CHAPITRE 6.
Pas le temps de rager sur les « supporters » de l’île que nous voici déjà sur le sol Madérien. Bizarrement, je n’ai que peu appréhendé les retrouvailles avec mon père. Jusqu’à ce que je le voie en fait. Sa silhouette grande et épaisse avance, plus elle progresse, plus les suffocations se font vives. J’angoisse, je ne me suis pas préparé, qu’est-ce que je vais lui dire ?...
« Ah mes enfants !
- Salut P’pa !
Pas con j’y avais pas pensé au dialogue intense MSN « Slt ça va quoi de neuf ? » Messenger…
Duron se rue sur notre père pour l’embrasser. Je fais de même, histoire de ne pas paraître trop con à regarder ce guignol pleurer sur l’épaule de mon père.
- Et ma petite femme alors !
Embrassade là aussi, plus soutenue, moins effusive, mais on sentait cette force, cet amour qui, malgré quelques discours de rageuse, n’avait jamais disparu des deux côtés. C’est pour tout ces moments émouvants et intenses que je veux remonter, je ne veux pas mourir, je veux juste revivre…
- Et alors T.J., tu fais pas les présentations ?
- Tu prends le train ?… Voici Pauline ma femme que j’ai rencontré à Atlanta, et voici notre enfant, Aaron, 6 ans.
- Enchanté de faire votre connaissance, j’espère que vous veillez bien sur mon fils car vous savez, il est très bordelique…
- Oui je veille sur lui, heureusement d’ailleurs…
Et voilà comment, par une simple phrase à 2 dollars ta femme se lie d’amitié avec tes parents via mes défauts. Je compatis avec ceux qui ont déjà connu les dîners de famille et qui subissent l’acharnement de ses parents et, espérant une défense de sa propre femme, se fait enfoncer encore plus…
- Et ce petit bout de choux… c’est mon petit-fils ?
- Bah y’a des chances, à moins que je ne l’aie ramassé dans la soute avec les bagages…
- Je suis grand-père, mon dieu quelle surprise alors !
- C’est pas comme si Duron avait un gosse aussi, abuse pas.
- Et bien ça fait toute une petite famille qui débarque ici. Evans fever !
- Evans forever ! … »
Le Land Rover familial nous conduisit jusqu’à notre future demeure, ou plutôt NOS futures demeures. Papa et Maman dans une villa avec jardin et arbres fruitiers, exposés Sud pour se dorer la pilule, Duron dans une maison seul en attendant sa future conquête, car force est de constater que ce tocard fini, tout en dépensant la 30aine, est devenu un vrai beau gosse, un mix entre Chris Brown et LeBron James, le tout avec le cerveau de notre cher président des Etats-Unis…, et enfin Pauline, Aaron et moi, dans notre sublime villa, piscine, jacuzzi, mini terrain de football qui côtoyait gentiment un petit point d’eau où traînaient poissons et canards. Bien sûr, Duron sera très proche de nous, en tant que mon adjoint. J’oubliais un moment que j’étais là pour le football, enfin bon…
Tout le long du voyage, ma place privilégiée à côté du chauffeur, appelée aussi « place du mort » me permettait d’observer le paysage. J’avais beau rager sur le fait d’aller se perdre ici, mes yeux n’en seront pas déçus. Maisons de rêve, soleil brillant qui surplombait l’Océan Atlantique, nous offrant des reflets dignes de cartes postales. Les nombreuses maisons, presque empilées les unes sur les autres, donnaient une impression de… c’est magnifique quoi merde !
Nous passons devant le centre d’entraînement ultramoderne du club, puis devant le stade. Le Estadio dos Barreiros. Avec seulement 10 000 places, je m’attendais à une réplique de l’enceinte de l’AC Ajaccio…. C’était carrément le stade de Toulouse Fontaines. Un stade où, seulement à la vue, on sent que le football n’est pas le sport premier sur l’île. Il paraît que le Nacional, l’autre club de l’île et évidemment notre plus grand rival, en a un mieux. Enfin bon, pas le temps de m’extasier sur le manque de moyens donnés au football par ici, faut s’installer peinard dans notre Villa. Et puis après j’ai un rendez-vous au plus haut de l’échelle du club avec mon père, lequel a eu besoin de me convoquer dans son bureau au Stade alors que nous habitons à 1 Km l’un de l’autre…
La villa est meublée, tapissée, décorée, on débarque dans une chambre d’hôtel, la pute en moins…
Pauline qui inspecte les meubles, rageant telle Francis « c’était mieux avant » Cabrel sur l’absence d’un Ikea à proximité tout en vidant ses 3 valises remplies à ras bord, et Aaron qui donne du pain aux canards, je peux me sauver peinard.
Arrivé dans le stade, mes premières impressions se confirment. Cette enceinte est superbe, par sa vieillesse peut-être, par ses tribunes restreintes mais qui auront au moins le mérite de rajouter de la chaleur entre les gens, comme si on en manquait sur l’île, certainement.
Papa prit son air sérieux une minute. Puis relâcha les sourcils, trop occupé à découvrir l’homme que j’étais devenu. Lui n’avait pas changé, hormis quelques rides et des lunettes en plus.
J’avais 800 000 Euros pour les transferts. Peu certes, mais largement suffisant avec un peu de jugeotte et de charisme.
Tout se passe bien, le football communie avec les discussions genre « Tu a bien grandi mon fils » jusqu’à ce que le programme de préparation de l’Eté soit abordé.
« Ecoute mon fils, tu sais bien que, toi comme moi, nous sommes recherchés par les services secrets US.
- Oui ça je sais…
- Tu peux donc deviner que nous devons rester le plus discret possible…
- C'est-à-dire ?
- C'est-à-dire éviter un maximum de sortir du Portugal…
- Euh… et pour mes matchs amicaux ?
- Tu sais il y a plein d’équipes sur l’île…
- Ah non attend ! Moi j’ai dit l’Espagne, Madrid, la paella, les couilles de taureaux et les petits culs bronzés, ce sera l’Espagne !
- T.J., et si on se fait repérer ? Jouer le Real Madrid ça passe pas inaperçu…
- Bon. Tout d’abord, si tu voulais absolument passer inaperçu, tu serais parti aux Bahamas avec tout ton fric, au lieu de ça tu l’a claqué dans ce club. Ensuite tu m’as embauché ici, moi et mon frère, pour mener cette équipe au sommet. Tu crois pas que 2 coachs Américains dans le 6e championnat Européen c’est pas déjà risqué ?
- Oui mais…
- Mais tu aimes le foot. Tu te fiche bien de rester caché, et, comme moi, tu aimes le foot plus que tout. C’est pour cela que, même menacé par des flingues et des couteaux tu as choisi de rester dans le foot. Tu ne veux pas qu’on sorte de ce pays ? Alors pourquoi nous avoir appelé ? Pour qu’on finisse 9e de ton championnat en bois et stagner pour ne pas découvrir une compétition Européenne ? Ou alors tu as peut-être organisé une Ligue des Champions uniquement sur l’île ?
- T.J., mon fils…
- Dehors je suis ton fils, ici je suis un coach, et mon frère est mon adjoint. Je suis venu ici par ambition et pour entraîner une équipe, plus que pour te voir. Je n’ai même pas pensé à ma famille, la seule qui m’importe aujourd’hui, c’est de débuter ma carrière d’entraîneur professionnel dans un club qui me permettra de me faire remarquer.
- Je ne compte donc pas pour toi…
- Tu es parti Papa, tu nous as manqués, à moi mais surtout à Duron. Il lui a manqué un père dans des moments importants de sa vie, et ça, malgré mes efforts, on n’a pas pu le faire à ta place.
- Je suis désolé T.J., vraiment, pour toi, ta mère et ton frère.
- Ce n’est pas grave, on sait très bien que c’est pour nous protéger. Pour en revenir à cet été, quoi que tu veuilles, j’irai avec mes joueurs à Madrid et on jouera à Santiago Bernabeu.
- Et si on se faire repérer ? Tu me laisseras mourir ?
- On fera front, avec toi, notre famille sera unie, et personne ne te touchera, nous te défendrons, nous, ta famille, ton club, tes supporters, les habitants de cette ville…
- Par ce que tu crois que ces centaines de pêcheurs vont me défendre contre des mecs armés engagés pour tuer des « cibles » ?
- Tu ne devais pas être plus doué qu’eux quand tu leur as volé 3 Millions… »
Nous irons donc à Madrid, jouer à Santiago Bernabeu, bouffer de la paella, voir des corridas et peloter les 48 nièces fraîches et bronzées du Roi Juan Carlos…