Récit du combat du Pluton (vaisseau de ligne commandé par le capitaine de vaisseau Cosmao-Kerjulien devenu plus tard contre-amiral) pendant la bataille de Trafalgar:
"Au début de la bataille, l’espagnol Monarca, ayant abandonné la ligne, laissa un vide entre la Santa-Anna et le Fougueux. Le vaisseau anglais le Mars voulut en profiter et forcer le passage sur l’avant du Pluton, commandé par Cosmao. Cosmao ayant deviné cette manoeuvre, la prévint et força de voiles, avança rapidement et obligea le Mars à chercher un autre créneau.
C’est entre le Monarca et l’Achille, séparés par un grand intervalle, que le Mars tenta de renouveler sa tentative. Mais Cosmao avait suivi de l’œil les évolutions du Mars. Le Pluton serra le vent et courut vers le vaisseau anglais, auquel il prêta le côté. Le combat s’engagea, rude et sanglant. Il durait déjà depuis une demi-heure. Le Mars avait éprouvé de grosses avaries, perdu beaucoup de monde, dont son commandant, le capitaine de vaisseau Georges Duff, décapité par un boulet du Pluton. Cosmao songeait à terminer l’affaire par un brusque abordage, quand un vaisseau anglais à trois ponts, le Tonnant, vint à la rescousse et chercha une position favorable pour écraser le Pluton par des volées d’enfilade. Mais Cosmao n’était pas un homme à plier devant un nouvel assaillant. Par une manœuvre habile, Cosmao garda son navire des bordées du trois ponts et réussit à placer le Pluton sous la hanche de cet adversaire, en même temps qu’il opposait au Mars toute l’artillerie de bâbord. Dans cette position avantageuse, il écrasa le Tonnant par de furieuses bordées qui brisèrent son mat d’artimon et son grand mât de hune, démolirent sa voûte et lui tuèrent ou blessèrent deux cents hommes. Le capitaine Tyler, mortellement atteint, céda le commandement, puis le vaisseau s’éloigna.
Débarrassé de cet ennemi, Cosmao dirigea tous ses efforts contre le Mars. Libre de sa manœuvre, il entendait le combattre sous l’allure et dans la position la plus avantageuse aux batteries du Pluton. Pour la seconde fois, il gagna l’avantage du vent, masqua ses voiles, et, se laissant dépasser par le navire anglais, fit porter de deux quarts afin de présenter le travers à la poupe du bâtiment ennemi. A son tour le Mars subit un désastre. Pendant une demi-heure, Cosmao maintint le Mars sous les projectiles de quarante bouches à feu. Enfin, Cosmao, le voyant tout fracassé et rasé de ses trois mâts, n’attend pas qu’il se rende : il l’abandonne, et, parcourant la ligne, reprend son rôle de protecteur. On le voit encore dégager et soutenir plusieurs des vaisseaux les plus exposés de la flotte franco-espagnole.
Bientôt après, le Principe de Asturias fit flotter les signaux de retraite et rentra à Cadix suivi de Cosmao et des débris de la flotte vaincue.
On a dit de Cosmao qu’il fut l’homme du lendemain plutôt que l’homme du jour. Il fût les deux à la fois. Sa conduite pendant la néfaste bataille avait été héroïque, et, comme on vient de le voir, le rôle du Pluton des plus efficaces.Cosmao venait de montrer une fois de plus des qualités de manœuvrier hors de pair. Il avait conduit son vaisseau pendant plusieurs heures au cœur du combat sans éprouver d'avaries majeures et allait donner bientôt de nouvelles preuves de sa valeur."
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2 jours plus tard...
"Le 23 octobre 1805 (le surlendemain de la bataille et non le lendemain comme cela est dit souvent), l'amiral Gravina (grièvement blessé) lui ayant transmis le commandement des navires mouillés à Rota , la flotte anglaise ayant été aperçue à l'horizon, Cosmao résolut d'en profiter.
En une demi-journée, il fit réparer le gréement du Pluton , et, bien que ce vaisseau embarqua trois pieds d'eau à l'heure et fut réduit à quatre cents hommes d'équipage, il emprunta quelques matelots à la frégate l' Hermione et se porta à la rencontre des vaisseaux anglais, avec une division composée de trois vaisseaux français (le Pluton , le Neptune et le Héros ) et deux espagnols (le Rayo et le San Francisco de Asis ), cinq frégates et trois corvettes.
La brise était favorable ; les navires alliés ne tardèrent pas à approcher la flotte britannique, laquelle marchait avec une excessive lenteur. Les vaisseaux anglais, épuisés par la lutte de l'avant-veille, se dérobèrent à un nouveau combat et abandonnèrent leurs captures. C'était ce que Cosmao voulait. Il leur enleva la Santa Anna, montée par l'amiral Alava, et le Neptuno qui furent ramenées à Rota par les frégates françaises. En fait, il n'y eut pas d'engagement par le combat, contrairement à ce que représentent certaines illustrations.
Cosmao, apercevant au loin plus de vingt bâtiments, fit rentrer sa division, dont l'état ne lui permettait pas de risquer un nouveau combat.
De son côté, l'amiral Collingwood, de crainte de nouvelles attaques, et le mauvais temps persistant, décida de couler ou incendier quatre prises : la Santissima Trinidad, l' Argonauta, le San Augustino et l' Intrépide .
En définitive, un seul navire capturé à Trafalgar sera incorporé à la flotte anglaise : l'espagnol San Juan Nepomuceno .
Cette sortie reflétait bien l'état d'esprit des survivants désireux de prendre une revanche et constituait un effort courageux pour sauver ce qui pouvait l'être de ce grand désastre, même si le résultat fut décevant : seul le Santa Anna parvînt au port, le Neptuno et le Rayo firent naufrage au large de Rota. Cosmao Kerjulien avait cependant, encore une fois, bien mérité son surnom de « Va-de-bon-cœur » ainsi que l'estime des Espagnols et cette action reste son plus beau fait d'armes au regard de l'histoire."
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