David Douillet à Sens ce soir avec les Pièces Jaunes : « Les enfants, héros de l’histoire »
Le quadruple champion du monde et champion olympique s’est engagé depuis neuf ans au côté de Bernadette Chirac en soutenant l’opération Pièces Jaunes. Un choix réfléchi.
l’Yonne Républicaine. Après plusieurs années d’engagement, l’enthousiasme est-il toujours intact ?
David Douillet : Oui.
Oui et c’est croissant chaque année parce qu’on s’engage dans des projets lourds, à long terme comme le dernier en date qu’est la maison de Solenn, située dans le XIVe arrondissement à Paris, pour les adolescents en mal être et que dirige le professeur Marcel Rufo. Et puis dès le départ ça m’est apparu comme une vocation forte.
Une vocation ?
Oui vraiment.
Parce qu’un mois avant mon engagement, j’ai visité un service de pédiatrie et ça a été un choc pour moi. Quand j’ai vu des enfants dont certains vivaient leurs derniers instants et leurs familles j’ai été pris aux tripes. J’étais à l’époque jeune papa avec des enfants heureusement en pleine forme mais de voir des gamins touchés par la maladie, j’ai pris ça en pleine figure. De ce jour-là c’est devenu une évidence.
Je me suis senti obligé de faire ce que je pouvais par rapport à cette détresse, à cette injustice de la vie.
Vous avez mis votre palmarès sportif et votre notoriété au service d’une cause humanitaire, est-ce selon vous un juste retour des choses ou un engagement plus profond ?
Un engagement vrai bien sûr. C’était important de me dire au moins une fois dans ma vie, je servirai vraiment à quelque chose.
Que toutes ces médailles, toute cette notoriéré acquise par le biais du sport sans le vouloir car la notoriété est venue toute seule, que tout cela serve à quelque chose dans le temps et pour les autres.
Pourquoi les enfants ?
Ça aurait pu autre chose évidemment, et lorsque Jean-François Lamour qui à l’époque était conseiller du président, m’a proposé de parrainer l’opération Pièces Jaunes sur demande de Bernadette Chirac, je ne savais pas trop de quoi il me parlait. J’avais plein de questions en tête et ma visite en pédiatrie a tout lancé.
Votre famille nombreuse aussi a pu jouer ?
Bien sûr, on transpose tout de suite vous savez.
Et avec six enfants dans la famille, on se dit qu’aujourd’hui tout va bien mais que ça peut nous arriver à nous aussi du jour au lendemain. On peut tous se retrouver là dans des couloirs lugubres, avec la peur au ventre, avec l’angoisse du discours du praticien qui est là avec de bonnes ou de mauvaises nouvelles. On peut tous se retrouver face à une déstructuration familiale qu’occassionne la maladie d’un enfant. Tout ceci est intolérable.
Si on peut faire quelque chose pour atténuer tout ça, pour faire en sorte que ces enfants sortent le plus vite de ces services, pour qu’ils guérisent rapidement alors il faut le faire. Parce qu’un enfant pour moi il n’a pas le droit à être malade. Un enfant c’est fait pour grandir, pour se construire, pour être empli d’amour.
Téléthon, Restos du cœur, Pièces Jaunes, l’appel à la solidarité passe par les associations.
Ne pensez-vous pas que l’Etat manque à ses missions ?
C’est vrai quelque part… Oui, effectivement l’Etat devrait pallier tous les maux de la société. Mais les bourses de l’Etat ne sont pas extensibles. Il y a des priorités et des choix à faire. Ça ne doit pas être facile de diriger un Etat, mais il ne peut pas être partout. Les associations sont là pour colmater les brèches peut-être ?
L’Asie du sud Est a été rudement touchée.
Donner une partie des dons de la campagne 2005, c’est aussi sortir de la vocation première des Pièces jaunes, non ?
Je n’ai pas cette vision-là du problème. J’ai été appelé à voyager très jeune et on se rend alors vite compte que notre planète n’est pas si grande que ça. L’exploit c’est qu’on puisse vivre tout ensemble cette petite boule. En France, on est à quelques heures d’avion de certains pays qui sont des situations catastrophiques.
Et où il y a beaucoup d’enfants. L’opération Pièces jaunes va aider les enfants d’Asie. Qu’ils soient Sri lankais ou d’ailleurs, pour moi ils restent des enfants. Déjà en France, beaucoup d’enfants étrangers viennent se faire soigner car nous avons des équipes médicales avec des savoir faire extraordinaires. Ils profitent alors des apports de l’opération Pièces Jaunes. Il n’y a pas de frontière.
Il ne faut pas être cloisonné et accepter de regarder à côté.
S’agira-t-il d’une collecte isolée ou cela pourrait-il perdurer dans le temps ?
L’opération Pièces Jaunes n’est pas là pour faire des coups. Elle est consciente et prend ses responsabilités. Si, par exemple, on monte un dispensaire, celui-ci n’a pas une vocation précaire. Je ne sais pas si l’opération financera ad vitam, mais les actions seront durables.
Ce n’est pas un coup d’annonce.
En 2006, ce sera la dixième année de votre engagement, vous continuerez ou êtes-vous tenté par le soutien d’autres causes ? Et s’il fallait passer le relais qui verriez-vous à votre place ?
Je pense que pour être efficace il ne faut pas se disperser. Même s’il m’arrive de donner des coups de main au Téléthon, ou aux Enfoirés, mon engagement principal reste et restera les Pièces Jaunes. C’est clair.
Quand on se disperse, les gens ne comprennent plus rien. Ils se disent mais il fait quoi ? Il faut concentrer la force et être sérieux pour être efficace.
Et s’il fallait passer le relais vous voyez quelqu’un à votre place ?
Clairement non ! Même s’il faudra un jour passer la main parce qu’il y aura des personnes plus mobilisatrices que moi et c’est normal. Personne n’est indispensable. Il y a cependant quelques critères de base.
C’est un engagement fort et sincère. L’implication doit être totale et on ne peut pas détourner l’opération à des fins personnelles. Ce serait inconcevable et intolérable. Il faudra quelqu’un qui aura une notoriété suffisament forte pour ne pas faire des opérations caritatives pour être mis en avant. Il lui faudra aussi du ventre et que ce soit une vocation. C’est contraignant et exigeant, on fait beaucoup de choses.
Un dernier message pour les Icaunais qui viendront ce soir à votre rencontre ?
Venez nombreux surtout. Faut que ce soit une vrai fête. On fait le déplacement, on vient vous voir. On espère qu’ils nous rendrons la pareille. Et qu’on arrivera à recueillir de nombreux dons pour les enfants qui sont les vrais héros de cette histoire.
GRANDE FÊTE
Dans le cadre de l’Opération Pièces jaunes 2005, une grande fête sur le parking de la gare de Sens ( plan ci-contre) de 17 heures à 23 heures. Concert gratuit à 21 heures. Arrivée du TGV vers 17 h 50.