CHAPITRE 7.
« T.J. ? T.J. ? T.J. !!!!
- Hmmm… quoi ?
- Tu crois pas que tes joueurs t’attendent ?
- Je dois les rejoindre à 14h, c’est bon !
- Il est 13h30. »
Putain quelle nuit ! Ma première nuit sur le sol Madérien, dans notre nouvelle maison, dans notre nouvelle chambre…
Le crâne à peine lisse, la barbe de Saddam, des croûtes jaunes encore dans les yeux et à peine un Yaourt Top Budget Maçon dans l’estomac, j’arrive au centre d’entraînement du club. Aujourd’hui c’est le jour de la reprise, après quelques semaines de vacances tous les joueurs reprennent l’entraînement. Ils s’attendent peut-être à un travail physique ou des jeux de ballons. Genre je vais passer 2h à voir des unijambistes jouer à la balle sous ce caniar. Non moi je vais juste faire connaissance avec tous mes futurs fils.
J’apparais au loin, au bout du long chemin qui mène au parking du complexe. Première remarque, soit il y a eu malversations pendant 6 mois, soit la Mondeo et le Kangoo sont les 2 voitures phares de l’île. Ca change du 4x4 de Lucien Aubey et de la Porsche de Daniel Moreira…
Alors qu’une esquisse de Ferrari se dresse sur ma droite, mon père sort d’un chemin annexe et m’arrête, accompagné de mon frère, déjà armé des vêtements locaux : jogging transparent, marcel vert et rouge déjà imprégnés de sueur et claquettes de touristes sur lesquelles on retrouvait les grains de sable marin qui s’égouttaient de ses orteils…
« Bonjour fils, je presse j’ai un rendez-vous, je t’ai amené ton frère. Vous devez entraîner cette équipe à deux, ne l’oublie pas, et la présentation officielle des coachs est un moment important dans la saison
- Bah ouais TJ, tu veux diriger tout seul ou quoi ?
- Pas forcement tout seul, mais sans toi pourquoi pas…
- Alala ces jeunes qui se charrient tout le temps…
- Si t’avais été présent pour nous élever on n’en serait pas à ce niveau…
- TU n’en serais pas à ce niveau d’autisme déclaré Duron…
- Bon allez je fie, A plus les enfants…
- Tchouwww »
J’arrive enfin sur le terrain. Les joueurs m’attendent dans les vestiaires, alors que Duron traîne derrière, la bave aux lèvres devant la Ferrari. Ca me laisse le temps d’admirer le paysage moi. Le gazon fraîchement arrosé est, malgré la chaleur difficilement supportable, parfaitement vert et entièrement en herbe, la chaîne rocheuse des Picos, dont certains monts étaient encore enneigés, surplombant tout le complexe, créant ainsi une atmosphère naturellement fraîche et magnifique. Duron arrive enfin, la salive dégoulinante sur le menton.
Nous rentrons dans les vestiaires. Le bruit horrible de la porte manquant d’huile me donnait envie de faire demi-tour. Trop tard, la lumière s’allume, tous les joueurs lèvent la tête, et lancent d’une seule et même voix :
« Bonjour Coach ! »
L’accueil faisait plaisir. Une ambiance chaleureuse se créa vite autour de Duron et moi, désormais tous les 2 au milieu de la pièce. D’abord impressionné et ne sachant que dire, je débutais enfin la conversation :
« Salut à tous les mecs! Je nous présente quand même, TJ et Duron Evans, fils de votre président et vos nouveaux coachs pour cette saison. Appelez-moi comme vous voulez, j’en ai rien à branle, je veux juste que vous tous me tutoyiez.
- Pareil
- Ta gueule Duron putain !
- Ok, ça va…
- Nous sommes une famille, une grande famille au sein de ce club et nous nous devons d’êtres des amis, des collègues, plus que des adversaires, des concurrents ou des membres plus ou moins importants dans cette équipe.
C’est le début de la saison, il fait chaud, vous rentrez juste de vos vacances. Aujourd’hui, pas de ballon, pas de physique, pas de football tout court. Nous dédierons cette première journée à la découverte des règles et des objectifs qui seront les notre cette année…
Je ne vous connais pas, vous non plus, et pourtant j’ai envie qu’ensemble on arrive à de grandes choses, belles et exceptionnelles. Peut-être que parmi vous personne ne sait jouer au ballon, mais je suis et resterai persuadé de votre talent et j’aurai à jamais confiance en vous tous. J’ai envie qu’on accroche l’Europe, que ce club, cette île toute entière se redécouvre une passion pour les grands matchs, les instants magiques et uniques, que seul le football peut proposer. Aujourd’hui c’est le début d’une aventure, qui, je l’espère, deviendra votre plus beau souvenir de footballeur. Voilà, objectif Europe, c'est-à-dire la 5e place en championnat au minimum, ou une des deux coupes nationales.
Je voudrais vous faire part d’une règle d’or dans ma philosophie de jeu et dans ma gestion d’une équipe. Aucun, je dis bien aucun, joueur ne sera indiscutable. Il peut être payer des millions et des millions, être le chouchou des supporters j’en ai rien à foutre et ça me dérangera pas de le laisser sur le banc. La seule vérité, c’est celle du terrain. Un mec qui se donne à fond aux entraînements, qui est performant en match, sera titulaire. Un mec, même aussi bon que Zidane ou Ronaldo, qui branle rien 7j/7 et qui se permet de choisir ces matchs, c’est le banc. Un mauvais match, c’est le banc. De mauvais entraînements, le banc. Je veux pas de starlettes dans mon équipe, ici vous êtes tous égaux, vieux, jeunes, expérimentés ou non, si vous voulez vous la péter et venir aux entraînements juste pour frimer, mettez-vous à la Tecktonik. Vous partez tous, aujourd’hui, avec une confiance maximale de ma part. A vous de ne pas la faire baisser.
Demain matin, vous allez débuter la préparation physique avec mon frère, qui vous entraînera souvent dans la saison, voire tout le temps. Je n’ai pas besoin d’un tour de tables… bancs, pour vous connaître. Vous allez vous entraîner dans des oppositions aujourd’hui, et mon frère me fera un compte-rendu de cet entraînement et me signalera les meilleurs d’entre vous, puis je m’en irais en voyage à travers le Monde pour vous trouver de nouveaux coéquipiers, de façon à ce que tout les postes soient doublés voire triplés.
- Mais, coach, ça veut dire qu’on a juste un entraînement pour faire nos preuves…
- T’a jamais mâté la Nouvelle Star ou quoi ?
Sur le moment, j’ai pas réalisé…
- Mais tu parles Français toi ?!
- Bah oui.
- Mais tu es…
- Gregory Arnolin, 26 ans, défenseur central formé au Stade Rennais FC…
- Mais tu as…
- Une tête d’Africain, je sais, je suis né en région Parisienne… Et puis ici on est plus près du Maroc que de l’Europe, donc bon je passe inaperçu.
Bon on va pas s’éterniser. A mon retour, prévenez vos morr… femmes que nous irons faire un stage d’avant saison en Espagne, à Madrid plus précisément, avec 4 matchs amicaux dont un prévu à Santiago Bernabeu face au grand Real… A plus. »
Le discours a fait son effet. Un silence apaisant et agréable, une sensation d’être le centre du Monde qui ne m’est pas venue depuis un bout de temps, depuis 15 ans peut-être et mes premiers pas dans le coaching, Des applaudissements chaleureux et des regards d’enfants à qui on annonce un voyage scolaire de 20h de bus, les yeux remplis d’étoiles, que je laissé en refermant la porte derrière nous.
« Bon allez frérot, tu m’appelles ce soir ok ? »
Je poste à cette heure-ci vu que je ne suis pas présent ce soir
A demaing 