te sens mieux Rapasdepic ? Demanda M. Nomclast alors que l'oiseau étendait ses ailes. J'en suis heureux.
- Peut-être allez vous maintenant m'expliquer comment vous avez atterri dans la nurserie ? Le hélai-je en tapant du pied.
- Le vent.
- Le vent ? Quel vent ? Il n'y a pas eu une once de vent depuis plus de trois semaines ici. Répliquai-je, incrédule.
- Vous semblez être bien mal informée sur ce qui se passe au dessus de votre joli ciel cotonneux, réfuta l'homme un doigt sur la tempe. En altitude, il y a des courants d'air plus ou moins violents qui font dériver tout « poké-aviateur » amateur. Nous volions haut, nous étions... - il marqua lourdement une pause – pressés... Il y a eu des turbulences et nous avons du atterrir.
- Pourquoi ne pas être redescendu à basse altitude ?
- Nous n'avons pas vu les éoliennes, poursuivit-il sans se soucier de ma question. Nous les avons percutées et Rapasdepic s'est foulé l'aile.
- Et le sang ?
- Se prendre un poteau entraîne souvent des accidents physiques... »

Peter me gratifia d'un regard en surface doux et perturbé mais qui selon moi en disait long sur son état d'agacement. Je voulais en apprendre davantage sur ce type franchement glauque. Lionel qui le trouvait très affecté lui proposa de venir prendre un café et de manger un petit quelque chose afin de reprendre des forces. Peter accepta volontiers et suivit le jeune homme dans la cuisine où il s'attabla.
De mon côté, j'organisai la réparation de la Nurserie. J'appelai Sam, le camionneur et une heure plus tard, une livraison de matériaux de construction arriva dans la cour. L'équipe des « gros bras » fit son boulot de manière impeccable et en une heure supplémentaire, il ne restait plus que les régulateurs thermiques à réparer. Sam s'en chargea volontairement ayant sans doute quelques notions dans ce domaine. Il manquait probablement un bon coup de peinture sur le mur fraîchement bâti mais la nurserie était à nouveau fonctionnelle et c'était de bien loin le principal. Tandis que je m'acharnais avec les pokémon malgré le handicap que représentait ma béquille sous le lourd soleil de midi, les deux hommes bavardaient dans la cuisine. Lionel semblait absolument passionné par les propos de notre hôte surprenant et ce dernier affichait un sourire radieux, renversant au passage un peu de café sur sa blouse. Il jetait de temps en temps des coups d'œil contrits par la fenêtre jusqu'à ce qu'il se rende compte que j'observais ses moindres faits et gestes.
Je repensais à son argumentation plus que convaincante sur les aléas de la météo supra nuageuse. Il était vrai que je n'avais jamais volé avec quoique ce soit mais cela me semblait louche. Je devais me faire de fausses idées et je l'espérais : c'était agaçant d'être le porteur de mauvaises nouvelles en permanence.

« Marine !
- Oui ? Fis-je, m'extirpant difficilement de mes pensées.
- Euh, j'ai mis la table, on fait une omelette géante ce midi. Peter lis un bouquin dans la salle, je crois. Rapasdepic est rentré dans sa ball. Il va vraiment mieux. On fait quoi maintenant ?
- Je t'avouerai que j'en sais rien, je trouve ce Peter... étrange.
- C'est vrai que son arrivée n'était pas le meilleur moyen de faire bonne impression mais je trouve que c'est un gars sympa. Il étudie l'évolution des pokémon et leur capacités physiques. C'est intéressant.
- J'en doute pas Lio... Je n'en doute pas, répondis-je dans un murmure à peine audible. Bien ! Les règles de bienséance et de politesse nous obligent à être aimable et serviable avec lui. Maman aurait sans doute agit de cette façon. Tu gardes un œil sur lui quand même ?
- J'adore jouer les nounous, tu le sais bien, s'exclama Lio, ironique.
- Et c'est pour ça que je te confie cette tâche, super nanny. »

Lionel me quitta, voyant qu'il ne pouvait rien dire de plus. J'étais absolument certaine qu'il saurait se débrouiller, et j'entrepris de balayer la terrasse, sous le regard brûlant de Ponyta, plantée, droite comme un « i » dans son enclos, en apparence inoffensive, les yeux à demi clos. Pourtant je savais qu'elle jaugeait tout de sa place. La poussière que soulevaient les mouvements réguliers du balai me piqua les yeux. Je posai l'objet et me dirigeai en boitillant vers l'accueil sans grande conviction. Les jours où mes parents s'absentaient, on observait à coup sûr une baisse phénoménale des effectifs de fréquentation de la Pension. Tant mieux. Du travail en moins.

***

J'avais hâte que mes parents reviennent. La liberté que l'on m'accordait était un cadeau mais parfois aussi un véritable poison. La Solitude et Moi ne nous aimions pas vraiment. Le soutien parental était nécessaire. Je m'accoudai à la barrière, près de l'enclos et profitai des derniers rayons du soleil. A cette heure ci, tout baignait dans une lumière « liquide » orangée, chaque élément du paysage prenait une teinte différente : les pâquerettes revêtaient une robe couleur de miel, les pâturages se nappaient de brun chocolat, le ciel paradait, fier de ses nuances chaudes et ravissantes... Même la béquille devenait moins laide.
Lionel arriva derrière moi, enjamba la barrière et vint s'adosser au bois dur. Les mains dans les poches, un mouchoir dans la narine et le nez à présent légèrement décalé, il attendait quelque chose. Le vent léchait doucement ses longues boucles brunes et ocres, venait titiller ses paupières qui se fermaient doucement sur ses beaux iris noisette.

« C'est joli hein ?
- Oui. - Il prit une inspiration – Excuse moi.
- Mouais... Je ne suis pas toute blanche non plus. »

Un silence léger s'installa entre nous. Je ne savais pas s'il réfléchissait ou s'il profitait du paysage à tel point que discuter ou même répondre brièvement ne soit possible. Oh ! Son nez était mieux... comme ça.

« Ça... ça va tes jambes ? Articula Lionel, visiblement mal à l'aise.
- Moins bien que le bras mais c'est largement supportable, je serai totalement guérie dans deux ou trois jours. Après il n'y aura plus que des courbatures.
- Fais voir ton bras. »

Tandis qu'il effleurait la peau de mon bras, je frissonnai. Cette endroit était devenu très sensible, les chairs se reconstituant doucement, et je ne pus réprimer un sursaut. Il leva la tête et plongea ses yeux dans les miens.

« Tu guéris étrangement vite. Ça aurait du prendre plus de temps. Puis c'est drôle que la cicatrice ait cette tête. »

En effet, à la place d'une figure brouillonne et informe se dessinait quelque chose de plus structuré que l'on pouvait apparenter à une seule et unique flamme. D'un autre côté, je sentais que Lionel tournait « autour d'un pot » imaginaire et que cela ne présageait rien de bon.

« C'était quoi cette attaque ?
- Prlvt destin ? Hum... Si Oké avait été mis KO, Ponyta l'aurait été automatiquement aussi. C'est une technique infaillible et...
- … très lâche, conclus-je. Tu voulais me parler de quelque chose ?
- Oui, c'est assez important en fait.
- Je t'écoute, répondis-je en pivotant vers lui de telle manière que je sois face à lui.
- Et bien, c'est difficile à dire, chuchota t-il en rougissant. Bon voilà, je...
- YOUHOUUUUUUU ! »

Sur le pas de la porte de la cuisine, à environ trente mètres de nous, Peter agitait ses bras dans tous les sens. Effrayée, une bande de Roucoups prit son envol bruyamment. Cyrielle se tenait aux côtés de l'homme, le visage radieux comme à l'accoutumée. Elle avait du rentrer lorsque nous nous battions, Lionel et moi.

« …
- Oh, maman est la. Ça me fait penser que je devais aller en ville aujourd'hui. J'irai demain puis tu viendras avec moi hein ? Oh, au fait, que voulais-tu dire ?
- Rien d'important... se ravisa le jeune homme.
- Tu as dit que ça l'était il y a à peine deux minutes !
- Non, je te le jure. On verra ça plus tard.
- Comme tu veux »

Je pris appui sur ma béquille et clopin-clopant, sous les yeux ébahis de ma mère, rejoignis la cuisine, Lionel sur les talons.

« Marine ! Mais qu'est-ce que tu as fait ? Je pars deux jours et je te retrouve en morceau ?
- C'est rien maman. Un petit accident, tu sais combien je suis maladroite.
- Tu vas tout m'expliquer et vite. - Elle jeta un coup d'œil à mon bras avant de reprendre de plus belle. - Et ça ? C'est aussi un accident ? Tu t'es jetée sur la gazinière alors qu'elle était allumée ou quoi ?
- Maman, il s'est passé... beaucoup de choses en ton absence et, sincèrement... je n'ai pas du tout envie d'en parler. Je compte sur toi pour faire passer le message à papa. Je-vais-bien, répondis-je en détachant bien chaque syllabe.
- Lionel ? Fit Cyrielle.
- C'est son choix ! Oh ça ? Une petite chute malencontreuse, ça arrive de se casse le nez hein ? » se défendit-il en levant les bras en l'air.

Ma mère n'était absolument pas satisfaite mais elle se radoucit lorsque Peter lui adressa la parole. Tandis que les deux interlocuteurs faisaient la causette, je murmurai un « Merci » à peine audible à Lionel qui dut lire sur mes lèvres et rougit à nouveau. Je nous servis un verre d'eau et consultait l'horloge. Il fallait préparer la tambouille. Ce soir, c'était Julienne et légumes et un peu de poule au pot. Pendant ce temps, ma mère faisait chauffer l'eau et entretenait la dialogue avec Peter avant de m'apostropher soudainement.

« Pas de soucis aujourd'hui ?
- Euh, non, tout s'est bien passé, déclarai-je après une brève œillade vers Lionel.
- Et la Nurserie ?
- Si tu sais pourquoi me demander, maman, soupirai-je.
- M. Nomclast m'a raconté qu'il avait accidentellement atterri dans un des murs, je suis vite allée l'inspecter et, miracle, il n'y avait rien. Comment l'avez vous réparé ?
- J'ai fait jouer mes relations, annonçai-je sur un ton théâtral. Sam, - mais si maman le camionneur - est venu nous livrer des parpaings. J'ai demandé un coup de pouce aux pokémon qui ont des biceps plus gros que leur tête et hop.
- Bieeeen. » Répondit-elle avec un grand sourire.

Peter se cachait honteusement derrière un journal féminin. Je devais parler à Cyrielle de mes impressions sur ce type mais Lionel m'envoya un vigoureux coup dans le dos qui m'obligea à garer le silence. Mon père débarqua dans la cuisine à point nommé en sueur, le visage sale et les ongles noirs. Un « air baiser » à ma mère et il fonça dans la salle de bain des gérants après s'être platement excusé auprès de tout le monde. Lionel mit la table en compagnie de Peter, rattrapant chacune des assiettes que ce dernier laissait échapper.
Le repas se déroula tranquillement, dans la joie et la bonne humeur. comme la semaine arrivait à sa fin, la plupart des pensionnaires avaient récupéré leurs Pokémon et étaient rentrés chez eux. De ce fait il ne restait pas grand monde à table. Phil et Peter tentaient de faire rire les convives et ce fut réussi : tant et si bien que je relâchai mon attention envers le scientifique. Après tout, c'était peut-être un homme plein de bonne volonté. Je commençai même à me détendre et décontracter mes maxillaires quand Lionel interrompis la bande de gais lurons pour prendre la parole.

« Je tenais à vous dire que mon mois de réservation s'achève comme vous le savez tous. Je pourrais le renouveler mais l'envie de voir du pays est plus forte. Je voulais vous remercier de votre accueil et il m'était impossible de partir sans vous dire à quel point vous êtes adorables. Vous allez me manquer mais je suis certain que nous nous reverrons. Merci encore. Torti, Oké et moi mettront les voiles à l'aube.
- Lionel, le plaisir est partagé, éructa Phil en levant son verre. Tu as été exemplaire durant ton séjour, très serviable et la Pension te sera toujours ouverte. Bonne chance dans ta quête, petiot.
- Bonne chance, » répétèrent les pensionnaires.

Tous sauf moi. Ils trinquèrent. Le cliquetis du cristal résonna dans ma tête, en écho, des échos stridents, grinçants, désagréables. Je n'avais plus envie de toucher à mon assiette et je m'abstins avec brio. Je me savais épiée, mais qu'importait. Je sortis de table plus tôt, débarrassai mes couverts et montai difficilement dans ma chambre sur la jambe la plus valide, le teint blafard, prétextant de douloureux maux de ventre. Une fois la porte close, je m'y adossai et mis la tête dans mes mains. Puis je me jetai sur mon lit, oubliant la latte de bois, et me retournai. Au plafond brillaient encore les petites étoiles fluorescentes que j'avais eu tant de mal à coller lorsque je ne mesurais qu'un mètre vingt. J'entendis un pokémon hurler Le même sans doute que la nuit passée avec Ponyta. Depuis cette nuit d'ailleurs, je me sentais différente. J'étais fatiguée...

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