3 mois après le 5 ( tout pile, même po fait exprès
) , voici le . .. chapitre 6
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Bienvenue au quatrième
L´extérieur de l´édifice était grand, son intérieur était beau. Et beau semble à vrai dire un bien faible mot : çà et là, dans le grand hall carrelé de marbre et ceinturé de hauts murs pâles, de nombreux ornements rivalisaient de splendeur et captivaient le regard de quiconque franchissait le seuil du Septentrion. Une magnifique fontaine blanchâtre dominait la pièce en son centre, propageant le doux bruit de l´eau mouvante. Les murs étaient parés de superbes fresques à connotation guerrière, à l´image de cette représentation d´un Lancier Vangaa s´apprêtant à botter au loin, tel un vulgaire ballon, son adversaire vaincu, un Mog en l´occurrence. La foule qui emplissait la pièce voilà une heure s´était, comme au dehors, peu à peu dissipée et il régnait maintenant un calme envoûtant, troublé seulement par les discussions enjouées des quelques badauds qui subsistaient.
Sous la haute arcade de pierre qui enjolivait l´entrée, une silhouette de petite taille se dessina sur le ciel sombre, suivie d´une autre, plus grande et agitée.
Waaaaaah ! C´est trop classe ici ! J´adore ! s´exclama cette dernière.
Ah, Fletch, tu es un grand gosse..., fit l´autre d´un air supérieur, essayant vainement de dissimuler son enthousiasme naïf.
Regarde là-bas, dit Fletch en ignorant la remarque, on dirait un plan.
Sur le mur gauche, en effet, se trouvait un grand schéma de l´Université, ou du moins de son bâtiment Nord.
Apparemment, nous nous trouvons dans le Grand Hall..., constata le Mog.
Tu m´étonnes ! Je pensais que c´étaient les cuisines ! ricana bêtement l´Humain.
Ignorant la plaisanterie, Coubo continua à étudier le plan avec curiosité.
L´accès aux étages se faisait par les deux escaliers latéraux du Hall, lesquels étaient recouverts d´une moquette pourpre et munis de rampes d´or. Les deux ascenseurs, situés au fond du Hall, étaient réservés aux professeurs; privilège justifié, non sans humour, sur le plan par le fait que ceux-ci n´avaient plus rien à prouver concernant leur condition physique. Coubo se permit d´en douter en se remémorant l´embonpoint manifeste des quelques enseignants Nu Mou qu´il avait aperçus. Il prit encore le temps d´apprendre que le bâtiment disposait, en plus des salles dites " fonctionnelles" comme les cuisines ou le Réfectoire, de trois cents chambres, trente salles de classe, dix salles d´entraînement et une piscine, autant de nombres qui faisaient la fierté de l´Université et l´émerveillement du Mog.
Un gargouillis sonore le tira de ses lectures. Fletch s´impatientait, et la douce mélodie qui venait de s´échapper de son intestin n´était qu´une manifestation de la faim qui le tenaillait.
J´ai la dalle ! résuma-t-il.
Montons d´abord déposer nos bagages, répondit Coubo.
Ils se précipitèrent aussitôt dans les escaliers et montèrent les marches quatre à quatre, exercice laborieux pour le pauvre Mog qui manqua à deux reprises de s´étaler lamentablement. Une fois parvenus au quatrième étage, ils passèrent plusieurs minutes à chercher cette fameuse chambre 138, dans laquelle ils s´apprêtaient à demeurer au moins un an. Enfin ils la trouvèrent.
L´ouverture de la porte fut solennelle. Ou du moins elle l´eût été si la chambre avait été toujours vide, mais il n´en était rien. Un Vangaa s´y trouvait en effet, en compagnie d´un
Nu Mou avec lequel il semblait discuter. Ils cessèrent. Le Vangaa, qui devait mesurer dans les deux mètres quarante, se leva et s´approcha de Coubo, entré le premier, puis fit un brusque mouvement de main dans sa direction. Le Mog fit un bond de trois mètres en arrière et renversa Fletch qui le suivait, ce dernier tombant à la renverse dans le couloir.
Euh...Salut ! fit le Vangaa.
Coubo se releva et tendit une main tremblante vers le mastodonte qui lui faisait face. Ce dernier la lui serra - " broya" conviendrait en fait mieux - en guise de salutation avant de se présenter :
Je m´appelle Tapdur, et ça c´est Albert, fit-il en désignant le Nu Mou qui se tenait derrière lui, masqué par son imposante carrure.
Enchanté ! répondit Fletch, qui venait de se relever. Moi c´est Fletch, et l´avort...le Mog, là, c´est Coubo.
Bon, ben, entrez, les gars ! dit Tapdur dans un sourire amical, avant d´adresser joyeusement à Coubo une tape dans le dos, non moins amicale mais nettement plus douloureuse.
La porte se referma sur les quatre nouveaux cohabitants.
La chambre était spacieuse, davantage en tout cas que ce à quoi s´attendaient les deux nouveaux arrivants. Après être entré dans la pièce, le visiteur remarquait immédiatement sur la gauche une porte d´un blanc immaculé menant, aux dires de Tapdur – qui s´était, non sans joie, improvisé guide – à la salle de bain. En avançant encore de quelques pas, on débouchait dans une grande pièce aux murs pâles. A gauche, cinq petits lits semblables, disposés parallèlement avec un soin impressionnant; au centre, une table de bois munie de cinq chaises; à droite enfin, cinq splendides armoires, du même bois visiblement que la table, faisant face aux lits. Une agréable sensation de propreté et de neuf régnait en cet endroit, Coubo en fut touché.
Et hop ! dit Tapdur en se jetant sur l´un des lits, qui émit un crissement épouvantable.
Dans ce mouvement, le Vangaa heurta violemment la petite table juxtaposée au lit, laquelle se renversa et, avec elle, la pile d´une douzaine de livres qui s´y trouvait posée.
Eh bien, voilà notre fée du logis..., se dit Coubo amusé, qui comprit que la plaisante impression d´ordre soigné qu´il venait de ressentir risquait de n´être qu´éphémère.
Mais fais donc attention ! dit Albert en se précipitant sur les livres étalés par terre de façon chaotique. Il les ramassa avec un empressement irrité et les déposa soigneusement sur la table centrale.
Curieux comme à son habitude, Coubo demanda au Nu Mou de quels ouvrages il s´agissait; celui-ci lui parla vaguement de livres de chevet.
- Je peux jeter un coup d´oeil ? demanda le Mog.
Albert accepta, retrouvant peu à peu sa bonne humeur.
Voyons cela, dit Coubo en commençant à examiner les titres, alors... " Magie Noire", " Sortilèges de Magie Noire", " La Magie Noire en dix leçons"... Mmm, serions-nous en présence d´un futur Mage Noir ? demanda-t-il au Nu Mou, qui lui sourit en guise d´acquiescement.
Un ouvrage, nettement plus volumineux que les autres, retint alors son attention :
" Philosophie nihilo-platonicienne d´Alphonse Fon Der Schtroumpfzenbërg" ? !! s´écria-t-il.
J´ai pris " Sage" en option, répondit Albert en riant.
Eh bien, je te souhaite du courage ! dit le Mog, encore sous le choc.
Brusquement ils sursautèrent. Trois coups venaient de retentir à la porte. Fletch mit – chose rare – ses neurones en action, et, après dix longues secondes d´intense réflexion, déduit qu´il ne manquait plus, dans la chambrée, que la Viéra. A cette pensée il se leva d´un bond et accourut à la porte, qu´il ouvrit avec enthousiasme.
Il fut sidéré.