Le pire c'est que John Carmack était à cette époque en train de nourrir une nouvelle passion : les fusées. Il prévoyait d'en fabriquer des vrais (ca a donné aujourd'hui Armadillo qui cartonne sur la scène). Plus que tout Doom 3 s'est fait dans des conditions où la situation était particulièrement tendue à ID Software.
A l'origine ID devait produire un RPG multijoueur nommé Quest, ce qui aurait été à mille lieues du FPS. Une autre solution était Doom 3. Carmack n'était pas très enthousiaste à l'idée de le faire mais il avait quelques idées en tête pour un nouveau moteur de jeu et désirait les expérimenter.
Manque de bol pour lui Adrian Carmack et Kevin Cloud qui contrôlaient plus de 50% d'ID Software étaient contre, prétextant qu'ils en avaient plein le dos de ressortir une vieille franchise. Graeme Devine qui était programmeur et game designer fut également contre et les rejoignit dans le conflit.
Cependant Carmack leur force la main de deux manières:
-Il publie un fichier .plan sur son site révélant au monde le développement de Doom 3 et réunit une équipe autour de lui dont Paul Steed, Tim Willits et Trent Raznor.
-Il leur lance un ultimatum: on fait Doom 3 ou vous me virez.
Du coup, étant donné que sans Carmack ID Software c'est plus grand chose (Romero ayant déjà été précipité par la porte), la décision de faire Doom 3 a été retenue. Le conflit se fait sans grande douleur mais en rétribution de la "révolte" de Carmack, Adrien et Kevin virent Paul Steed, un des artistes qui a soutenu John Carmack.
Du coup l'esprit n'y était plus. Carmack exerçait son petit chantage et Doom 3 s'est fait non pas pour le fun mais plus en tant qu'expérience technique pour ébaucher de nouvelles idées. Certes le jeu qui en a été tiré est ultra-chiadé techniquement (aujourd'hui encore il est assez impressionnant) mais on sent que ce Doom là n'est au final qu'un jeu dans la lignée des autres.
Il n'y a pas l'aspect innovation, l'aspect série B, l'aspect BD, le côté provocateur et la volonté de faire un jeu pour les joueurs. Ce n'est même plus un film de potes. C'est un jeu comme un autre. J'aime énormément Doom 3, mais je ne cesse de me poser la question suivante: il aurait ressemblé à quoi sans tous ces problèmes? Si Romero était resté à ID software? On aurait sans doute eu autre chose.