Euro - ESPAGNE-RUSSIE
Pourquoi ce sera différent
Espagnols et Russes s'accordent sur une chose à la veille de leurs retrouvailles en demi-finale de l'Euro : leur match n'aura rien à voir avec le 4-1 infligé par l'Espagne à l'équipe de Guus Hiddink le 10 juin lors de l'ouverture du groupe D. Les Ibères répètent qu'ils doivent oublier le contenu de cette rencontre s'ils veulent avoir une chance d'aller en finale. Les Russes, par la voix de leur coach, disent qu'il n'est «même pas question de rentrer sur le terrain» si c'est pour jouer la même partie. Jeudi à Vienne (20h45), tout sera différent. Voilà pourquoi.
La Russie s'est bonifiée: Après la déroute d'Innsbrück, Hiddink avait exhorté ses hommes à corriger leur naïveté confondante. Depuis, il ne se passe pas un jour sans qu'il se dise stupéfait par leur capacité à assimiler rapidement les bases du haut niveau. «On avait fait des erreurs tactiques et individuelles» dit Archavine pour suggérer qu'il n'y aura pas de bis-repetita. «Les Russes ont battu les Pays-Bas qui étaient considérés comme les favoris, observe Xavi. Ils ont pris confiance.»
La Russie a Archavine : Le brillant numéro 10 russe était suspendu pour les deux premiers matches de l'Euro contre l'Espagne (1-4) et la Grèce (1-0). Il est tentant de penser qu'il a été le détonateur de cette métamorphose, entamée par un match splendide contre la Suède (2-0). Avec lui, l'équipe a changé d'organisation (4-1-3-2) et emballe davantage les matches. Avec l'immodestie des tous grands, il constate, sur le site officiel de l'Euro : «Il est possible que (cette défaite soit arrivée) parce que je n'ai pas joué. Pour moi, ce premier match n'a plus aucun sens.» Luis Aragaones a conscience que sa présence change tout. «Il a la qualité des très grands. Le souci, c'est que les milieux le trouvent facilement. Ils jouent à une vitesse qui finit par faire sauter tous les verrous.»
L'Espagne avait eu tant de chance... : Xavi se souvient. «En phase de poules, nous avions eu un peu de chance d'arriver à mener 2-0 grâce à des contres. En fait, nous avions eu quatre buts sur quatre contre-attaques.» Aragones, à chaud, avait admis : «La chance nous a donné un coup de pouce en passant d'un possible 1-1 à 2-0.» Villa avait inscrit le premier but à la 20e et doublé la mise à la 44e après une période de pression russe. Même avant l'ouverture du score, Capdevila avait laissé des espaces dans son couloir qui auraient pu valoir à la Russie de marquer. Et la Russie, au coeur de la deuxième mi-temps, avait encore attaqué, empêchant l'Espagne de posséder le ballon autant qu'elle le souhaitait. Tout cela, le score, évidemment, ne le dit pas.
Un autre match sur le plan tactique : Même si les deux équipes jouent l'attaque, une lecture entre les lignes de leurs dernières interventions laisse deviner un changement de cap tactique pour la demi-finale. Ainsi, la Russie pourrait être plus prudente. Archavine : «Donner un pouce de terrain à des joueurs comme David Villa ou Fernando Torres vous met vite en difficulté. Notre adversaire connaît la contre-attaque. Nous le savons.» Aragones, pourtant, ne voit pas la Russie se laisser dominer. «Hiddink a de bons joueurs de ballon, rapides, techniques et adroits. On ne modifie pas un schéma qui a mis toutes les équipes en difficulté.» Le sélectionneur espagnol sent que «le surprendre une deuxième fois ne sera pas facile». Il pourrait essayer de le faire avec un bloc haut qui empêcherait les Russes de sortir de leur camp. «Si on parvient à couper les trajectoires très tôt, en les pressant très haut, on aura nos chances.»
Roman Chirokov ne jouera pas : A Innsbrück, la défense centrale russe avait plongé. Elle était composée de Roman Chirokov et Denis Kolodine. A Vienne, ce sera un duo Sergueï Ignachevitch - Alexeï Berezoutski. Evidemment, s'il l'avait pu, Hiddink aurait maintenu Kolodine, son chef de défense, mais il est suspendu. En revanche, depuis cette noyade, le malheureux Chirokov n'a plus reçu de temps de jeu. Personne en Russie n'avait compris pourquoi ce milieu de terrain assez lourd avait été choisi pour défendre contre Villa et Torres. Une relance bâclée avait offert le premier but. Il avait été écrabouillé au duel sur les deux suivants. La sanction est tombée. Les deux goleadors espagnols, cette fois, auront des opposants à la mémoire vierge. - Cédric ROUQUETTE (avec G. R.) à Vienne et à Neustift