Bon, ben je viens cordialement de finir Les Bienveillantes, de Jonathan Littel
Quel livre dantesque, mes aïeux, à réserver hélas pour les bons lecteurs, car c'est 1400 pages en poches, pour 6 chapitres (dont un de 500 pages)
Ça raconte les péripéties d'un officier SS, Maximilian Aue qui, durant sa carrière, sera confronté à un certain nombre d'événements fondamentaux du régime nazi : La Shoah par Balle, Stalingrad, l'évasion d'Auschwitz, la chute de Berlin. C'est extrêmement bien écrit. A vrai dire, j'ai eût le sentiment de ressentir ce que devaient ressentir les contemporains de Hugo, Gide, Zola ou Stendhal quand ils découvraient leurs œuvres. Le sentiment de lire quelque chose de grand, qui laissera des traces.
C'est une œuvre à la fois réaliste, extrêmement documentée, mais aussi le contraire ; le personnage est affublée d'un certain nombre de tares qui font de lui un personnage très complexe, au regard nécessairement unique sur le régime nazi. On apprend très vite qu'il est homosexuel, ce qui est un peu ballot quand on est dans la SS.
Le livre est également très cru, va assez loin dans l'horreur et dans la perversion. Quelques passages sont tout bonnement mythique : par exemple le moment où il raconte comment il est entré dans la SS, "le cul encore plein de sperme". Ou encore le moment où il raconte comment il se fiste avec une mortadelle qu'il fait ensuite bouffer à sa mère et son conjoint
C'est un livre à lire, long mais ça vaut le coup. Pour une fois, le Goncourt n'est pas galvaudé. C'est un américain qui nous apprend comment écrire de façon moderne, et ce en français (oui, le roman est bien écrit en langue française). Tremblez, auteurs anglo-saxons ; si les notes s'inspirent de Littel, notre littérature pourra de nouveau rivaliser avec la vôtre 