L´oiseau planait haut dans le ciel, les ailes écartées, à la recherche d´une proie facile à traquer. Son ombre fugitive passa sur mon visage tandis que je le regardais.
Je me tenais au milieu de l´Orglas, le fleuve qui marquait la frontière entre les terres du Sélénos, et celles du Royaume d´Ivalice. Mettant mes mains en coupe, je pris une gorgée d´eau fraîche afin de détendre tous mes muscles. Après deux jours à marcher sous un soleil de plomb, cela me fit un bien fou.
Loin vers l´Est, les plaintes des Shoopufs se firent plus présentes. Bientôt, mon père et l´oncle Zfork irait chasser ces animaux pour leurs peaux et leur viande, mais sans moi. J´ai trop à faire cette fois-ci.
Tout en me passant une main mouillée sur la nuque, je me relevais, portant le regard toujours plus loin vers le Sud. Encore deux, peut-être trois jours, et la FIU serait enfin en vue. Je fis quelques pas en avant et j´atteignis la rive opposée. Un soupçon de mélancolie me titilla, j´étais sur des terres à présent complétement étrangères.
- " Ben, si on les connais pas, on va les explorer, ces terres, hey con ! "
Je me lançais cette remarque à moi-même, et l´envie de faire demi-tour disparut. Je me remis à marcher, décidé vaille que vaille à voir les lumières de l´université au plus tard demain soir.
Je passais alors sur une voie bordée de hauts arbres, sûrement les sous-bois de la forêt de Korinwood...dont le nom viens d´une affligeante méprise. Mon père m´avait raconté ceci, amusé, lors de son retour d´une mission dans cette forêt. Lorsque les premiers explorateurs humains firent de leur mieux pour combler les blancs sur les cartes, une fois en territoire inconnu, il suffisait de tomber sur le premier indigène du coin, et de lui demander à haute voix comment s´appelle cet endroit. C´est ainsi que lorsque les découvreurs tombèrent nez à nez avec les premières Vieira qu´ils croisèrent, la barrière des langues permit à de curieux lieux-dits de voir le jour, ne serait-ce qu´avec Korinwood, littéralement " Il est con, il reconnait pas une forêt"...
Avec cette histoire en tête, je m´enfoncais toujours plus profondément dans les bois, le soleil disparaissant dérrière les frondaisons des cimes sylvestres.
Je ne sortirais pas de cette forêt avant demain matin.
La nuit faillit me prendre de cours. La pénombre dans laquelle je me plongeais en avançant dans la forêt ne m´indiqua pas que le crépuscule était déjà présent. Seul le froid un peu plus mordant de la nuit, ainsi que la présence d´Aigrettes à col-rouge, ces oiseaux arboricoles nocturnes me mirent la puce à l´oreille.
Par chance, je découvris alors une petite clairière sur ma droite, les arbres environnants formaient une sorte de dôme, idéal comme protection si la pluie venait s´ajouter au rendez-vous. En me rendant au centre de la clairière, je vis qu´un reste de feu de camp trônait parmi les branches cassées. Le précédent voyageur pouvait aussi bien être passé il y trois jours, comme il y a cinq ans. Je fis de mon mieux pour les flammes s´élèvent à nouveau...voilà qui réchauffa un peu l´atmosphére.
Entamant une cinquième ration, je notais dans un recoin de ma tête de faire quelques provisions. Dans cette forêt, la chasse serait facile, peut-être même plus qu´à la maison.
Sortant ma couverture du sac, je m´allongeais près du feu. Ne dormant que d´un oeil, comme on me l´avait appris, je restais attentif à l´environnement alentour. La balade qui m´avait décidée à partir choisit ce moment pour venir me titiller l´esprit.
- " A l´aventure, compagnon, je suis parti vers l´horizon, j´aurais mieux fait de rester chez moi, la suite -crac- vous le dira...?!"
Crac ? Le barde avait beau être suivi par deux autres chanteurs, et nous étions réunis tous autour d´eux, mais il n´y avait jamais eu de " crac" dans cette musique jusqu´à présent...à moins que...
J´eus juste de réflexe de rouler sur le côté, prenant l´épée de mon père d´une main peu assurée, qu´une puissante patte ornée de griffes vint s´abattre là où se tenait ma tête il y a peu. La lame de mon arme déplaça quelques bûches, et derrière les braises qui s´envolaient vers le dôme, je vis la forme d´un Keurl qui me dévisageait, conscient qu´il allait devoir se battre pour mériter son repas.
Je fis deux pas en arrière, pour me mettre hors de portée des coups de griffes du Keurl. La bête fit deux pas à son tour, et s´arrêta. Je vis son poitrail se gonfler, comme si la panthére luttait contre un mal intérieur. Elle ouvrit la gueule d´un coup, et la lueur magique d´un sort se voyait au fond de sa gorge, elle attaquait !
Un nouveau roulé-boulé sur ma gauche me permit d´esquiver le rayon lancé contre moi. Dans mon dos, l´arbre se pétrifia et s´écrasa au milieu de la clairière, faisant voler les braises dans tous les sens. J´eus à peine le réflexe de présenter ma lame en travers de mon corps, que le Keurl me sauta dessus. Sa mâchoire fut bloquée par mon arme, et ses griffes me labourérent le bras gauche. Tombant à la renverse, je réussis à me dégager en poussant l´animal d´un pied de pieds dans les côtes...un geste qu´il n´appréciât guère...
Chacun de nous se remit debout, tantôt chancelant, tantôt grondant. Réunissant mes forces, je pris la garde de mon épée à deux mains, et avança le pied gauche en avant. S´il fallait essayer quelque chose, c´était bien ça...
Comme prévu, le Keurl s´élança vers moi. Je fis alors décrire un arc de cercle à mon arme, traçant un sillon dans la terre meuble. La panthére ne s´attendait pas à cette manoeuvre, et une profonde estafilade fit son apparition sur toute la partie gauche de son visage. Sans attendre un moment, je ramenais l´épée vers moi et tenant fortement la garde, je lançais l´arme en avant, pour un puissant coup d´estoc.
La lame de mon épée s´enfonça d´une main dans le poitrail de la bête. Le Keurl tomba sur le flanc, l´épée plantée ; il battit désespéremment des pattes dans un dernier réflexe post-mortem. Je n´eus pas l´envie de la récupérer immédiatemment.
Ce n´est que maintenant que je vis la gravité de la blessure que m´avait causée l´animal. J´utilisais alors mon unique capacité de guérison assimilée, mais elle me fit un maximum d´effet, je me sentis plus léger. A cette instant, une légère musique me traversa l´esprit, au fond de moi je savais que j´avais acquis plus d´expérience...
Récupérant mon arme, je me servis du Keurl comme ressource de nourriture. La viande de Keurl etait forte en bouche, mais après ce combat elle me semblerait un véritable délice.
Je récuperais mes affaires, éparpillée a cause du combat. Le sac était ouvert en grande partie à cause d´un mauvais coup de griffe. La couverture n´avait pas survécue, elle. Elle brûlait, alimentée par les tisons du feu de camp. J´étouffais les flammes sous mes pieds, avec ce qu´il en restait, elle pourrait me servir de poncho.
Une fois le tri fait, je m´allongeais le long de l´arbre abattu. Je restais encore éveillé pendant un long moment, puis la fatigue du combat eu raison de mon attention. Je m´enfonçais dans les ténèbres du sommeil, trop fatigué pour repousser un second assaut.
Je priais pour ne pas avoir d´autres visites innoportunes durant la soirée.
Je fus exaucé...
Enjoy 