Il n'y avait aucun bruit dans la sombre maison. On entendait seulement le murmure inintelligible du vent, soufflant dans les volets de la fenêtre face à laquelle Hailie était assise. Elle porta à sa bouche son dernier morceau de poire, son fruit préferé, et, après avoir longuement observée un oiseau luttant difficilement contre le vent, elle revint à la triste réalité. Elle soupira, et se leva sans dire un mot, détournant son regard de la fenêtre. Elle leva tristement les yeux vers sa mère. Sa mère. Parfois, Hailie aurait aimé avoir une autre mère, plus à l'écoute pour elle. Elle croyait en ce rêve, mais elle était si jeune, elle n'avait que 4 ans... Sa mère ne remarqua pas que sa fille la regardait, son corps frêle luttant contre le froid s'engouffrant dans la maison. Elle regardait le vide, sa peau pâle, ses lèvres tremblantes, ses yeux tristes de nature. Hailie n'était plus choquée par l'expression habituelle de sa mère. Elle en avait l'habitude, maintenant. Elle ouvrit la bouche pour dire quelque chose à sa mère, décida de se raviser, mais les mots vinrent seuls :
" Maman, il revient quand papa ?
- Tais-toi Hailie. "
Ce furent les seuls mots qu'elle réussit à décrocher de sa mère. La petite fille n'insista pas, car elle savait que ça ne mènerait à rien d'autres qu'à une dispute. Elle rebaissa simplement les yeux, et s'executa, passant à côté de sa mère, lui jetant un regard mêlant pitié, tristesse et rage. Elle attrapa la rampe d'escalier de ses mains frêles, et monta rapidement les marches. Sa mère pleurait à côté, comme souvent. Sa mère pleurait. Pleurait son mari, sa vie, sa famille, sa fille. Pourquoi son mari la détestait ? Pourquoi la vie était si cruelle ? Pourquoi sa famille n'était plus ? Pourquoi sa fille était Hailie, cette petite ignorante ? Elle ne le savait pas, et c'était bien ça qui la faisait pleurer.
Hailie se jeta sur son lit, serrant dans ses bras le peu de peluches qu'elle possédait. Ses peluches étaient ses seuls amis, tout le monde la détestait, se moquait d'elle, de sa peau blanche comme la neige, de ses mains froide comme la glace, de la tristesse de son sourire et de son regard, de ses cheveux noirs la rendant encore plus sinistre. Elle pensait à cet être qui lui était si cher, son père. Son père. Un grand homme d'affaires, toujours en voyage, ou en compagnie de femmes autre que son épouse. Il détenait beaucoup d'argent, mais le gardait pour lui, laissant sa femme et sa fille mourir de faim dans leur maison délabrée. Mais malgré tout ces défauts, Hailie l'aimait. Son petit coeur ne battait que pour lui. Son père. Hailie ferma les yeux sur l'image de cet homme grand et fier, ne lâchant pas ses peluches. Le vent soufflait toujours au dehors. L'oiseau était maintenant mort de froid. Elle s'endormit.