Chapitre 52 : le mensonge de Tom
- Le vénérable arbre mojo est mort ! annonça Tom.
Le jeune kokiri venait d’entrer dans la grande salle du trône en faisait battre les portes, l’air complètement désemparé. Il était accompagné d’un garçon roux qui exprimait sur son visage un aspect triste et inquiétant. Les deux enfants marchaient côte à côte, hâtivement en direction de la Reine-intendante.
Zelda était en train de discuter avec les deux autres sages, Malon et Darunia, afin de définir la stratégie de guerre. L’interruption du jeune Tom les avait fait sursauter :
- Tom ! lança Zelda d’un regard étonné et inquiet. Qu’est-ce que tu dis ?
- Je viens de la forêt kokiri, expliqua t’il d’un ton grave. Il fallait que j’avertisse Mido et l’arbre mojo de l’approche du combat …
- Où sont-ils ? interrogea Malon d’une voix affolée. Où sont les kokiris ?
- Ne t’en fais pas pour eux, répondit Tom. L’arbre mojo a su résisté assez de temps pour les protéger, j’ai pu lui parler avant sa mort. D’après lui, il aurait chargé Mido d’emmener son peuple en dehors de la forêt, en passant par les bois perdus …
- C’est contraire à toutes les lois kokiris ! le coupa Zelda surprise. Les habitants de la forêt ne quittent pas leur territoire !
- Oui, affirma Tom. Mais l’arbre mojo a jugé que le danger que courraient les kokiris en dehors de la forêt était moins grand désormais que celui qui les menaçait.
- Mort … répéta Darunia. L’arbre mojo était le plus puissant de nous tous …
- Darunia ! rétorqua Zelda. Malon nous a bien fait comprendre que le temps du désespoir n’était pas venu. Le sort du très vénérable et respectable arbre mojo nous affecte tous, mais le moment de se lamenter sur un deuil n’est pas encore arrivé. Nous devons tenir en attendant le retour des autres guerriers !
La Reine s’interrompit en posant ses yeux sur le jeune Aniel. Ce dernier semblait effrayé et perdu au milieu de ces gardes et ces discours. La Reine reconnut le fils d’un de ses capitaines et s’approcha de lui en lui posant une main sur l’épaule.
- Je sais qui tu es, dit-elle d’une voix douce. Tu es le fils d’Aryen, n’est-ce pas ?
- Oui, répondit simplement l’enfant.
- Que fais-tu ici ? Tu n’es pas avec ton père ?
L’enfant ouvrit la bouche pour répondre, mais les mots ne purent sortir … Aniel referma la bouche et tourna la tête pour cacher la tristesse qui lui montait aux yeux.
- Un étrange homme aux longs cheveux noirs était dans la plaine d’Hyrule avec Aniel et son père … expliqua Tom. Il s’agissait apparemment du fils de Kardonne, j’ai pu sauvé le garçon juste à temps, mais pour ce qui est du père …
- Je vois, coupa Zelda en voyant que ce récit amplifiait la douleur du pauvre garçon. En tout cas, cher Aniel, tu resteras dans notre château pendant un moment, en attendant au moins la fin de cette bataille.
Mais l’orphelin ne répondait pas et garda la tête sur le côté. Zelda décida de le laisser en paix et reprit en main sa stratégie de guerre.
- Tom, tu dis avoir vu le Fléau dans la plaine …
- Il ne s’agit pas du Fléau, mais d’un autre …
- Un autre fils ? s’étonna Zelda. Ces informations ne sont pas rassurantes, déjà tu m’apprends que l’Ennemi a déjà pénétré à l’intérieur de nos terres mais en plus, nous lui découvrons chaque jour un nouvel allié …
Darunia et Malon semblaient eux aussi effrayer par cette nouvelle. Pourtant, ce fut à cet instant que Tom expliqua qu’il ne pouvait rester en leur compagnie :
- L’arbre mojo m’a demandé de prévenir Mido de son décès dès que je serai au château. D’ailleurs, je me suis également promis d’accorder à mon peuple le droit de vivre dans ce château, pour un certain temps du moins.
- L’unité d’Hyrule sera, je crois, sa seule force, trancha Zelda. Aucun peuple ne sera laissé à l’abandon.
Tom acquiesça d’un signe et tête et prit la direction de la sortie. Cependant, une fois en dehors de la pièce, il ne sortit pas son ocarina pour communiquer avec Mido, comme il l’avait dit. Le kokiri avait menti aux autres sages pour pouvoir la trouver le plus vite possible. Où pouvait-elle bien être ? L’arbre mojo avait été catégorique : il fallait retrouver celle qui était peut être le seul espoir d’Hyrule … Tom se dirigeait vers la chambre de Link et Zelda, pensant qu’elle pourrait s’y trouver, mais ne la trouva pas là-bas non plus. Alors il questionna son instinct d’habitant de la forêt, se demandant où elle préférerait être et c’est à cet instant qu’il se précipita en direction des jardins de château, c’était le seul endroit encore possible … Il arriva rapidement à destination et chercha du regard l’espoir d’Hyrule : une petite lueur bleue flottait effectivement au dessus des fleurs et de la terre.
- Te voilà enfin, Navie !
Alan et Mélodie étaient déjà en direction du grand port de Touraque, lieu où ils avaient prévu de trouver un bateau qui les conduirait en terre Viking. Eponna supportait sans difficulté le poids des deux jeunes gens, et parvenait aisément à galoper de Royaumes en Royaumes, de routes en routes et souvent aussi de plages en plages … Ils se trouvaient effectivement non loin des vagues d’un océan lorsqu’ils firent une halte pour se nourrir.
- A cette vitesse, nous serons à Touraque dans cinq jours ! s’exclama Mélodie avait joie.
- Effectivement, répondit Alan moins enthousiaste. Nous avons de la chance d’avoir Eponna.
Le Roi d’Hyrule s’occupait tout le temps de la belle jument, qui était désormais sa seule attache à Hyrule.
- La monture de Link est effectivement incroyable, répliqua Mélodie. Nous en tirerons un très bon prix !
Cette dernière phrase resta coincé dans les oreilles d’Alan, et l’idée de vendre Eponna lui paraissait tellement impensable qu’il était sûr d’avoir mal entendu.
- Pardon ?
- J’ai dit que cette jument peut nous rapporter beaucoup ! Je serais ravie de pouvoir acheter quelques vêtements pour notre enfant …
- Il n’en est pas question ! coupa Alan d’une voix très autoritaire.
Mélodie prit un air très surpris et fixa son aimé :
- Quoi ? questionna t’elle d’un air dégoûté. Tu ne veux pas acheter de vêtements pour ?
- Il ne s’agit pas de ça, coupa de nouveau Alan. Je me débrouillerai pour trouver de l’argent autrement.
- Et comment ? voulut savoir Mélodie. Comment vas-tu trouver de l’argent ? Nous n’allons pas stopper notre voyage en attendant que tu travailles, et il n’est pas non plus question que tu payes les vêtements de ton fils avec de l’argent volé !
- Je ne les paierai pas non plus en vendant Eponna !
- Alors comment ?! s’écria la sage de l’ombre avec colère. Préfères-tu garder ce cheval plutôt que d’aider ton fils ?
- L’un empêche pas l’autre, Mélodie, trancha Alan. Je refuse d’abandonner la jument de Link, point final !
Ce n’était pas la première dispute, mais c’était par contre la première fois qu’Alan faisait preuve d’autorité et parvenait à obtenir ce à quoi il tenait. Après cette discussion, Mélodie ne parla plus et cessa de manger, en espérant certainement faire culpabiliser son aimé … Mais ce dernier s’y refusa, il savait que sa décision était légitime et ne comprenait plus les caprices de Mélodie. Il savait que les femmes enceintes étaient réputées capricieuses, mais il n’aurait tout de même jamais pu imaginé ça …