Situation de guerre civile. Des morts chaque jour, les mercenaires et l’armée s’affrontent pour le contrôle de différentes zones. Des massacres à répétitions, des hécatombes à n’en plus finir… Ce monde est pourri jusqu’à la racine et l’humain y contribue de part sa nature sauvage et sanguinaire. Le monde entier est en conflit total, des crises à n’en plus finir causant un ras-le-bol qui s’est installé dans la société, et tout a fini par exploser.
Scandinavie. 2011. Un petit village situé dans un fjord surplombe une Mer du Nord calme en cette journée, qui se révélera plus tard être affreuse. Une fille, aux cheveux blonds magnifiques se penche pour prendre le piège à poissons, sur le ponton qu’elle a loué afin de faire vivre sa famille. Elle rentre chez elle, contente de pouvoir enfin se reposer… Le ciel est sans nuages et une chaleur agréable flotte dans l’air. Belle journée qui s’annonce, mauvaise journée qui s’annonce.
Alfgard, de son nom, parcourt le chemin qui la ramènera chez elle. Son panier à poissons dans une main, des fleurs ramassées en cours de route dans l’autre, elle sourit. Son mariage est pour bientôt, elle est amoureuse. Le chemin est parsemé de petits graviers qui roulent sous ses bottines de marche, futur roulement de tambour, musique sinistre, orchestre de la mort, le silence.
Lorsqu’elle arrive enfin devant la maison familiale, elle entend plus de bruits que d’habitude. Elle rentre et découvre alors qu’il y a des invités, dont elle n’avait eu aucune information le matin avant de partir. Elle les salue brièvement, regarde sa famille, qui ne dit mot, et part ranger sa pêche de l’après-midi. En revenant dans le salon, Alfgard voit les « invités » qui sont armés, et qui la menacent. Elle n’avait pas vu que toute sa famille était dans un coin du salon, trop pressée qu’elle était de retrouver son amoureux. Qui lui, n’était pas présent, pas maintenant, juste bien après. L’un des mercenaires se lève, et s’approche d’elle. Il lui murmure à l’oreille :
« Tue ta famille, maintenant. Ou nous te tuons.
-Que… »
Elle ne savait que répondre à cela, la demande avait été si soudaine… Elle n’y croyait pas. L’homme la frappa, et elle s’écroula par terre, la bouche en sang.
« Alors, tu vas le faire ?
-Comment voulez-vous que je puisse le faire ?
-Si tu ne le fais pas, tout le monde mourra. À toi de décider… »
Alfgard était totalement désorientée… Que faire dans cette situation ? Choisir l’égoïsme ? Elle ne pourrait jamais… Mais tout le monde va mourir si elle ne fait rien. Elle veut rester en vie. Pour cela, il lui faut tuer sa famille… Elle commençait à avoir mal à la tête, le coup reçu et les idées arrivant en masse, lui faisaient avoir une migraine douloureuse.
« Je… Je vais le faire.
-Voilà qui est raisonnable… »
Il lui tendit une arme, pour qu’elle s’exécute. Elle tenta ce qu’elle n’aurait jamais dû faire, se rebeller. Les bandits s’y attendaient, et les coups de feu fusèrent de toute part. Alfgard tirait n’importe comment, ne sachant se servir d’une arme. Et puis, rien. Trou noir total.
Odeur de sang dans la bouche, corps collé au sol par ce liquide quasiment sec. Que s’est-il passé, combien de temps est passé ? Un œil ouvert, puis deux, et le rouge… Une couleur rouge omniprésente. Un rouge foncé, presque noir. Le rouge sanguin. À côté, des corps, déchirés par les balles, éventrés. Des yeux morts fixant l’infini d’une hypothétique autre vie… Les bouches ouvertes, relâchant l’âme des défunts. Une scène abominable. La maison détruite en partie par les flammes, les pans de murs effondrés, les meubles explosés, éparpillés, renversés. La Mort est passée ici, elle a tout pris. Sauf une âme, qui sera bientôt partiellement détruite… Brisée, voire en miettes.
Cette Âme en peine erra pendant longtemps sur les chemins, se nourrissant de ce qu’elle avait trouvé au gré de ses allées et venues vers l’inconnu. Elle est à la recherche de vengeance. Une vengeance pourrie qui la détruira encore plus… Joyeuse et pleine de vie autrefois, elle est maintenant froide et emplie de rage. Une rage incontrôlable qui la fera voyager à travers plusieurs régions de son pays. À la recherche de ceux qui ont tué sa famille, de ceux qui l’ont tuée elle. Plus tard, elle découvrira la vérité. C’est elle qui a perpétré ce massacre, cette abomination, cet irrespect. Comment a-t-elle pu le faire ? Elle les aimait tant… Et elle se mit à rire. Un rire nerveux, dénoué de sentiments, un rire cruel, sadique. Il n’y avait jamais eu de soldats, c’est elle qui avait imaginé ça. Une hallucination. Ce n’était que ça…
Les genoux au sol, elle continuait à rire, elle ne pouvait pas pleurer. Elle ne le pouvait plus, ses larmes étaient devenues rires. Sa gaieté était devenue froideur. Elle voulait y mettre fin, c’était simple, il suffisait de sauter d’un endroit assez haut… Mais elle ne pouvait pas. Elle avait commis l’une des pires atrocités qu’il était possible de commettre dans ce monde, et elle était incapable de le faire. Il le fallait pourtant. Elle n’avait d’autre choix que de forcer la Mort à venir.
Et elle le fit un soir d’automne, dans un bois aux feuilles dorées par leur mort prochaine, avant leur renouveau, six mois plus tard. Ce ne sera pas son cas. Elle s’enfonça dans le doux linceul noir qui l’appelait. Et elle ferma les yeux pour une dernière fois, lavée de ses pêchés, avec une présence à ses côtés, vêtue d’un long et blanc manteau, faisant tomber un anneau. Un anneau d’or. Une alliance. La Princesse s’endort, protégée par les elfes, Alfgard…
Pouvez-vous me donner votre avis sur mon texte ?
Certains l'ont déjà vu la semaine dernière, mais j'ai apporté quelques améliorations. 