Ca va rager sec sur le Bounty
CHAPITRE 4
« Oh mon dieu, mon fils !
- ‘Jour maman !
- Oh, ça fait si longtemps !!! Duron, descend vite, ton frère est là !
- Ca n’a pas changé ici…
- Oh yeah frérot ! zarma comment ça fait longtemps qu’on s’est pas croisé t’a vu !
- Oh, du calme Mouloud. Je vous présente Pauline, ma femme…
- Bonjour
- ‘Jour
- Et voici notre fils, Aaron.
- Oh mon petit-fils ! viens dans les bras de Mamie poulet !
- S-y va jsuis tonton !! Tonton Duron mon gars, ça claque !
- Bon…
- Oh qu’il est beau, le même que son père !
- Bon…
- Il a les yeux de sa mère, c’est beau !
- Bon !
- Quoi ?
- Bah la lettre.
- Ah oui la lettre ! Je me disais aussi que tu ne venais pas ici pour prendre le thé.
- Ouais ouais… bon elle est où cette conne de lettre !
- Duron, va me chercher la lettre s’il te plaît
- Mais s-y va ça me plaît pas moi !
- Et ramène la PS2 pour jouer avec Aaron pendant qu’on va discuter entre filles ! »
Le papier a l’air vieux, usé par le long voyage qu’il a effectué pour parvenir jusqu’ici. Les plis nets et précis comme les aimaient mon père, les boucles manuscrites multiples, la sincérité plus que présente…
« Mon fils,
Tout d’abord je te présente mes excuses. Excuse-moi pour toutes ces années d’absence, tout ces temps sans nouvelles. Tu as sûrement cru un moment que j’étais mort, où bien que j’étais parti refaire ma vie avec une prostituée Roumaine, mais je ne vous ai pas abandonnés. Enfin si, on dira plutôt que je ne vous ai pas perdus de vue. Toi tout particulièrement, mon fils. Je t’ai suivi, je t’ai vu partir à l’école, j’ai rit quand tu riais avec tes copains, j’ai pleuré quand tu pleurais que tu n’avais plus de père, j’ai fermé les yeux pour ne pas pleurer à nouveau quand tu es parti pour Atlanta. Mais, sans faire remonter mon petit côté Marc Dutroux, je t’ai suivi, encore. J’ai ainsi découvert tes qualités d’homme, de meneurs d’homme, j’ai vu à quel point tu aimais le foot, à quel point tu lui donnais toute ton énergie. J’étais là, présent, lors de tous les matchs que tu dirigeais. Outre le talent de tes joueurs, tu as su leur donner une autre dimension, cultiver leur mental et faire respecter pour en faire de vrais jeunes battants et vainqueurs.
Je vais t’informer tout d’abord : Je ne suis pas parti pour ne plus vous revoir, pour ne plus apercevoir le monotone paysage que m’offrait le Bronx, mais pour sauver ma peau, et, avec elle, la votre. Tu n’étais pas encore né lorsque j’ai volé de l’argent, beaucoup d’argent à des hommes influents de la ville. J’ai longtemps réussi à me cacher, je pensais avoir réussi à refaire ma vie, avec ta mère, toi et ton frère, mais la veille de ton anniversaire, ils m’ont retrouvé. Je les ai vus à la sortie de mon bureau, et ils m’ont indiqué le 26 janvier comme date limite pour le remboursement… Je suis donc parti, toujours recherché activement et bien sûr sous la menace d’une mort certaine.
J’arrive vite au principal, ma feuille n’ayant pas des lignes illimitées. Il y a 2 mois, et alors que ma passion pour le foot me reprenait, toujours aussi vive. En vacances prolongées au Portugal, j’ai craqué sur un club de l’île de Madère. J’ai nommé le Maritimo Futebol Clube. J’en suis d’abord tombé amoureux, amoureux de son stade de 10 000 places seulement, mais où il règne une ambiance tout bonnement exceptionnelle, dans laquelle je me suis fondu, pour devenir amoureux des habitants de cette petite île qui trône sur l’Atlantique, au large du Portugal. Mais au-delà de mon simple statut de supporter, j’ai décidé de racheter le club. Un riche Américain aux commandes d’un club moyen de Première Division Portugaise, ça ne se refuse pas pour le smicard président alors en place et pour les supporters qui attendent un titre depuis plus de 20 ans…
C’est ruiné, fatigué par la chaleur qui stagne sur Madère, que je te propose de devenir le nouveau coach du club. »
Ah ok, genre il s’est excusé pendant 3 heures pour me sortir qu’il faut que j’aille m’enterrer au fin fond de l’Océan pour faire partie de son club en papier mâché…
« Je t’invite, non seulement à toi, mais aussi à ton frère… »
Quoi ? Tout seul okay, mais je vais pas me traîner cet attardé avec moi merde !
« Tout les deux, sur le banc d’une même équipe, rien de mieux pour retrouver vos racines, reformons une famille, toi, ton fils, ta femme, Duron et ta mère, que j’aime tant. Rejoignez-moi au Portugal, on fondera une famille, on vivra d’amour et d’eau fraîche… »
Ah ok, et de morues non ?
« Si tu n’es toujours pas convaincu, songe un peu au bonheur de toute ta famille, qui est actuellement entre tes mains, ta carrière d’entraîneur qui vient peut-être de débuter par ce courrier, pense à ta future vie, notre future vie, loin des tensions des grandes villes, pense à ton fils qui ne connaît pas son grand-père, pense juste un instant… Tu deviendras celui qui dirige, qui choisis, tu seras le chef des troupes, tu sera le motivateur, celui par qui le déclic psychologique viendra, celui qui se fera respecté dans les vestiaires plus qu’un Jean-Paul II à la messe du dimanche, celui qui encouragera, qui sourira après les belles victoires, celui qui fera comprendre à tes joueurs que la défaite est interdite… »
Cool alors, après la Kronenbourg, une bonne bouteille de Porto gravée dans le mur des vestiaires, ça peut le faire…
Sur ce good night 