Cela faisait une semaine à peine que l´Ootslider avait décollé, et force était de constaté qu´en une semaine à peine, de forts liens déjà se formaient entre nos passager. Certainement pas des liens d´amitiés. Ni des liens de haine. Plutôt des liens de rejets, de dégoûts... des anti-liens, en quelques sortes. On pourrait aussi appeler ça des « sécateurs » mais ça ne me semble pas tout à fait correct. C´est ainsi que tout passager voulant passer un séjour le plus calme possible, s´était fixé plusieurs règles primordiales à respecter :
Ne jamais adresser la parole au chef machiniste, de crainte qu´il vous embauche comme intendant de ses bières.
Eviter à tout prix de trainer dans les couloirs lorsqu´on entendait des marmonnements indistincts accompagnés par la raclement d´une pancarte.
Ne pas rester dans le salon la nuit lorsque l´on savait que Rachid était susceptible d´y donner une prestation.
Vite s´habituer à entendre la voix de l´ordinateur de bord s´élever, pour qui craignait avoir une crise cardiaque.
Prendre garde à ne jamais s´habiller d´une façon rappelant un quelconque parasite de peur de voir Boris-Ivan se jeter sur vous.
Et tous semblaient s´être mis d´accord sur cette dernière règle : ne pas déranger le capitaine Linkoura lorsqu´il s´était retiré dans ses appartements.
Cela n´aurait pas pausé problème si cela ne faisait pas déjà une semaine qu´il n´en était pas sorti. Tout le monde apportait sa théorie là dessus.
Eul´bougre y doit s´tenfiler d´ses bières tout seul !
BON SANG ! Qui nous dit qu´il n´a pas été attaqué par des pirates de l´espace ?
Et d´autres encore. Mais personne n´osait aller frapper à sa porte, et on se contentait de déblatérer ses suppositions plus improbables les unes que les autres lorsqu´on remarquait son absence lors des déjeuners et dîners. Remarquer était un bien grand mot. On s´imagine tout de suite la grande attablé où tout le monde mange ensemble, discute amicalement, et où l´on remarque avec peine que la place du bout destinée au capitaine était vide. Le déjeuner était plutôt une heure où il fallait exercer ses instincts de furtivité. Chacun arrivait à taton, espérant ne croiser personne, prenait une assiette, et s´enfuyait aussitôt. Dès fois, on croisait quelqu´un. C´était souvent Berthy, qui choisissait de faire le ménage de la salle à manger aux heures peu pratiques des repas. C´est pour ça qu´on voyait rarement les passagers venir à midi, dans le cas du déjeuner. Il venait plutôt vers 14h. Mais il ne fallait pas non plus venir trop tard, car des passagers comme MK, pour l´exemple, ne se privait pas pour prendre une triple, voir quadruple, ration pour lui seul.
Celui qui s´en sortait le mieux pour récupérer sa ration sans croiser aucun passager louche, c´était évidemment Itchigo. Vu que le capitaine ne lui avait encore donner aucun ordre, il s´occupait de stratégies pour circuler dans le vaisseau sans avoir aucune embrouille. Il était celui qui s´en sortait le mieux au final.
On ne pouvait en dire autant de Wellan qui avait eu le malheur de s´embrouiller avec Kaboomba, le heurtant au croisement d´un couloir. En plus de s´être fait à moitié assomé, la voix-robot l´accusa d´avoir foncé délibérément dans un de ces camarades et lui donna un avertissement.
La seule qui aimerait un peu plus de solidarité entre les passagers était Tessa. Mais elle était bien trop occupée à diriger le vaisseau pour essayer une quelconque tentative pour nouer des liens [de vrai liens cette fois, pas des sécateurs] entre les différents voyageurs.
Quant à la seule qu´on aimerait voir plus souvent, c´était Myrallia. Itchigo lui avait déclaré qu´il lui fallait lui consacrer une scéance, sinon il risquait de louper ses stratégies, et donc d´entraîner le vaisseau à sa perte en cas d´attaque. Wellan avait essayé maladroitement de lui faire croire qu´il avait un « trommattyzme psichik ». Dès qu´il l´appercevait, Berthy la suivait, prétendant qu´elle laissait des traces sur son passage et qu´il fallait nettoyer tout ça. Mais le pire fut Kaboomba. Une première fois, il se jeta sur elle, la couchant à terre et criant « ATTENTION ! Un Scarabée Cuirassé attaque ! ». La deuxième, il se mit à chanter, d´une voix qui fit trembler les murs du vaisseau, lorsqu´il la croisa [VX4217-15 Beta lui rappela bien vite qu´il était strictement interdit d´entamer l´hymne national russe sur l´Ootslider et le taxa l´avertissement]. La troisième, où il voulut lui montrer son « énorme fusil laser » fut tellement traumatisante pour la jeune psy, qu´elle s´enferma dans sa chambre dont elle n´est toujours pas ressortie.
Pour résumer : bien qu´il n´y ait encore aucune bataille en vu, que le capitaine n´ait donné aucun ordre précis, la vie sur l´Ootslider était une véritable aventure. Rien que de se rendre dans la salle à manger était un véritable parcours du combattant. Eviter son prochain était devenu essentiel. On pouvait le dire, nos voyageurs intergalactiques ne s´embêtaient pas le moins du monde. Mais ce train train habituel d´esquive et du mépris de l´autre n´allait pas durer éternellement.
Si l´on en croit le journal de bord tenu par Rachid, on était le 23 Juillet au soir lorsque le Capitaine Linkoura fit son apparition depuis longtemps. A la plus grande horreur de tous, il demanda à ce que tous les passagers, sans exception, se réunissent dans la salle à manger, encore une fois. Il fallut du temps pour rassembler tout le monde. Entre Berthy qui croyait toujours ne pas faire parti de l´ensemble des passagers, Myrallia qui avait trop peur de revoir Kaboomba, et tous les autres qui craignaient une quelconque baston général déclenchée par les plus belliqueux, mais au bout d´une heure où deux, on y arriva.
Une telle tension reignait dans la salle que la table était sous le point de céder [du moins, c´est ce qui est dit dans le journal de bord]. Les regards fusaient avec une si grande violence que si une mouche était passé par là, elle en aurait été carbonisé [ça aussi, c´est tiré du journal de Rachid]. Lorsque le Capitaine Linkoura se leva, l´assemblée se calma un peu. Rien qu´un peu. Il fallait quand même avouer que le capitaine avait un certain effet calmant. Enfin, c´était ce que tout le monde pensait avant qu´il ne prononce cette phrase :
« Ecoutez moi bien. Je vais vous demander une tâche particulière, mais cela requiert de former des groupes. »
Tout le monde déglutit. Tessa sourit. MK vomit.
Rachid fut le premier à parler :
« Des groupes, heu... vous voulez bien sûr dire que vous avez besoin de connaître nos groupes sanguins ?
Non. Je parle bien évidemment de groupes de passagers. Maintenant, écoutez moi bien... »
[Linkoura c´est à toi
]